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Full text of "Œuvres complètes de Eustache Deschamps"

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> 



Aje'ScVv;.:T\v. 






SOCIÉTÉ 



DES 



ANCIENS TEXTES FRANÇAIS 



ŒUVRES COMPLÈTES . 

D'EUSTACHE DESCHAMPS 



IV 



I.c Puy, typ. et lith. de Marchessou fils, boulevard Saint-Laurent, 2 3 



OEUVRES COMPLÈTES 



DE 



EUSTACHE DESCHAMPS 

PUBLIÉES d'après LE MANUSCRIT 
DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 



LE MARQUIS 

DE QUEUX DE S A I NT- H 1 L A I R E 







7ç^^ 



PARIS 
LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT ET C»* 

RUE JACOB, 56 
M DCCC LXXXIV 







Jio/g/ 



'/• 



Publication proposée à la Société le 24 février 1876. 

Approuvée par le Conseil le 9 mars 1876 sur le rapport d'une conn- 
mission composée de MM. le baron de Ruble, Siméon Luce et 
A. Longnon. 

Commissaire responsable : 
M. Gaston Paris. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 



Rondeaxilx et Virelays. 



Cl COMMENCENT RONDEAULX ET ViRELAYS 

DXLVIII 

Virelay *. 
{Contre le pays de Flandres.) 

173 a ^S&^^^^ ^"^ ^*^^ passé le Lis ^, 
9 SA Je seray gais et jolis 
w45 En ce doulz pais de France, 
Et vivray a ma plaisance, 
Maugré Flandre et le pais 5 

Ou j'ay toudis fait penance *, 
Porté bassinet et lance, 



Publié par Crapeletf page 84- 

a. La Lys, rfvièxe qui séparait la France de la Flandre. 
b. Pénitence. 

T. IV I 



2 RONDEAULX ET VIRELAYS 

De cote de fer vestis « , 
Geu aux champs en grant doubtance, 
10 Eu faim, froit, pluie et soufrance, 

Sanz couvert, sanz avoir lis, 

Et encor me faisoit pis 
• Wacarme *, alarme et les cris 
Des Flamens, que ma finance 
1 5 Ne que toute ma despence. 

De Dieu soient ilz maudis! 
Puis que j^ay passé le Lis, etc. 

Quant il pleut la^ nulz n'y dance; 
Les chevauix jusqu^a oultrance 
20 Sont en boe ensevelis. 

Maint sommier ^ es chemins lance ^, 
Dont il n^est nulle espérance, 
Que jamais en soit saillis ^. 

Desrobez, tuez, murdris, 
25 D^une pique a en la pance 

Trop mauvais fait*, quant g'y pence, 
Chevauchier par leur pais. 
Puis que j'ay passé le LiS) etc. 

3o Quatre foiz d'une suiance /, 

C'est une foie ventance, 

J'i^ay esté entrepris, 

En péril et en balance 

D*avoir grant maie meschance g\ 
35 J'en suis hors, bien m'en est prins. 

I. la manque, — a. Trop mauvais y fait. — 3. i manque, 

a, Vêtu.^ b. Cri des Flamands en guerre.— c. Bêtes de somme. — 
d. Se jette, s'avance.— e. Sorti.— /. De suite.— ^.Mauvaise fortune. 



RONDEAULK ET VIRELAYS Ô 

173 b Jamais n'y seray reprins; 

Voist i ' « qui veult avoir pris. 

Je n'i eus onques plaisance : 

Eulz regni et leur puissance , 

Car je les harray * tondis. 40 

Puis que j^ay passé le Lis. 



DXLIX 



Rondel. 
{Jeux de mots sur sa douleur.) 

DOLENS douleur^ dolereuse et dolente, 
Me fait désir chascun jour endurer, 
Tant que ne puis ' plus vivre ne durer. 

Joye me fuit, tristesse me présente 

Courroux et dueil jusqu'au ^ désespérer. 5 

Dolans doleur, dolereuse, dolente *^ 

Me fait désir chascun jour endurer. 

Par long demour me vient ceste tourmente ^y 
Par non veoir, par non oser parler, 
Et quant vers vous n'ose * venir n'aler, 10 

Dolans dolour, dolereuse, dolente ^, 



I. Voist il. — 2. Tant que je ne pais. — 3. jasques au. ~ 4. dolente 
etc. — 5. nose nose venir nalcr. 

a. Y aille. — b. Je haïrai. — c. Tourment. 



4 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Me fait désir chascun jour endurer, 
Tant que ne puis plus vivre ne durer. 



DL 

Virelay 
(Plainte d'un amant séparé de sa dame.) 

QUI puet avoir plus grant rage 
. Ne doleur plus dolereuse 
De perdre en vie amoureuse 
Veoir, Taler, doulx langage? 
5 Certes nulz. Trop périlleuse, 

Est ^ a homme et trop doubteuse ' 

Amour qui a tel usage ; 
Car Talée est précieuse, 
Parole délicieuse, 
10 Et le veoir assouage ^. 

Maiz quant ce faut, cuers enrage : 
Désirs, pensée envieuse 
D'avoir la vie joyeuse 
Mue en tristour le corage. 
1 5 Q.ui puet avoir plus grani rage ? 

I. Cest. — 3. doubtouse. 
a. Soulage. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 5 

/7J c Geste vie merveilleuse 

A mes coers et maleureuse, 

Dure, dolente et sauvage; 

Car * Fortune Torguilleuse ». 

Voye me tost ^ et passage. 20 

Certes doncques ' languiray je 
En ceste vie ploureuse, 
Desplaisant et langoureuse, 
Puis qu'ainsis suis mis en cage. 



DLI 

Rondel. 
[Appel à la joie et au plaisir.) 

REViEN joye, revien déduit ^, 
Revien bon temps et bonne vie, 
Revîen prouesce Tenvoisie «, 

Revien toute leesse en bruit, 
Revien honneur,, car je t'en prie, 
Revien bon jour et bonne nuit, 
Revien amour et courtoisie, 
Revien joye, revien déduit, 
Revien bon temps et bonne vie *. 

I. Par. — 2. lorguillouse. — 3. donc. — 4. Ce vers manque, 
a. Enlève. — b. Plaisir. — c. La joyeuse. 



6 RONDEAULX ET VIRELAYS 

I o Chasse tristesse qui me tiuit, 

Boute hors de ma compaignie 
Avarice et merencolie, 
Je n'ay cure de leur conduit ; 
Revien joyé, revien déduit \ 

1 5 Revien bon temps et bonne vie, 

Revien prouesce.Penvoisie. 



DLII 

Autre Rondel *. 
(Adieux à Bruxelles.) 

ADIEU beauté^ leesse et tous deliz, 
Chanter, dancer et tous esbatemens ; 
Cent mille foys a vous me recomçians. 

Brusselie adieu, ou les bains sont jolyz, 
5 Les estuves, les fillettes plaisans ; 

Adieu beauté, leesse et tous deliz *, 
Chanter, dancer et tous esbatemens. 

Belles chambres, vins de Rin et molz liz, 
Connins, plouviers et capons et fesans, 
10 Compaignie douce et courtoises gens; 

Adieu beauté, leesse et tous deliz *, lySd 

• Publié par Tarbé, tome I, p. 78, 

I. revien déduit stc. — 2. gt tous deliz etc. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 

Chanter, dancer et tous esbatemens; 
Cent mille foys a vous me recommans. 



DLIII 



{Résolution d'aimer bien.) 

EN bien amer veil employer mon temps, 
En bien loer veil mestre m'estudie « 
Le gentil corps cui Dieux doint bonne vie, 

En bien celer la belle ou je m'atens, 

Car c^est mon cuer ; pour ce faut que je die : 5 

En bien amer veil employer mon temps, 

En bien loer veil mestre m'estudie ^ 

Et j*ay bien droit, car de beauté et sens, 
De doulx maintien, d'onneur, de courtoisie 

Est droite fleur; pour ce a vie * lo 

En bien amer veul employer mon temps, 
En bien loer veil mestre m'estudie 
Le gentil corps cui Dieux doint bonne vie ^. 

I. Ce vers manque, — 3. Ce vers paraît incomplet dans le manuscrit. — 
3. Ces deux derniers vers manquent, 

a. Je veux mettre mon étude à bien louer la gentille personne à 
qui Dieu donne bonne vie. 



RONOEAULX ET VIRELAYS 



DLIV 

Virelay *. 
(Portrait d'une pucelle par elle-même.) 

O m JB, sui je, sui je belle? 

Il me semble, a mon avis, 
Que j'ay beau front et doulz viz 
Et la bouche vcrmeillette ; 
5 Dittes moy se je suis belle. 

J*ay vers yeulx, petis sourds, 
Le chief blont, le nez traitis «, 
Ront menton, blanche gorgette ; 
Sui je, sui je, sui je belle? etc. 

lo J'ay dur sain ^ et hault assis, 

Lons bras, gresles doys aussis 
Et par le faulz « sui greslette; 
Dittes moy se je suis belle. 

J'ay bonnes rains ^, ce m'est vis, 
i5 Bon dos, bon cul de Paris, 

Cuisses et gambes ^ bien faictes ; 
Sui je, sui je, sui je belle? etc. 

J^ay piez rondes et petiz, 

• Publié par Crapelet,p. 86. 

a. Droit.— b. Sein.— c. Côinture.— J. Reins. — e. Jambes. 



ROHDBAULX ET VIRBLAYS 9 

Bien chaussans, et biaux habis, 
Je sui gaye et joliette ; 20 

iT4 a Dittes moy se je sui belle. 

J^ay mantiaux fourrez de gris, 

J'ay chapiaux, j^ay biaux profBs 

Et d'argent mainte espinglette «; 

Sui je, sui je, sui je belle ? 25 

J^ay draps de soye et tabis, 
J^ay draps d'or et blaas et bis ^, 
J^ay mainte bonne chosette; 
Dittes moy se je sui belle. 

Que .XV. ans n^ay, je vous dis; 3o 

Moult est mes trésors jolys, 
S'en garderày la clavette ^\ 
Sui je, sui je, sui je belle? 

Bien devra estre hardis 

Cilz qui sera mes amis, 35 

Qui ara tel damoiselle; 

Dittes moy se je sui belle. 

Et par Dieu je li plevis ^ 

Que tresloyal, se je vis, 

Li seray, si ne chancelle; 40 

Sui je, sui je, sui je belle? 

Se courtois est et gentilz, 

Vaillans après, bien apris, 

Il gaignera sa querelle ; 

Dittes moy se je sui belle. 43 

â. Diminutif d*épingle. — h. Gris — c. Diminutif de clef. — 
à^ Je garantis, je promets. ^ . ^ 



10 ItOHDEAULX ET VUtBLATS 

C*cst uns mondains panuHx ^ 
Que d'avoir dame toudiz 
Ainsi fresche, ainsi nouvelle ; 
Sai je, sui je, sui je belle ? etc. 

5o Entre vous acouardiz ^ 

Pensez a ce que je diz : 
Cy fine ma chansonnette * ; 
Sui je, sui je, sui je belle? 



DLV 



{Hommage à V Amour.) 

AMOUR me fait par sa douce maistrie <^ 174 b 
Penser a lui et veult que tous siens soye : 
Si le seray tous les jours de ma vie. 

A li me dong ^ ; pourquoy ne le feroye ? 
5 Ses homs devien, jointes mains li suplie 

Qu'en gentil corps et noble cuer m'avoye ^; 
Amour me fait par sa douce maistrie 
Penser a lui et veult que tous siens soye '. 

Et en signe que mon cuer s'umilie, 

I. chansonne. — 3. Ce vers manque, 

a. Paradis sur terre. — b. Timides. — c. Puissance. -^ d. Je me 
donne à lui. — e. Me dirige. 



RONOEAULX ET VIRCLAYS. I I 

Pour hommage ce rondel li envoyé ; lo 

Or preingne en gré, usaiger « n'en sui mie, 

De mieulx faire me monstrera la voye ; 

Amour me fait par sa douce maistrie 

Penser a lui et veult que tous siens soye ; 

Si le seray tous les jours de ma vie ^ 1 5 



DLVI 

Autre RoBdel. 
(Plaintes à une dame,) 

ONQUEs hoois n^ot si cruel jugement 
Comme je Pay pour loyalment amer, 
Par faulx rapors et sans moy apeller ; 

Car ma dame que j'aime loyalment 
Sans moy oir m^a voulu condempner. 5 

Onques homs n'ot si cruel jugement ' 
Comme je Tay pour loyalment amer. 

Or me convient prendre en gré ce tourment, 

Car de son dit ne veil pas reclamer ; 

Mais se Pitez ne me fait rapeller, lo 

Onques homs n^ot si cruel jugement ' 

Comme je Tay pour loyalment amer, ' 

Par faulx rapors et sans moy apeller. 

I. Ces deux demies vers manquent. — 2. Coques etc. 
4. Habitué. 



1 2 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DLVII 



Virelay. 
{Santé passe Richesse,) 

IL n^est avoir ne richesse, 
Estât, sens, ne gentillesse 
Qui valent tant que santé; 
Et si sont gens a planté ^ 
5 Qui ont du garder paresse. 

Car pluseurs, quant si sont sain, 
Ont la santé en desdaing 
Et se gastent par excès 
De boire et mangier sans fain, 
10 A toute heure, soir et main ; 174 c 

Et puis, quant trop sont replès *, 

Vient mala(i|ie et destresse, 
Fièvre, angoisse qui les blesse ; 
La sont forment tourmenté, 
i5 Desporveu *, destalenté ^ 

Dont maint d*eulx la vie lesse; 
Il n'est avoir ne richesse * etc. 

Se le monde avoient piain 
De fin or, c^est tout cenain 
20 Que pour passer un accès 

I. Destorgieu. — a. II nest etc. 

a. En quantité. — b. Remplis. — c. Déplaisant. 



RONDEAULX ET ViRELAYS l3 

Le donroient par leur main 
Pour garir d'uy a demain ; 
Mors est périlleux procès; 

Homs mors n*a plus de hautesse, 

Chascuns le fuit et delesse ; 25 

Si enfant ^, son parenté 

Tiennent le corps en viltë, 

Si fait bon vivre en leesse. 

Il n^est avoir ne richesse \ 

Plus grant chose est d'un villain 3o 

Qui vit et n'a que du pain 

Qui est sains, puissans et frès 

Que d'un roy par cas soudain 

Trespassé ; son nom est vain 

Quant en terre est ses * retrès ^. 35 

Qui a santé en largesse 

Contre droit ne la compresse ^ ; 

Mais ait bonne voulenté 

Que par garde en soit rente, 

Car quant maulx vient tous biens cesse ; 40 

Il n'est avoir ne richesse ^.... 

I. Il nestetc. « 2. ces. 

a. Ses enfants. — b. Retraite, demeure. — c. Détruise. 



RONDEAULX ET VIRBLAYS 



DLVIII 

Virelay. 
(// veut se consoler de la perte d'une dame^) 

JE veil prendre reconfort : 
Puis que je ne * puis au fort « 174 d 
Acomplir ma volenté, 
Estre doy reconforté. 
5 Qui se couresse, il a tort ; 

Long temps me sui démente ^, 
Complaint, gémi, tourmenté, 
Pour celle dont j'ay Taccort, 
Qui est la fleur de bonté, ' 

10 De senz et d^umilité, 

De bien, d'onneur le droit port. 

Maiz Envie, qui ne dort, 
M'a tolu, par son effort, 
M^amour, ma paix, ma santé, 
1 5 Sanz cause, et de volenté ; 

Dont pour les griefs maulx que port 
Je veil prendre reconfort ». 

I. ne manque, — 3. Je veil etc. 

<i. Eq un de compte. — b. Désolé. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 1 5 



DLIX 



Autre Virelay *. 
(Demande d'amour à une dame.) 

Ace premier jour de May 
Plain de joye et de verdure, 
Ne me veilliez estre dure, 
Dame, ains me gettez d^esmay ^ ; 

Faictes mon triste cuer gay, 5 

De vo douce norreture 

Par doulx octroy que je n'ay; 

Lors aray douce pasture, 

Liez, jolis, joyeux seray 

Plus que nulle créature; lo 

Si non de joye n'ay cure : 

Tristes, dolens lenguyray 

A ce premier jour de May ^ 

Tous vostres sui, or m'esmay * 
Que vous ne sachez m'ardure ^ ; 1 5 

Dire ne vous puis, ne say, 
Con je vous ain sanz laidure. 
ij5a Pour ce en ce doulx temps priray 
Que mon fait prenez en cure : 

' Le refrAin de ce Virelay manque à la table. 

I. A ce premier etc. 

a. Découragement. — b. Je me décourage. — c. Mon ardeur. 



1 6 KONDEAULX ET VIRELATS 

20 Du tout est en aventure, 

Cuer et corps, et quanque j^ay 
A ce premier jour de May >. 



DLX 



Rond«l. 
{Au mois de mai.) 

DouLx moys de May, vraisdieux des amoureux, 
Pères des fleurs, roys de toute verdure, 
Qui des amans es la douce pasture, 

Fay que vers moy ma dame ait cuer piteux ^ 
5 En li monstrant la doleur que j^endurè, 

Doulx moys de May, vrais dieux des amoureux ^, 
Pères des fleurs, roys de toute verdure. 

Se j'ay refus, trop seray langoureuî?:; 
A ton saint jour ma besongne procure, 
10 Demande octroy, s'aray ma nourreture, 

Doulx mois de May, vrais dieux des amoureux 3, 
Pères des fleurs, roys de toute verdure, 
Qui des amans es la douce pasture. 

I. A ce premier etc. — 2. au cuer pitoux. — 3. Doulx moys etc. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 1 7 



DLXI 



Virolay. 
{Promesse d'amour à une dame.) 

POUR vous sui entrez en amour, 
Par vous sui je en toute baudour <», 
Par vous suis je joly et gay, 
Pour ce tous jours vous serviray 
Comme la souveraine flour 5 

De beauté, de bonté, d'onnour, 

De bien, de joye et de valour, 

Tout le souverain bien que j'ay, 

Mon désir, ma* paix, ma douçour. 

Tout mon refuge et mon recour lo 

Ou je me reconforteray, 

Con la plus belle et la millour 
Qui soit ne puist vivre a ce jour. 
Que toute ma vie ameray, 
Et joyeusement chanteray 1 5 

775 é Pour elle ou je faiz mon demour : 
Pour vous sui entrés en amour K 

I. Pour voas sut entres etc. 
a. Gaité. 



T. IV 



l8 RONDEAOLX BT VIRELAYS 



DLXH 

Autre Tirelay. 
(Sur la tristesse du temps présent.) 

JE ne voy amy n'amye 
Ne personne qui bien dye; 
Toute leesse deffaut, 
Tous cuers ont prins par assaut 
5 Tristesse et merencolic. 

Au jour d'ui n'est ame lie, 
On ne chante n'esbasnie «, 
Chascun cuide avoir deffaut; 
Li uns a sur l'autre envie 
lo Et mesdit par janglerie ; 

Toute loyauté deflfaut ; 

Honneur, amour, courtoisie, 
Pité, largesse est perie, 
Maiz convoitise est en hault < 
1 5 Qui fait de chascun versant *, 

Dont joye est anyentie : 
Je ne voy amy n'amye *. 

Trop règne dolente vie; 
Cest âge ne durra mie, 
20 Car d^onneur a nul ne chaut; 

I. fault. — 2. Je ne voy etc. 

a. S'égaye, se divertit,— b. Renversement, chute. 



HONDEAULX ET VIRELAYS f Q 

Cognoissance est endormie, 
Vaillance n'est a demie « 
Cogneue ne mise en haut, 

Loyauté, senz^ preudommye 

Ne bontez n'est remerye. aS 

On lieve ce qui ne vaut, 

Et ainsis tout perdre faut, 

Par non senz * et par folye. 

Je ne voy amy n'amye '. 



DLXIII 



Virelay. 
(Plaintes d'une dame.) 

175 c T AssE, je pleure et lermie S 
JL/ Et ce dolent temps renye, 
Ou chascun veult estre caut ^ 
A convoitier, et tressaut ^ 
De senz en forceneric/. 5 

SoufBsance est amortie, 
Chascuns point «^ comme l'ortie, 
Car le fort le foible assaut ; 

I. sanz. —2. Je ne voy etc. 

a. A moitié. — b. Défaut de sagesse. — e. Larmoyé. *- d. Rusé. 
— «. Saute. — /. Extravagance. — g. Pique. 



20 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Volentez a signorie, 
10 Qui pour droit regae en partie. 

Traîson vient en sursaut, 
Qui des bons fait départie ^; 
Ainsi sui je départie 
De ^ Tristesse qui m assaut^ 
1 5 Qui maint trist et dolent saut ^ 

Me fait faire la nuitie^ ; 
Lasse, je pleure et lermie ^. 

Tour n'y voy fors que je prye 
Vérité qu'elle Pescrye ^ 
20 Et chante a chascun treshaut, 

Et par douice mélodie, 
Par quoy les cuers amolie, 
Qui sont en mal faire chaut, 

Tant que sa voyx soit oye 
25 Et toute ame resjoye, 

Et face que joye saut 
Et convoitise s^en aut e, 
Vieigne bonne compaignie. 
Lasse, je pleure et lermie * . 



I. assaut. — 2. Lasse je pleure etc. 
a. Partage. — b. Par. — c. La nuit. — d. Crie. — e. S*en aille. 



RONDEAULl ET VIRELATS 2 I 



DLXIV 



Tirelay. 
[Recommandations à une princesse pour ses couches.) 



B' 



^lEN devez faire grant )oye 
Comme le roy se rcsjoyc 
De vostre fruit a venir, 
175 rf Lequel il voudra tenir : 

Or pri Dieu qu'a bien l'avoye «. 5 

Toudiz Ten veult souvenir, 

Et le désire a veir, 

En disant : Se le tenoye, 

Tant me feroit esjoir 

Que nulz ne porroit oir 10 

La feste que j*en feroye ; 

Car s^en mes mains le tenoye. 

Moult volentiers le verroye. 

C^est la rien ^ que plus désir : 

Or veille Dieux mon désir 1 5 

Accomplir que brief le voye. 

Bien devez faire grant )oye > . 

Et pour vostre enfifant nourrir, 

Faictes nourrice quérir 

Qui soit nette <^, simple et coye <*, 20 

I. Bien devez etc. 

a. Le dirige, lui montre la voie. — b. La chose. — c. Propre.— 
à. Tranquille. 



22 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Dont tresbon lait puist yssir, 
Et en biaux linges tenir 
Le faictes : ainsi feroye; 

Puis faictes mettre a la voye 
25 Aucuns, si que le roy yoye 

Et sache vostre agesir «; 
Ce le fera resjoir. 
Mieulx conseillier ne saroye. 
Bien devez faire grant joye ». 

3o Lors y prendrez grant plesir ; 

Si ne * vous doit souvenir 

De chose qui vous avoye * 

Fors de joyeanaintenir 

Et du nom Dieu conjoir 
35 Qui lignie vous envoyé ; 

De lui loer ne recroye « 
Vostre cuer; tous jours diroye : 
Dieu m*a ce fait avenir 176 a 

Pour la terre soustenir. 
40 Et ainsi m'esjoiroye. 

Bien devez faire grant joye! 



I 



I. Bien devez etc. — 2. ne manqite, 

a. Accouchement. — h» Mette en voie. — c. Ne cesse. 



I^ONDEAULX ET VIR£LATS 23 



DLXV 



Attre TMiy. 
{Fais ce que dois.) 

Fày tousjours ce que tu doys : 
Ne t^esbahy se tu voys 
Aucune » chose grevayne «; 
Ce qui puct avenir veigne : 
Dieux cognoist tout une foys. 5 

Convoitise ne te praigne, 

N^envie ne te souspraigne, 

Maiz soyes douls et courtoys, 

Qu'au fof t li mauvaiz ont payne 

Et renommée villayne, i o 

Et les bons bien, car c'est dro^. 

Maulx règne un temps comme roys 

Et fait les bons trop destroys. 

Puis cbiet par cause soudayne, 

Et biens tient droite s^ansaîgne ^. 1 5 

Pour ce dy celon les droys : 

Fay tousjours ce que tu doys >. 

Que vault richesse mondayne 
Mal acquise? n'est pas sayne ; 
Mieux vaudroit mangier ses poys 20 



1. Acane. — 2. Fay tousjours etc. 
a. Fftcheuse, » b. Enseigne, 



24 RONDEAULX ET VlkEL4TS 

Et boyre yaue de fontayne, 
Que consentir chose vayne 
Ne pechier pour avoir voys «. 

Soixante ans ne sont c^un moys 

25 Ou un jour souventésfoys, 
Que la mort vient tressoudayne 
Qui le corps et Tame enmayne ; 
Si te conseille a mon choys : 

Fay tousjours ce que tu doys. X76 b 



DLXVI 



Autre Virelay. 
(Rien ne vaut la santé.) 

IL n'est avoir ne monnoye 
Qui vaille sente et joye 
Et le bien faire toudiz, 
Estre liez, gays et joliz ^, 
Et que tousjours se resjoye ; 

Car qui s'esjoit, ce m'est vis, 
Juene chiere <^ a et doulx vis, 
Et semble que vivre doye 
Longuement, maiz esperis 

a Renommée. — b. De belle humeur. — c. Mine. 



RONDEAULX ET VIRELATS 2 b 

Tristes est tantost péris \ lo 

C'est de mort la droite voye. 

Tristesse sèche et desvoye 

Les tristes cuers et avoye « 

A la mort; trop sont chetis, 

Qui pour ses ^ faulx biens fuitis 1 5 

Perdent tout : que vous diroyc? 

Il n'est avoir ne monnoye *. 

Soit homs courtoys en ses dys^ 

De souffisance garhys, 

Et qu'envieux ne se voye; 20 

Honnestes eii ses faabis, 

C'on Taime et qu'il soit amis, 

Et qu'en orgueil ne desvoye ; 

Prergne en gré, noyant <^ ne doye 

En labourant, .et s esjoye 25 

De. son labeur ; soit nourris 

Soubz toit couvert et fourniz. 

Mieulx conseillier ne saroye : 

Il n'est avoir ne monnoye, etc. 

I. pris. — 2 II nest etc. 

a. Achemine. — b. Ces. — c. Néant, rien. 



t6 RONDiAULX ET V1RELAY6 



DLXVII 



Antre ?irdaj. 
{Plaintes d'amoureux.) 

170 € /^^oMUtHT pourra mon cucr durer» 
V> Ne les douJs r^rs endurer, 

De vos biaux yeux ? 
Se Bon Espoir ne me fait mieulx 

3 Que je n^ay, il me faut finer. 

En trayent « m'ont volu navrer 
Jusqu^au cuer par leur resgarder 

Tresperilleux, 
Dont du trait ne < puis respasser, 
10 Maiz m'en convendra trespasser : 

Aidemoy, Dieux! 

Fay que Pité veille garder 
Et Bon Espoir resconforter 
Mon plaint ^ piteux, 
1 5 Car se ^ Dangier, le despiteux, 

Me nuit, je doy bien demander 
Comment pourra mon cuer durer ^. 

I. me. — a. plain. ^ 3. ce. — 4. Comment pourra etc. 
a. En tirant. 



KONDfiAULX ET VIRBLAT» 27 



DLXVIII 



Virelaj. 
(Une dame se résaut à aimer.) 

[REPONSE AU PRéciDENT.] 



VA, Espoir, et va « Doulx Penser, 
Au bel, au bon, au gent, au cler, 
Au gracieux, 
Au loyal, au vray amoureux, 
Et li fay tout bien espérer ; 3 

Car boa renon me fait amer 
Et Pité mon amy clamer 

Le dolefeux 
Qui ne fait que grâce louer. 
Par honneur bien doit recouvrer lo 

Le temps joyeux. 

Pour ce je * veil mon cucr donner : 
Joir en puct et ordonner 
Desor tousceulx, 
Maugré Dangier le dangereux, 1 5 

176 d Pour mesdisans faire crever. 

Va Espoir, et va ' Doulx Penser 3. 

1. va manque. — a. je manque. — 3. Va espoir etc. 



28 RONDEAULX ET VIRELATS 



DLXIX 



Antre Virelay. 
{Tristesse d'un amoureux.) 

TOUT cuer triste et dolereux, 
Amoureux, 
Langoureux, 
Mettez vous soubz ma bannière, 
5 Et alons queillir ^ bruiere. 

Car May ne m'est pas joyeux. 
Je désir lieux ténébreux, 

Estre seulz 
Sans clarté et sans lumière, 
10 Quant je sui par envieux 

Comme un leux ^ 
Chassez en mainte manière 
Du plaisant lieu gracieux, 
Savoureux, 
1 5 Et par ceulx 

Qui memonstrent bellexhiere; - 
Dont je dy, comme honteux ; 
Tout cuer triste et dolereux, etc. » 

My penser sont périlleux 
20 Etdoubteux; 

Tristeur n'est que je ne » quicre, 

I. Tout cuQr etc. — 2. ne manque. 

a. Cueillir la bruyère. — b. Loup. 



KONDEAULX ET VIRELAYS i^ 

Descoiifonez, maleureux, 

Onques ri*eux 
Si dolereuse matière ; 
S'en sul merencolieux, ^S 

Désireux : 

Deux a deux, 
Les puisse veoir en bière, 
Quant vestir noir drap de liere ^ 
Me font les foux outrageux ; 3o 

777 a Tout cuer triste et dolcreux. 



DLXX 



Roidean. 
(Résolution de ne plus aifner.) 

POIS qu'Amour ay servi trestout mon temps, 
Et employé cuer et corps, quanque j'ay >, 
S' Amour me faut ^ jamaiz jour n'ameray. 

Joyes, deduiï, testes, esbalemeiit, 
Ay * fait pour lé <^, mais plus ne les feray^ 5 

Puis qu'Amour ay servi trestout mon temps 3, 
Et employé cuer et corps, quanque j*ay. 

I. et quanque jay. — a. Ait. — 3. Puis etc. 

a. Drap dont on faisait les ceintures de deuil. — b. Manque. — 
c. ÇUe (amour). 



^6 RONDBAGLX ET VIRBIAYS 

Croire ne puis qu^ Amour ^oit si coulans, 
Maiz a ce cop de certain le saray ; 
Et s^ainsis est, a tous amans diray : 
10 Puis qu^ Amour ay servi trestout mon temps >, 
Et employé cuer et corps, quanque j'ay, 
S' Amour me faut, |amaiz jour m^ameray. 



DLXXI 



Rondean. 
(Prière à une dame morte.) 

ROYNB des cuers et de Ponneur mondaine, 
Que la mort a sans cause mis a fin, ^ 
Ayez pîté de moy, povre orphenin; 

Car par vous sui cbnvertiz en fontayne 
5 De pleur dolent, tant que plorer ne fin, 

Roynenles cuers et deTonneur mondaine», 
Que la mort a sans cause mis a fin. 

Ne me laissiez en ceste ^ amere playne. 
Priez pour moy et faictes mon chemin ; 
10 M'ame vous quiert, comme vray pèlerin : 
Royne des cuers et de Tonneur mondaine >, 
Que la mort a sans cause mis a fin, 
Ayez pité de moy, povre orphenin. 

I. Puis etc. — 2. Royne etc. — 3. cest. 



MNDEÂULX ET VIRELATS 3 1 



DLXXII 

Antre Ro&dean. 
{Ce que c^est que mefair,) ^ 

MENTIR n*est autre chose a dire 
Que aler contre la pensée 
De la parole proférée, 

Quant le cuer pense et contredire 

Veult en " la chose proposée. 5 

Mentir n'est autre chose a dire * 

Que aler contre la pensée. 

Sa bouche fait adonc despire ^ 
777 * Ly cuer qui tel chose a pensée ', 

Et li fait dire a la volée : 10 

Mentir n'est autre chose a dire ', 
Que aler contre la pensée 
De la parole proférée. 

I. Vealt en lui — 1. Mentir nest etc. * 3. qui tel chose a pense. 
a. Mépriser. 



32 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DLXXIU 

RoDdeL 
(Sur la mort d'un' personnage) 

JUENES ^ d*aage, vieux de science, 
Expers en tout ce c'om puet dire,^ 
Vo mort fait maint cueur pldrer d^ire, 

Preudon^ de bonne conscience, 
5 Larges, sans nul homme escojidire,, 

Juenes d'aage, vieux de science S 
Expers en tout ce c'om puet dire. 

Homs plains de toute sapience, 
Vaillans pour garder un empire, 
10 Par vo mort mainte chose empire, 

Juenes d^aage, vieux de science \ 
Expers en tout ce c'om puet dire, 
Vo mort fait maint cuer plorer d'ire. 

I . Juenes daage etc. 
a. Jeune. 



ROHOBAULX ET VIftBLATS 33 



DLXXIV 



Antre Rondel. 
(Rondeau amouretix.) 

JOYEUSEMENT, par UQ tresdoulz joir, 
En joyssant menray vie joyeuse, 
Comme celui qui se doit resjoir 

Et joye avoir en la vie amoureuse ; 

Se joyaux sui, chascuns le puet oir 5 

A mon chanter; tresplaisant, gracieuse, 

Joyeusement, par un tresdoulx joir >, 

En joyssant menray vie joyeuse. 

Rien ne me faut quant je vous puis veir, 

Tresdouce fleur, nouvelle et précieuse ; lo 

Si veil courroux et tristece fuir, 

Chanter pour vous et de voix doucereuse : 

Joyeusement, par un tresdoulx joir >, 

En joyssant menray vie joyeuse. 

Comme celui qui se doit resjoir. 1 5 

1* Joyeusement etc. 



r IV 



34 RMiMSAVU ET VISBUIDS 



OLXXV 



Bundd. 
{Richesse n'i^ rien ims Santé.) 

C'iLz qui «urçjl tout ravoir d^ ç^ moade, 
Que li vaièçlroil toute çtlW. ptant^ ^^ 
S^il languissoit et qu'il n'eust S4m4? 

Mieulz li vaudroit «trc ^ U np^çr par^4e 177 c 
5 Qu'en richesse fust aiusi tiHiirment^ : 

Cilz qui auroit tout l'avoir 4e ce niQQ4$ S 
Que 1^ vaudroit toute celle planté ? 

Richesse n^est, se santé ne s'i fonde, 
Maiz qui est sain, il est assez rente ^ ; 
10 Tousjours s^en va, maiz trop seroit tenpté 
Cilz qui auroit tout Pavoir de ce monde ■■, 
Que li vaudroit toute celle plaaté^ 
S^il languissoit et qu'il n'eu^t santé l 

I. Cilz qui etc. 

a. Abondance, plénitude de biens. — b. Riche en rentes. 



RMIDBAOLX ET VIRELAYS 3 S 



DLXXVI 

[Plaintes de ce qu'an dotOe de son amour.) 

ONQUE8 hoœs n^ot parti si doiereux 
Comme je Tay pour amer loyaument 
En un seul lieu, sans faire changement; 

Maiz l^en m'amet ^ que je sui amoureux 

En autre lieu, et dessy en avant ^ 5 

Onques homs n'ot parti si doiereux < 

Comme je Tay pour amer loyaument. 

Car je me voy par ce point langoureux, 

Et sanz raison, maleureux et dolent, 

Se ma dame ne change son talent ^. lo 

Onques homs n^ot parti si doiereux > 

Comme je Pay pour amer loyaument 

En un seul lieu, sans faire changement. 

I. Onqaes homs etc. 

a. Accuse. — b. Désormais, dorénavant. — c. Son humeur. 



36 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DLXXVII 



Autre Rondel *. 
(Adietix à une dame.) 

ADiBU mon cuer, adieu ma joye, 
Adieu tout le bien que j'avoye, 
Adieu ma tresparfaitte amour, 

Adieu celle qui, nuit et jour, 

5 Avez mon cuer ou que ;e soye ; 

Desormaiz seront grans my plour, 
Mon départ grief, longue ma voye ; 
Pour ce dy jusqu'à mon retour : 
Adieu mon cuer, adieu ma joye % 

10 Adieu tout le bien que j'avoye. 

Vostre grant bien mon cuer ravoye « 
Par doulx espoir qui me convoyé, 
Et me semble que par nul tour 
Ne me puet grever nul demour, 
1 5 Quant je pense que je vous voye : 17 j d 

Adieu mon cuer^ adieu ma joye ^ 
Adieu tout le bien que j'avoye, 
Adieu ma tresparfaitte amour. 

* Publié par Crapelet,p. 8g. 

t. Adieu etc. 

a. Remet en bonne voie, console* 



RONDEAULl ET VIRELATS $7 



DLXXVIII 

Rondel. 
{Sur un de ses compagnons de chambre nommé Oudart.) 

JE, Meliant, Enguerran et Machaut, 
Nous plaignons fort du pet qu'a fait Oudart, 
Car sanz raison y avons tuit prins part; 

Avec le pet a faict un estront chaut, 

Les draps au cul emporta le pouppart <>; 5 

Je, Meliant, Enguerran et Machaut ^ 

Nous plaignons fort du pet qu'a fait Oudart. 

Pour ce dès or ^ lit a par lui li faut, 

Et tout * chascun crie sur lui au lart c, 

Se le fourrier ne le loge autre part. i o 

Je, Meliant, Enguerran et Machaut \ 

Nous plaignons fort du pet qu^a fait Oudart, 

Car sanz raison y avons tuit prins part. 

I. Je meliant etc. * 2. tout manque. 

a. Poupon, enfant. — h* Désormais. — c. Crier au lard sur quel- 
qu'un, Taccuser. 



38 RONDCAULX BT VltELAYS 



DLXXIX 

Aatfe RoAdel. 
[Sur ses compagnons de table Savoisi et Pùiiiers.) 

JK Q^ose aler souper a court 
Pour Savoisi et pour Poitiers 
Qui lopiaent ^ trop volentiers. 

Sur ce me font souper trop court, 
5 Mangier n'y puis, n^a quart ^, n^a tiers. 

Je n^ose aler souper a court > 
Pour Savoisi et pour Poitiers. 

Uun d'eulx a ma viande court, 
Et l'autre au vin; poussins, plouviers, 
10 M 'arrache des poins; amy chiers» 

Je n^ose aler souper a court ^ 
Pour Savoisi et pour Poitiers 
Qui lopinent trop volentiers. 

I . Je nose etc. — 2. Je nose aler souper etc. 

a. Mangent tout. ^ b. Ni le quart ni le tiers. 



ItONbfiAtfU Et "i^IlltlStAYS Sg 



feMdri. 
{Sûr hs mêmes,} 

iui fisidens Teult vnAt 
Pour poQ mengier^ )û U ensaigne 
QueTbitiers et Sâvoisi prengne; 



0} 

QuePo] 



Ces deux feront bien leur devoir, 

De bien rifBer <*, quoy qui avaigne : S 

Qui fisiciens veult avoir > 

Pour pou mengier, je li ensaigne» 

lySa Par moy le puis trop bien savoir : 
Il m'ont fait avoir grant alayne ^ ; 
Dieux les mette en maie sepmaine ! lo 

Qui fil^iciens veult avoir > 
Pour pou mengier, je lî ensaigne 
Que Poitiers et Savoisi prengne. 

I. Qai fisiciens etc. 

a. Rafler. — b, £tre essoufflé. 



40 RONDBAULX ET VIRBLAYS 



DLXXXI 



Autre Rondel *. 
(Souhaits du jour de l'an.) 

ID ON an, bon jour et bonne estraine, 
i-' Ma dame, vous soit hui donnée 
Au commencement de Tannée, 

Comme a m^amour tressouveraine 
5 Et la plus belle qui soit née. 

Bon an, bon jour et bonne estraine «, 
Ma dame, vous soit.hui donnée. 

De mon cuer et corps vous estraine, 
Tout vous doing a ceste journée 
10 Et pour estre mieulx estrenée 

Bon an, bon jour et bonne estraine ", 
Ma dame, vous soit hui donnée 
Au commencement de Tannée. 

♦ Publié par Crapelet, p. go. 
I . Bon an etc. 



RONDBAULX ET YIRBLATS 4I 



DLXXXII 



Rondeau. 
{Plainte à une dame.) 

SE vous estes eii tel ploy ^ tongaement 
Et que pitez ne vous meuve vers my, 
Vous occirez sans cause vostre amy ; 

Car je n'aray jamez fors que tourment ; 

Et, par ma foy, par faux rapport languy, 5 

Se vous estes en tel ploy longuement 1 

Et que pitêz ne vous meuve vers my. 

Or ne veilliez croire legierement ; 

Treschiere dame, ayez de moy mercy, 

Comme ignocent, ou je muir pour vous cy : 10 

Se vous estes en tel ploy longuement * 

Et que pitez ne vous, meuve vers my, 

Vous occirez sans cause vostre amy. 

I. Se vous etc. — 2 . Ces vers manquent, 
a. Pli, pour état, disposition. 



4^ KOMDBAULX ET VIRELATS 



DLXXXin 



Aatn RoAdean. 
{Sur les jours de là semaine.) 

HÀRoimNT voud faiz chère au hardie 
A ce Lundi, pour vostre hardiesse; 

De par nous tous Tarez encor Mardy. 
Hardiement vous faiz chère au hardi < 

A tous les jours, /usques a Samedy, 

Et le Dimenche a vous dire m'adresse : ij8b 

Hardiement vous faiz chère au hardi S 

A ce Lundi, pour vostre hardiesse. 



DLXXXIV 

Rondel. 
(Retour à la joie.) 

DE grant dolour est en joye venus 
Mes doiens cuers qui se resjoist a plain, 
Quant il vous plaist moy dire coms je crain 

I. Hardiement etc. 



ItONDBAULX ET VUUCLUYS 4$ 

A tousjours maiz seray vostre tenus ; 

Ma dame estes et vostre cerf ^ me clain. 5 

De grant dolour est en joje venus > 

Mes dolens cuers qui se resjoist a plain. 

Si ne seray plus de kesse nuz, 

Maiz chanteray joyeux, et soir et main, 

Ce rondelet dont il a ou refrain : 10 

De granl dolour est en joye venus * 

Mes dolens cuers qui se resjoist a plain, 

Quant il vous plaist moy dire coma je crain. 



DLXXXV 



Aatre Rondel. 
{Même sujet que le numéro DLXXvni.] 



M 



ACHAUT m'amet ^ que je poy <^ laidement 
Et que j'ay fait ordure en nostre lit ; 



Maiz s^a il fait ^, sache certainement. 
Machaut m'amet que je poy laidement >. 

Pour le connoitre ot tel marrissement ^ 5 

Qu'il en chia par tout sanz contredit. 
Machaut m*amet que je poy laidement 3. 
Et que j'ay fait ordure en nostre lit. 

I. De grant etc. — 3; Machaat etc. — 3. Machau etc. 

a. Serf. — b. Me reproche. — c. Je pète. -- d. Cela a-t-il fait.— 
«. Chagrin, trouble. 



44 RONDEAULX ET VIRBLAYS 



DLXXXVI 

Rondeau. 
[Sur les dons qu'il peut faire.) 

DYAMENT, ne noble maison 
N*arez, ne duchié d'Orlians, 
Ne le drap des Machabiens ^ ; 

Riche chambre n'est en saison, 
5 Ne cheval aussi qui soit miens; 

Dyament, ne noble maison * 
N'arez, ne duchié d*Orlians. 

Demandez vos dons par raison 
Et vous arez assez de biens : 
10 Buffet et chappelle retiens ; 

Dyament, ne noble maison » i^S c 

N'arez, ne duchié d'Orlians 
Ne le drap des Machabiens. 

I . Dyament etc. — 2 . Dyament ne noble maison etc . 

a. Peut-être : tapisserie avec Thistoire des Machabées. 



RONDEAULX ET VIRELATS 46 



DLXXXVII 



RoBdel. 
(Contre le pays de Brie.) 

SUR tous pays de mortier et de boe 
Ne se doit nulz a Brie comparer, 
Que Dieux a fait de tous biens séparer. 

D^y chevauchier n^est homme qui se loe, 

Et en tous temps y voy gens esgarer. 5 

Sur tous pays de mortier et de boe < 

Ne se doit nulz a Brie comparer. 

Vignes n'y a, ne rivière, ne gloe «, 

Hayes, buissons, pour les ieups demourer ; 

Et, au surplus, a tout considérer, 10 

Sur tous pays de mortier et de boe > 

Ne se doit nulz a Brie comparer, 

Que Dieux a fait de tous biens séparer. 



I. Sur tous etc. 

a. Boue; peut-être aussi marais; ici, ce mot doit avoir le sens 
d'étang. 



46 RONDBAULX ET VIRBLAYS 



DLXXXVIH 



VireUy. 
(Alléluia d'amour. t 

OR a mon cuer ce quMl > vouloit, 
Or a mon cuer ce qu'il > queroit, 
Or a mon cuer son vray désir, 
Or a mon cuer tout son plesir, 
5 Or a tout ce qu^i < desiroit, 

La bonté, la beauté, Ponnour, 
La rose, la fresche coulour, 
La plus plaisant, la plus amée, 
La mieulx garnie de douçour, 
10 Et la plus amoureuse flour 

Qui onques fust au monde née; 

Celle de qui nulz ne saroit 
Descripre les biens, ne pourroit 
Ancre^ papier ne plume ofFrir, 
i5 Ne langue ne pourroit souffrir 

De la louer selon son droit. 
Or a mon cuer ce qu'il vouloit ^. 

C'est Pallax, déesse d'amour, 
Et mpn refuge et mon demour ; 
20 C^est ma joye et paix ordonnée, 17S d 

C^est la fin de tout mon labour, 

I. ce qui. ~ 2. Or a mon cuer etc. 



«CMDBAVLX ET VlftELAYS 47 

C*est ma yi« et ce * que î'nour, 
Cest ma joyeuse destinée, 

C'est c^Ue quemoo cuer conoit. 

C'est ç»liù que moq cucf servoit, 25 

C'est celle qui fait repartir 

Mon cu«r d^amour» et remerir ; 

Folz esit qui plus dfimaaderoit. 

Or a mon cuer ce qu'il vouloit >. 



DLXXXIX 



Aatrd ViJNliêj. 
{Tristesse d'amoureuse.) 

CUER loyal, juene et vertueux, 
Cuer vray, cuer gay, cuer amoureux, 
Cuer hault, cuer noble et cuer hardy, 
Cuer plus vaillant que je ne dy. 
Vous faictes le mien dolereux ; 5 

Corps puissant, courtoys et appert, 

Corps bien formé, courage vert «, 

Chief blont, face bien coulourée, 

Qui en tous lieux sages appert, 

Doulz^ courtoiz, qui onques ne pert 10 

I. le. — 2. Or a mon cuer etc. 
«. Vigoureux. 



4^ RONDSAULX ET VIRBLATS 

Grâce, scnz, amour, renommée^ 

Li myeudrcs, li plus gracieux, 
Li mieux chantans, li plus joyeux 
Con puist trouver, ne c'onques vy, 
i5 Vo grant bien a mon cuer ravy, 

Tant qu^amez seres de moy seulz, 
Cuer loyal, juene et vertueux ». 

Amis, je sui en un désert, 
Quant vostre cuers que li miens sert 
20 S'en va en estrange contrée, 

Et pas ne vous ay descouvert 
La grant amour, n'aussi ouvert ^ 
Ma triste et dolente pen^; '79 a 

Pour ce, des larmes de mes yeux 
25 Priray les déesses et dieux 

D'amours qu'en leur grâce et mercy 
Vous veillent brief rainener cy, 
En recevant mes plains piteux, 
Cuer loyal, juene et vertueux «. 

I. Cuer loyal etc. 
a. Déclaré. 



RONDEAULX ET VJRELATS 49 



DXC 



Rondel. 
{A une dame qui l'avait regardé.) 

Estràngbmbnt, comme un povre estrangier, 
En estrangent <>, et d'estrange manière, 
M'a vo regars regardé par derrière. 

En regardant, sembloit qu'il dust mangier 
Mon las < de cuer ^, qui est boutez arrière 5 

Estrangemçnt^ comme un povre estrangier 2, 
En estrangent, et d'estrange manière. 

Ainsis me font vos regars estrangier, 

Dame, de vous, par vostre estrange chiere ^ 

Qui m'a banny de vo grâce première 10 

Estrangement, comme un povre estrangier >, 

En estrangent, et d'estrange manière, 

M'a vo regars regardé par derrière. 

I. Mon la. » 2. Estrangement etc. — 3. chère. 

a. Eloignant, rebutant. — b. Mon triste cœur. 



r. IV 



5o RONDEAULX ET VIRELAYS 



DXCI 



Autre Sondel. 
(Requête d'amour.) 

PLUS vien « vers vous et plus vous ser et prie, 
Et moins y truis « de grâce et de mercy 
Et de pité, dame, jusques a cy. 

Quant rire doy, je plain, je pleur, je crye; 
5 De mes amours me va souvent ainsi. 

Plus vien vers vous et plus vous ser et prie 2, 
Et moins y truis de grâce et de mercy. 

Pour ce en plourant humblement vous supplie 
Qu'a ceste foys ayez pité de my ; 
10 En reconfort me donnez nom d'amy; 

Plus vien vers vous et plus vous ser et prie 2, 
Et moins y truis de grâce et de mercy 
Et de pité, dame, jusques a cy. 

j . Plus viens. — 2. Plus vien etc. 
a. Trouve. * 



RONDEAULX ET VIRELAYS 5l 



DXCII 

Rondel. 
(Requête burlesque d'amour.) 

AMIE, amour^ amoureuse et amée, 
Vostre amant sui, chiere» dame; or m*amez 
ïjg b Tant que de vous puisse estre amis clamez. 

Ou vert aulnoy «, dessoubz une ramée, 

Vous logeray emprez mes poys ramez. 5 

Amie, amour, amoureuse et amée ^, 

Vostre amant sui, chîere dame; or m'amez. 

La serez vous, s^en vous ne tient, clamée 
Des rossignos dame des afamez lo 

Ausquelz les biens d^amours sont enfermez. 
Amie, amour, amoureuse et amée ^, 
Vostre amant sui, chiere dame ; or m^amez 
Tant que de vous puisse estre amis clamez. 

I. chère. — 2. Amie amour etc. 
a. Dans la verte aunaie. 



b2 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DXCIII 



Virelay. 
(Compliment de nouvel an.) 

Ace bon jour que temps se renouvelle, 
Que moys et ans et la lune est nouvelle, 
Vous doing mon cuer, mon corps et quanque j'ay, 
Comme cellui qui tous vostres seray 
5 A tous jours maiz, ma dame bonne et belle. 

Or vous plaise, tresdouce damoiselle, 
Quant feruz sui d'amoureuse estincelle, 
Moy retenir, et lors m'esjoiray ; 
Sinon je sui en la mer sanz nacelle, 
10 Près de périr, se Pitez ne m'appelle ; 
En ce tourmant par refifus periray, 
Maiz a Amour et a vous m'atendray ; 
Juges vous faiz tous deux de ma querelle, 
A ce bon jour que temps se renouvelle '. 

I. A ce bon jour etc. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 53 



DXCIV 



(Dépit d'amour.) 

PUIS quMl me faut ainsi ronger mon frain, 
Il me convient prendre la bride aux dens 
Au ratellier ou ce qui est dedens; 

A ces failles ^ m'envoyez de l'estrain, 
Si rongeray tristes, las et dolens : 5 

Puisqu^il me faut ainsi ronger mon frain ^ 
Il me convient prendre la bride aux dens. 

Et au surplus gardez bien vostre main, 
Car j'ay espoir qu'il * vieigne un milleur temps, 
Maiz je ne say se c'est folie ou sens. lo 

ijg c Puis qu'il me JFault ainsi ronger mon frain 3, 
Il me convient prendre la bride aux dens 
Au ratellier ou ce qui est dedens. 

>• Puisquil etc. — 2. qui. ^ 3. Puisquil ne faUlt ainsi ronger etc. 
a. A ce besoin. 



54 RONDEÀUf^X ET VIRELATS 



. DXCV 



Virday. 
[De$nande (Pamour.) 

VosTRB servant fui ^ dès que je fu né 
Et le seray tous les temps de ma vie, 
Comme cellui qui a vous s'umilie, 

Et qui vous a du tout son cuer donné. 
5 Recevez l'oy *, dame, je vous supplie, 
Si m^arez lors tresriche don donné 
Et chanteray de cuer a chiere lie. 

Car pour vous ay ce doulx mot ordonné 
Dès que je vi vo manière jolie ; 
10 Porter le veil sans mal et sanz envye, 
Pour vostre amour; et s'il m'est destiné, 
Vostre servant fui dès que je fu né ' . 

I . Vostre servaut etc. 

a. Je fus. — b. Recevez le aujourd'hui. 



RONOEAULX ET VIRELATS 55 



DXCVI 



Roadeaa. 
[Contre Calais.) 

EST cilz aise qui ne se puet dormir 
Et qui ne fait toute nuit que viller ^ 
Puces sentir, oyr enfans crier, 

Sur un mattas ^ et sur cordes gésir, 

Avoir ors draps et sur dur orillier ? 5 

Est cilz aise qui ne se puet dormir ^ 

Et qui ne fait toute nnit que viller? 

Et, d^autre part, oir la grant mer bruir 

Et les chevaulx combatre et deslier? 

Cest a Calays; Granson, veillés jugier : lo 

Est cilz aise qui ne se puet dormir ^ 

Et qui ne fait toute nuit que viller, 

Puces sentir, oyr enfans crier? 

I- Est cilz aise, etc. 

a. Veiller. — b. Matelas. 



56 RONDBAULX ET VIRELAYS 



DXCVII 



Antre Rondeau. 
(Contre la ville de Gand.) 

LÀ rassine ^ de tous les faulx villains 
Et traîtres contre toute noblesse, 
A esté Gand, souveraine mais tresse ; 

Ceux a Melins ^qui li furent prouchains 
5 A destruire toute honneur, gentillesse; 

La rassine de tous les faulx villains ^ 
Et traîtres contre toute noblesse, 

Nulz ne la doit amer, ne je ne Tains ^, 
Ne l'en ne doit corps, vie, forteresse, 
A eulx' laissier, maiz soit mise a destresse : lyg d 
10 La rassine de tous les faulx villains ^ 
Et traîtres contre toute noblesse 
A esté Gand, souveraine maistresse. 

I. Ces vers manquent. ^ 2. La rassine etc. 
a. Racine. — b. Malines. — c. L'aime. 



RONDEAULX ET VIRELAYS by 



Dxcvni 



Rondeau. 
(Prière d'amour.) 

EN languissant des doulx maux amoureux, 
Vous qui m*avez navré d'un dart d'amours, 
Soyez pour moy, garissez mes dolours. 

Trop me convient par vo trait dolereux 
A tousjours maiz estre en tristece et plours, 5 
En languissant des doulx maux amoureux ', 
Vous qui m'avez navré d'un dart d^amours. 

Comment porra, se vo cuer n^est piteux, 
Estre le mien sanz endurer langours? 
Recevez donc niés piteuses clamours. lo 

En languissant des doulx maux amoureux \ 
Vous qui m'avez navré d'un dart d'amours, 
Soyez pour moy, garissez mes dolours. 

I. En languissant etc. 



58 RONDEAULX ET VIRËLAYS 



DXCIX 

Autre BiAdean. 
{Regrets d'une absence,) 

SE je fiui loing de vq douce figure, 
Ne me veilliez par faux rapors guerpir, 
Car loing de vous ne faiz fors que languir. 

De jour en jour croist Tamoureuse ardure 
5 De moy en vous, tant quUl me fault fenir. 
Se je sui loing de vo douce figure \ 
Ne me veilliez par faux rapors guerpir. 

Or me veilliez, tresdouce créature, 
Con vous servant avoir en souvenir, 
10 Ou autrement ne say que devenir. 
Se je sui loing de vo douce figure \ 
Ne me veilliez par faux rapors guerpir, 
Car loing de vous ne faiz fors que languir. 

I. Se je sui etc. 



RONOEâULX et ViREL^YS bç 



DC 



Soadeaii. 
(Souvenir amoureux.) 

EN chevauchant par le part ^ de Hedin, 
Ravis d^amours, peasens a la tresbelle, 
Vint Souvenir qui me mit en nouvelle. 

Dont par Dangier ne puis venir affin * : 
i Ce faulx villain bruit tousjours et grumelie <^; 5 

Car de ]i sont medisans tresafin ^ : 
i8o a Trop m'ont navré et point soubz la mamelle, 
En chevauchant par le part de Hedin ^ 
Ravis d'amours, pensens a la tresbelle. 

Tant que je n^ose aler soir ne matin lo 

Vers Bel Acueil, qui e mes maulx renouvelle; 
r Maiz neantmoins j'ay bon espoir en elle 

Qui me disoit : Aime de vray cuer fin. 
En chevauchant par le part de Hedin *, 
Ravis d^amours, pensens a la tresbelle, i5 

Vint Souvenir qui me mit en nouvelle. 

> 1. En chevauchant etc. 

a. Parc. •— b. A fin. — c. Gronde, murmure. — d. Proches pa- 
rents. — e. €e qui. 



60 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCI 

Antre Rondel. 
{Plaintes d'amoureux.) 

NULz homs ne puct souffrir plus de tourment 
Que j'ay pour vous, chiere dame honnorée, 
Qui chascun jour estes en ma pensée ; 

Se il vous plaist, je vous diray comment, 
5 Car loîng de vous ay vie desperée * : 

Nulz homs ne puet souffrir plus de tourment * 
Que j'ay pour vous, chiere dame honnorée. 

Maiz faux raport vous a dit faussement 
Que j^aime ailleurs, c^est fausseté prouvée ; 
10 Je n'ain fors vous, et sachez, belle née, 

Nulz homs ne puet souffrir plus de tourment ^ 
Que j'ay pour vous, chiere dame honnorée, 
Qui chascun jour estes en ma pensée. 

I . Despere. — 2. Nalz homs etc. 



RONDEAULX ET VIRELATS 6l 



DCII 



[Plaintes de n'avoir pas reçu de nouvelles,) 

QUANT je parti de ma tresdouce amour, 
Dedens brief temps en duy « oyr nouvelle, 
Ce que n'ay pas; dont mon dueil renouvelle. 

Lyez ay vescu en atendant le jour 
Qui me donrra la douce, bonne et belle; 5 

Quant je parti de ma tresdouce amour ', 
Dedens brief temps en duy oyr nouvelle. 

Pour ce languy en amere dolour ; 

C'est grant durté, et se je muir pour elle, 

Péchez sera; de dire ay bien querelle : lO 

Quant je parti de ma tresdouce amour S 

Dedens brief temps en duy oyr nouvelle, 

Ce que n^ay pas; dont mon dueil renouvelle. 



I. Quant je parti etc. 
a. Je dus. 



6i RONDBAULX ET VIRELAYS 



DCIII 



Autre Rondel. 
{Souvenir des faveurs d*une dame). 

LA grant amoar et bien de vo gent corps iSo b 
Au depai:tir ont mon cuer si tenu 
Que toudiz m'est de ces troiz souvenu \ 

Pour ce fait il périlleux aler hors ; 
Contre ces troiz ne vault lance n^escu ; 
La grant amour et bien de vo gent corps ^ 
Au départiront mon cuer si tenu. 

Quant j^ay passé par deçà mer et pors, 

Derechief m'a de si fort dart ^ féru . 

s^ 

La grant amour et bien de vo gent corps/ 
Au départir ont mon cuer si tenu 
Que toudiz m'est de ces troiz souvenu. 



10 



I. La grant etc. — 2. dart manque. — 3. Il manque un vers avant le re- 
fi-ain qui manque également. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 63 



DCIV 



Autre Rondel. 
{Joyeux par ordre.) 

JE doy bien au cuer avoir joye, 
Puisque ma dame vrayement 
Veult que je vive liement. 

Pourquoy doncques ne le feroye? 

Joyeux seray ou que je soye; 5 

Quant c'est par son commandement, 

Je dois bien au cuer avoir joye ' . 

Il convient que je me resjoye 

Et que je chante hautement ; 

Je doy bien au cuer avoir joye *, lo 

Puis que ma dame vrayement 

Veult que je vive liement. 

. Ce vers manque — 2. Je doy a bien etc. 



64 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCV 

Autre RondeL 
(Bonnes nouvelles reçues,) 

TOUTE joye est descendue sur my, 
Quant j'ay oy de ma dame nouvelle, 

Car elle m'a appelle nom d'amy. 
Toute joye est descendue sur my '. 

i Lors a mon cuer et tout mon corps frémi ; 

Amours en moy par ce se renouvelle : 
Toute joye est descendue sur my \ 
Quant j^ay oy de ma dame nouvelle. 

I. Toute joye etc. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 63 



DCVI 

Rondeau. 
(Prière de ne pas lui arracher les cheveux.) 

iSo c T^ouR Dieu, mon redoublé seigneur, 
1 Vuelliez espargnier mes cheveux, 

Ou je n^aray jamaiz honneur, 

Pour Dieu, mon redoubté seigneur ^ 

De moy vir rez ^ seroit orreur, 
Car je sembleroye ligneux ^. 
Pour Dieu, mon redoubté seigneur ^ 
Vuelliez espargnier mes cheveux. 

i*Pour ûiea etc. 

a. De me voir chauve, rasé. — b. Teigneux. 



66 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCVll 

Autre Rondeau. 
{Infures,) 

COQUS, camus, cornus et malostrus^ 
Coquars, cornars, fetars ^ etdurz paillars, 

Trop tost venus, enfondus ^, mal vestus, 
Coqus, camus, cornus et malostrus ', 

^ BIrques, delus, velus et gros molus, 

Eschars <^, mal feu ait tout vostre corps ars, 
Coqus, camus, cornus et malostrus ^ 
Coquars, cornars, fetars et durz paillars ? 

I. Coqus etc. 

a. Paresseux. — b. Mouillés, trempés. — c. Avares. 



feONDEAULX ET VIRELATS 67 



DCVIII 

Rondd. 
(Eloge d'un éeuyèr du Vexin.) 

EN monde n'a, tant comme il puet durer, 
Homme d'armes plus seqr ne plus fin 
D'un escuier qui est de Vequcssin <». 

Trop puet de maulx et de poine endurer. 
Quant il se voit armé sur son roussi n. 5 

En monde n^a, tant comme il puet durer \ 
Homme d armes plus seur ne plus fin. 

De. Belleaucel se fait par tout nommer, 
Par le tesmoing ^ monseigneur le Dalphin ^ ; 
, Et si sachez que pour servir de vin 10 

En monde n'a, tant comme il puet durer >, 
Homme d'armes plus seur ne plus fin 
D'un escuier qni est de Vequessin. 

I* En monde naetc. 

a. Vexin. — b. Témoignage. — c. Dauphin. 



68 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DGIX 



Autre Rondel. 
(Injures.) 

TRESORS poltrons ^, orribles et punays, 
Hideux, rongneux, noirs, velus, contrefaiz, 
Pendus soit il qui vous monstre ne porte, 

Car vous semblez une singesse morte. 
5 Grans péchiez est que ne fustes deffaiz, 

Trésors poitrons, orribles et punays ', iSo d 
Hideux, rongneux, noirs, velus, contrefaiz. 

Car d'ordure procèdent tous vos faiz ; 
Tous les dyables puissent prendre la paix * 
10 A vostre ort cul qui tant me desconforte, 

Qu'il n'est chambre qui tel pueur <^ raporte ! 
Trésors poitrons, orribles et punays ^ 
Hideux, rongneux, noirs, velus, contrefaiz, 
Pendus soit il qui vous monstre ne porte. 

1. Trésors etc. 

a. Très sales derrières. — b. Baiser. — c. Puanteur. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 6g 



DCX 

Rondel. 
(Souhaits de nouvel an à sa maîtresse.) 

LONGUE vie, joye, santé et paix, 
Grâce et honour, renommée et largesse 
Ce jour de Tan vous doint Dieux, ma maistresse, 

Et tous les biens ; a tousjours et jamaiz 
Ayez en vous la bonté de Lucresse, 5 

Longue vie, joye, santé et paix *, 
Grâce et honour, renommée et largesse; 

Tant qu'il ne soit noble, bourgoys ne lays, 

Qui * ne die pour vostre grant prouesse : 

Celle dame ait toudiz, pour sa noblesse, lo 

Longue vie, joye, santé et paix ^ ; 

Grâce et honour, renommée et largesse 

Ce jour de l'an vous doint Dieux, ma maistresse. 

I. f.ongue etc. — 2. Quil. 



^0 RONDBAULX ET VIRELAYS 



DCXI 

Antre Rondel. 
{Plaintes de sa malechance.) 

TOUT ne me vient pas a souhait, 
Maiztrop.piz quMl ne souloit faire; 
Car rien ne voy qui me puist plaire. 

A rebours se tourne mon fait; 
5 Je voy toute joye deffaire ; 

Tout ne me vient pas a souhait \ 
Maiz trop piz qu4i ne souloit faire ; 

Vaillance et honour se deffait, 
Et j'ay veu tout le contraire; 
10 Dont je doy bien crier et braire : 

Tout ne me vient pas a souhait \ 
Maiz trop piz qull ne souloit faire; 
Car rien ne voy qui me puist plaire. 

I. Tout etc. 



RONDBAULX ET VIRELAYS 7I 

DCXII 

Antre Bondel. 
(H faut prendre le ten^s comme il est.) 

IL convient, mau gré c'on en ait, 
Prendre confort en son affaire, 
Souffrir, dissimuler et taire ; 

181 a Et se le temps est dur et lait, 

Lors te doys tu a joye traire. 5 

Il convient, mau gré c'on en ait ^ 
Prendre confort en son affaire. 

Pren donc en gré, fay ton retrait 

A pacience débonnaire; 

Car qui de mort se veult retraire, io 

Il convient, mau gré c'on en ait^ 

Prendre confort en son affaire, 

Souffrir, dissimuler et taire. 

I. Il convient etc. 



^^ RONDEAULX ET VIRELÂYS 



DCXIII 

Rondel» 
(Un vieillard ne doit pas se marier,) 

ViEX homs ne puet plus âa mort aprouchier ^ 
Que de prendre joeune feme a .xv. ans, 
Car * lors est il lens, chetiz et pesans. 

Besoing n^eust de tel chose touchier, 
5 Puis que de froit a ja les cheveux blans. 

Vieux homs ne puet plus sa morj: aprouchier - 
Que de prendre joeune feme a .xv. ans. 

En premier an le convient tout vuidier, 
Et ou second a les goûtes es flans, 
10 Jaloux ou tiers, muert tristes et meschans. 

Vieux homs ne puet plus sa mort aprouchier - 
Que de prendre joeune feme a .xv. ans. 
Car lors est il lens, chetiz et pesans. 

I. Cars. — 2. Vieux homs etc 
a. Avancer. 



RONDBAULX ET VIREIATS 



DCXIV 

Antre Rondel. 
(Rien ne vaut la loyauté:) 

IL n'est chose qui vaille loiauté, 
Vivre du sien et non nuire a autrui. 
Selon la ioy, et sans hair null.ui. 

A homme vault moult nette povreté, 
Convoitise fait souvent trop d^anui : 5 

Il n'est chose qui vaille loiauté ^ 
Vivre du sien et non nuire a autrui. 

Par convoitier ont maint honnis esté 

Et en la fin musis <», comme je lui *, 

Destruit et mat ; qui bien pense a cestui, lo 

Il n'est chose qui vaille loiauté ^, 

Vivre du sien et non nuire a autrui, • 

Selon la loy, et sans hair nullui. 

!• 11 n'est etc. 

a. Moisis. — b. Comme j'ai lu. 



74 RONDEA13LX ET VIRBLAYS 

DCXV 

Bondeh 
(Soumission à la volonté de Dieu.) 

JE pren en grë tout ce que Dieu m^eixvoye ; 
Je croy en lui, non pas en Mahonmet . 

Oncques Mahons ne me fîst a court voye; iSi b 
Je pren en gré tout ce que Dieu m'envoye *. 

5 A li m'aten ; les desvoyez ravoye, 

Uumble fait grant, les orguiileux soubmet. 
Je pren en gré tout ce que Dieu m'envoye ^ ; 
Je croy en lui, non pas en Mahonmet. 

I . Je pren etc. 



RONDEAULX ET VIREIAY6 76 



DCXVI 



Autre BMdd. 
{Ikmande d'aumône à ïamour.) 

AMOUR, donnez a ce povre malade 
Un seul regart comme a un trespassant, 
Pour alegier la grant dolour qu'il sent, 

Ou il se muert par desespoir tout rade ^ 
Pour le penser qui en son cuer descent. S 

Amour, donnez a ce povre malade ^ 
Un seul regart comme a un trespassant. 

Par souvenir est si vain et si fade *, 

Que plus navré de li n'est entre cent, 

Et quant pour vous languit, vray ygnocent, . 10 

Amour, donnez a ce povre malade ^ 

Un seul regart comme a un trespassant, 

Pour alegier la grant dolour qu*il sent. 

I Amour etc. 

A- Raide. — ^ Si faible et si mal à Taise. 



76 RONDEAULX ET VIRBLAYS 



Dcxvir 

Rondel. 
(Sur le château de Clermont.) 

BEAU Tait aler ou chastel de Clermont, 
Car belle y a et douce compaignie, 
Qui en dançant et chantant s'esbanye «. 

Les dames la tresbonne chiere ^ font 
5 Aux estrangiers : si convient que je dye : 
Beau fait aler ou chastel de Clermont ^, 
Car belle y a et douce compaignie. 

Une en y a qui les autres semont * 
En toute honour et en joyeuse vie. 
10 C'est paradiz; et pour ce ^ a tous escrie : 
Beau fait aler ou chastel de Clermont *, 
Car belle y a et douce compaignie, 
Qui en dançant et chantant s'esbanye. 

' Publié par Tarbé, tome II, p. ig4. 

I. Chere — 2. Beau fait aler etc. — 3. Ce manque. 

a. Se divertit. — b. Invite. 



RONDEAULX ET VIRÊLAYS 77 

DCXVIII 

Antre Rondel. 
{Sur sa pension qu'on ne lui paye pas.) 

[Rondeau en bcho.J 



DE jour en jour toute merencolye 
Lye mon cuer, car riens n'est de mon fait ^ ; 
Fait ne sera, trop ay dure partie ^; 

Partie soit ma somme, ou je mendye : 
i8i c Dye au jour d^ui mon seigneur si lui plaist. 5 
De jour en jour toute merencolye * 
Lye mon cuer, car riens nVst de mon fait. 

Plait ^ cessera se Braque s*umilie : 

Lye sera ma dolour qui fortrait <*, 

Trait m'ara lors du mal ou je folye *. lo 

De jour en jour toute merencolye ^ 

Lye mon cuer, car riens n'est de mon fait; 

Fait ne sera, trop ay dure partie. 

I. De jour etc. 

a. Mon affaire tourne à rien. — ^. J*ai un trop dur adversaire.— 
c. Débat. — d. Devient excessive, outrée. — e. Je deviens fou. 



78 HONDEAULX ET VlRELAYS 



DCXIX 

Bondel. 
{Le monde va de mal en pis.) 

COMMENT va le monde au jour d^ui? 
On ne puet piz certainement : 
Vers moy se porte durement. 

Car pour loyal amour languy ; 
5 II m'est ^ ainsi présentement. 

Comment va le monde au jour d'ui ^? 
On ne puet piz certainement. 

Maiz j'aten ou mort ou mercy, 
S' Amour se porte * loyaument ; 
10 Si non lors diray tristement : 

Comment va le monde au jour d'ui ^ ? 
On ne puet piz certainement : 
Vers moy se porte durement. 

I. Il n'est. — 2. Comment etc. 
b. Se conduit. 



RONDEAULX ET YIRELATS 79 



DCXX 



Antre Rdnddl. 
(Jeu d*Bsprit.) 

NUE que nulz ne pourroit tnieulx nuer, 
Temps gracieux, plaisans et delictables, 
En cest estai soiez toudîz estables. 

L'en ne vous puet de beauté dçsnuer «, 
A la terre est vos regars agréables, 5 

Nue que nulz ne pourroit mieulx nuer S 
Temps gracieux, plaisans et delictables. 

Toutes dolours faîctes en doulx muor, 

Les fleurs florir, rouséez proffitables, 

Tous vos faiz sont courtoiz et amiables. ro 

Nue que nulz ne pourroit mieulx nuer 3, 

Temps gracieux, plaisans et delictables , 

En cest estât soiez toudiz estables. 

1. Nue etc. — 2. Nue que nulz etc. 
a. Priver, dépouiller. 



80 RONDEAULX ET. VIRELATS 



DCXXI 

Rondel. 
(Il faut tâcher de faire son salut.) 

QUI puet quérir quiere son sauvement ^, 
Car au jour d*ui est tout habandonné ; 
Ainsi est il en. ce monde ordonné. 

Las! nulz n^y fait son devoir proprement; iSi d 
5 Mal n^est pugni, ne bien guerredonné ^. 

Qui puet quérir quiere son sauvement S 
Car au jour d^ui est tout habandonné. 

Et pour ce va tout perilleusement 
Que li plus grant y sont desordonné. 
10 Et puis que Dieu nous a tel temps donné, 
Qui puet quérir quiere son sauvement S 
Car au jour d'ui est tout habandonné; 
Ainsi est il en ce monde ordonné. 

I. Qui puet quérir elc. 

a. Salut. — b. Récompensé. 



RONDEAULX ET ViRELAYS 8l 



DCXXII 



Autre Rimdel. 
[Déclaration d'amour.) 

BIEN m'a Amour prins au saut de la pye ^ 
Soudainement, en passant mon chemin, 
Par un regart ou je congnoiz ma fin. 

Ce fu dame joeune, cointe e( jolye, 
Douce et plaisant, qui a cheveux d'or fin : 
Bien m'a Amour prins au saut de la pye ^ 
Soudainement, en passant mon chemin. 

Donné li ay cuer, corps, pouoir et vie, 
A son vouloir sui et seray enclin : 
Or ne le scet, maiz puis que pour li fin ^, 
Bien m'a Amour prins au saut de la pye ^ 
Soudainement, en passant mon chemin, 
Par un regart ou je congnoiz ma fin. 

r. Bien m'a amour etc. 

a. À rimproviste. — b. Je meurs pour elle. 



1 IV 



82 RONDEAULX ET VIRELAYS 



bcxxiii 



Rondd. 
{Sur une dette de jeu.) 

J\y a Cambray eu ^ troiz fransde pur sort 
Pour un demi a rendre a Compiengne, 
Maiz que le roy et moy Eustace y viengne. 

Bidaut de Quaix se met a prester fort 
5 Du gieu des dez ; a tous de ce souviengne : 

J'ay a Cambray eu troiz frans de pur sort ^ 
Pour un demi a rendre a Compiengne. 

Or voye ailleurs ou il sera ressort <>, 
Et hardiement s'au lieu voys si my prengne ^ : 
lo Ce premier prest est mien a bonne estreine. 
J'ay a Cambray eu troiz frans de pur sort ^ 
Pour un demi a rendre a Compiengne, 
Mais que le roy et moy Eustace y viengne. 

I. en. — 2. Jay etc. 

a. Où il se rattrapera, — b. Si j'y vais (à Gompiègne), qu'il 
m'y prenne. 



D 



RONDEAULX ET VIRELATS 83 

DCXXIV 

Antre Rondel. 
(Déclaration d'Amour) 

AME, pour vous languiray longuement, 
Se ne savez Tamour qui medestraint ; 



182 a Quant je vous ain tresamoureusement, 

Dame, pour vous languiray longuement ^ 

Or vous supplî d'avoir aligement, 
Car fine amour a ce dire m'astraint « : 
Dame, pour vous languiray longuement \ 
Se ne savez Tamour qui me destraint. 

I. Dame etc. 
a. Contraint. 



84 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCXXV 



Rondel. 

DE LA JEUNE DES .Iltl. TEMPS 

LES quatre temps ne doit nulz trespasser. 
Et qui le fait, il pesche mortelment, 
Car du juner fist Dieux commandement. 

Ceulx qui aage ont ne les doivent casser; 

5 Les quatre temps ne doit nulz trespasser \ 

Et qui le fait, il pesche mortelment. 

Meilleur trésor ne puet homs amasser 
Que d'obéir, et pour son sauvement *, 
Car du viez sont et nouvel Testament; 
10 Les quatre temps ne doit nulz trespasser ', 
Et qui le fait, il pesche mortelment, 
Car de juner fist Dieux commandement. 

I. Les quatre temps etc. — 2. saument. 



B 



KONDEAULX ET VIRELAYS 85 

DCXXVI 

Antre Rondel. 
[Lamour est capricieux,) 

lEN est Amour plain de sa voulante, 
Et folz est cilz qui de tous poins le croit. 



Quant mon cuer a de folye tempté, 
Bien est Amour plain de sa voulenté ^ 

Pour moy le dy, qu'il a entalenté ^ 5 

D^amer tel part ou jamaiz n*avandroit ^ ; 
Bien est Amour plain de sa voulenté S 
Et folz est cilz qui de tous poins le croit. 

I. Bien est amour plain etc. 

a. Qu'il a mis en disposition. — b. Il (mon coeur) n'arriverait. 



86 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCXXVII 

Roadel. 
{Comment on peut aimer par ouhdire.) 

COMMENT puet l'en amer par oîr dire 
Celle ou cellui c^on ne vit onques heure? 

Dittes le moy, respondez ent, beau sire : 
Comment puet Ten amer par oir dire ^ ? 

Je vous respond qu^a amour doit suffire 
Bien faiz d'autrui, bons renons qui labeure ^. 
Comment puet l'en amer par oir dire ' 
Celle ou cellui c'on ne vit onques heure? 

I. Comment etc. 
a. Opère, agit. 



RONOBAULX ET VIRELAYS 87 



DCXXVIII 

Antte Boidel. 
(Conseil à une dame de se mettre à Venchire,) 

182 b A^oH plus vous pri et plus vous treuve chîere, 
V-> Et plus faictes i de deul le cuer périr; 

Oncques de vous n'oy une bonne chiere : 
Con plus vous pry et plus vous treuve chiere ^. 

Puis qu'ainsi est, mettez vous a enchiere: 5 

J'ofiferray tant que j'y 3 devray partir «. 
Con plus vous pri et plus vous treuve chiere *, 
Et plus faictes de duel le cuer périr. 

I. Et plus me faictes.— 2. Conpias voos pry etc.^ 3. je y.— 4. Con plus etc. 
a. J offrirai tant que j*y devrai avoir part. 



88 RONOBAULX ET VIRELAYS 



DCXXIX 

RoBdel. 
(Adieu à une nonne trop fière,) 

DIEU vous di, dame nonnain ^ : . 
L'en ne parle a vous qu'a dangier ^, 

Dire faut quant on a grant fain : 
Adieu vous dy, dame nonnain K 

Dé parier attendez demain, 
Ou vous me ferez laîdengier « ; 
Adieu vous di, dame nonnain ^ : 
L*en ne parle a vous qu'a dangier. 

I. Adieu vous dy etc. — 2. Adieu etc. 

a. Religieuse. — b. Avec difficulté. — c. Injurier, outrager. 



RONDEAULX ET VIRELATS 89 

DCXXX 

Antre Rondel. 
{Reproches à une dame qui réconduit.) 



D 



ES variés sui, se croy, de no pays, 
A qui l'en fait souvent paier la muse ^; 



Plus viens vers vous et plus sui esbahiz ; 
Des variés sui, se croy, de no pays ^ 

Je n'y faiz riens, fors que je suis trahiz 5 

De Faulx Samblant et d'Amour qui m'amuse : 
Des variés sui, se croy, de no pays \ 
A qui l'en fait souvent paier la muse. 

!• Des varies etc 

a. Amuser, attendre. 



go RONDEAULX ET VIRELAYâ 



DCXXXl 



Rondal. 
(Même sujet.) 

JE ne veul plus a vous, dame, muser; 
Vous pouez bien quérir autre musart. 

Tart m'aperçoy c*on m'a lait amuser; 
Je ne veul plus a vous, dame, muser ^ 

Ne plus n'espoîr a vous mon temps user , 
Quant d'esprevier savez faire busart. 
Je ne veul plus a vous, dame, muser ^; 
Vous pouez bien quérir autre musart. 



I. Je ne veul etc. 



lS2C 



ROMDEAULX ET VIRELAYS 9I 



DCXXXII 



Antre Boadel . 
(Sur les tromperies des femmes.) 

IL n^est riens c*on puist décevoir 
Que femme a son veil ne déçoive ; 

Li poètes dist de ce voir : 

Il n'est riens c^on puist décevoir ^ 

Pour ce faiz a tous assavoir 
Que nulz leur blandir ^ ne reçoive. 
Il n'est riens c'on puist décevoir ^ 
Que femme a son veil ne déçoive. 



I. II nest riens etc. — 2. II nest etc. 
a. Flatterie, caresse. 



93 RONDEAULX ET VFRELAYS 



DCXXXIII 

Rottdel. 
(// n'aime pas à demander deux fois.) 

JE ne fusse pas bons truans « : 
Je ne say deux foys demander. 

Tantost veil estre hors ou ens ^; 
Je né fusse pas bons truans K 

5 Et qui son don m'est deveens ^, 

Adieu dy, sans plus truander. 
Je ne fusse pas bons truans ' : 
Je ne say deux foys demander. 

I. Je ne fusse etc. 

a. Mendiant. — b. Dehors ou dedans. — c. Et à qui me refuse 
son don. 



ftONDEAUUX ET VIRKLAYS gi 



DCXXXIV 

Autre Bondel. 
(Il ne faut pas /aire demander deux fois.) 

CELLK qui veult son aumosne donner 
Ne le doit pas faire deux foys attendre ; 

Au pretxiier cop doit tout abandonner 
Celle qui veult son aumosne donner \ 

Ou le povre de tous poins rabouter «, 
Afin qu^il puist ailleurs sa vie prendre. 
Celle qui veult son aumosne donner ' 
Ne le doit pas faire deux foys attendre. 

I. Celle qui vealt etc. 
a. Rebuter. 



94 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCXXXV 



RondeL 
(Déclaration à une inconnue.) 



*iL qui oncques encore ne vous vit 
Vous aime fort et désire veoir. 

Or vous verra, car en cest espoir vît 
Cil qui oncques encore ne vous vit '. 

Car pour les biens que chascun de vous dit 1S2 d 
Vous veult donner cuer, corps, vie et pouoir; 
Cil qui oncques encore ne vous vit* 
Vous aime fort et désire veoir. 



I. Cil etc. — 2. CiJ qui etc 



RONDBAULX ET VlKEIJkTS g& 

DCXXXVI 

Aatre Hondel. 
[Souvenir d'une visite à Nourroy.) 



N 



^A pas long temps que je fui a Nourroy, 
Maistre Jaques, veoir vostre maison 



Biau lieu y a pour déduire ' le roy ; 

N'a pas long temps que je fui a Nourroy. 

Chambres, saies et chappelle d'arroy ^ 
Et lieu plaisant en trestoute saison ; 
N'a pas long temps que je fui a Nourroy S 
Maistre Jaques^ veoir vostre maison. 

I. Na pas etc. 

a. Amuser — b. Bien arrangée. 



96 RONDBAULK ET VIRBLAYS 

DCXXXVII 

Rondel. 
(// ne veut plus soigner femme ni en/ans.) 

JE ne veul plus servir femme n'enfans, 
Car de merir ^ n^ont ^ pas discrétion. 

Qui trop les sert^ il ne fait pas grant senz : 
Je ne veul plus servir femme n'enfans •. 

Femme ne croit, enffès est ygnocens, 
Tel service est temps de perdicion ; 
Je ne veul plus servir femme n'enfans *, 
Car de merir n'ont pas discrétion. 

I. non. — 3. Je ne veul etc. 
a. Récompenser. 



J 



RONDEAULX ET VIRELAYS 97 

DCXXXVIII 

Aatre Rondel. 
{Sur ses infirmités.) 

E sui bon astronomien ^, 
Je sçay bien quant il doit plouvoir; 



Le doz me deult ^, goutteux devien, 
Je sui bon astronomien ^ 

Elasl jamaiz nevaudray rien, 
Dames, pour faire mon devoir. 
Je sui bon astronomien, 
Je sçay bien quant il doit plouvoir *. 

I. Je sai etc. — 2. Ce vers manque, 

a. Astronome. — b. Le dos me fait mal. 



T. JV 



gS RONDEAULX ET ViRELAYS 



DCXXXIX 

Aatre Bondel. 
{// doit être content.) 

lEN doy estre partout gay et joly, 
Car j^ay amour et dame a mon talent, 



B 



Et quant honour et tuit bien sont en ly, iS3 ^ 
Bien doy estre partout gay et joly ^ 

Elle a gent corps, joeune, fresche et poly, 
Doulz et courtoiz, et souverainement 
Bien doy estre partout gay et joly i, 
Car j^ay amour et dame a mon talent. 



I. Bien doy etc 



RONDEAULX ET VIRELAYS 99 



DCXL 



Rondel *. 
(Adieux à Troyes.) 



ADIEU m'amour, adieu Troye en Champaigne, 
Adieu plaisant et tresdouce cité. 

De mon départ faut que je me complaigne : 
Adieu m'amour, adieu Troye en Champaigne '. 

En France n'a, n'en royaume d'Espaigne, 5 

Ville qui soit de tel auctorîtté; 
Adieu m'amour, adieu Troye en Champaigne \ 
Adieu plaisant et tresdouce cité. 



* Publié par Tarbé, tome I, page 84 
I. Adieu etc. 



100 RONDEAULX ET VIRELATS 



DCXLI 

Antre Rondel. 
(Même sujet,) 

ADIEU te dy, noble cité de Troye, 
Ou l'en scet bien estrangiers honorer. 
Mon cuer as fait forment « énamourer. 

Plaine es d'onneur, de solas * et de joye ^ ; 

Adieu te dy, noble cité de Troye *, 
Ou l'en scet bien estrangiers honorer. 



5 



Je n^aray bien jusques je te revoye, 
Fors que penser, gémir, plaindre et plourer 
10 Et quant o <^ toy ne puiz plus demourer, 
Adieu te dy, noble cité de Troye *, 
Ou Ten scet bien estrangiers honorer. 
Mon cuer as fait forment énamourer. 

1. Plaine es de solas donneur et de joye. » 2. Adieu etc. 
a. Fortement. •— 0, Consolation. — c. Avec. 



N 



RONDEAULX ET VIRCLAYS 10 1 



DCXLII 

Rondel *. 
(Même sujet.) 

OBLB cité, ville tresamoureuse, 
Adieu te dy jusques a mon Retour. 



De Champaigne es contesse vertueuse, 
Noble cité, ville tresamoureuse ^ . 

Troyes * as nom ; a tous es gracieuse, 
Bons cytoyens, dames de bel atour ; 
Noble cité, ville tresamoureuse *, 
Adieu te dy jusques a mon retour. 



♦ Publié par Tarbé, t. L p. if 3 
1. Noble cite etc. — 2. Troyc. 



102 RONDEAULX ET VIRELATS 



DCXLIII 



Aatre Rondel \ i83^ 

(Même sujet.) 

TROYE est biaux noms, plaisans et gracieux. 
Ou Ten scet bien gens d'onour festoyer ; 

De raison doit li liex estre amoureux ; 
Troye est biaux noms, plaisans et gracieux ^ 

; Preuver le puis par Hélène et par ceulx 

Qui de Grèce vouldrent la ostoyer 2 «. 
Troye est biaux noms, plaisans et gracieux *, 
Ou l'en scet bien gens d^onour festoyer. 

' Publié par Tarbé, t. I, p 8^. 

I. Troye etc. — 2. estoyer. 

a. Voulurent y faire une expédition. 



RONDEAULX ET VIRELAYS lo3 

DCXLIV 

RoBd«l. 
(Prière à une dame de le garder che\ elle.) 

QUANT j^ay sanz plus veu vostre manoir, 
Chiere ' dame par qui je sui raviz, 
Mes désirs sont en partie assevis ^, 

Maiz la n'ose longuement remanoir ; 

Quant j'ay sanz plus veu vostre manoir *, 5 

Chiere dame par qui je sui raviz. 

Ce me destruit ; or me doint Dieux manoir ^ 

Tant que de moy soit vo gent corps servis; 

Car vostre sui, et comme vo sers viz. 

Quant j'ay sanz plus veu vostre manoir 2, 10 

Chiere dame par qui je sui raviz, 

Mes désirs sont en partie assevis. 

«. Chere. — 2. Quant jay etc. 

a. Assouvis. — b. Que Dieu me permette de demeurer. 



104 RONDEAULX ET VIREI.AYS 



DCXLV 



Antre Rondeau. 
(Contre les médisans,) 

CONTRE moy guetent Envie et mesdisans 
Et Faulx Rappors et Dangiers !i villains; 



Cest de pieça, car il a bien .x. ans 
Contre moy guetent Envie et mesdisans 



Tant m'ont grevé, Dieu les soit maudisans ! 
Que n'ose aler vers ma dame, et si Tains. 
Contre moy guetent Envie et mesdisans ' 
Et Faulx Rappors et Dangiers li villains. 



I . Contre moy etc. 



RONDEAULX ET VIRELATS lOb 



DCXLVI 

Antre Rondeau. 
(Invitation à sa maison des chants.) 

AssEGiEZ sui en la maison des champs : 
Mi bon ami, venez lever le siège. 

jS3 c Pour ma doleur vers de tristesse chans ^; 
Âssegiez sui en la maison des champs \ 

Ou je me clain ^ las, dolereux, meschans; 5 

Enfans lever et froit ^ m'ont prins au piège. 
Assegiez sui en la maison des champs ^ : 
Mi bon ami, venez lever le siège. 

I. Assegîez soi etc. 

a. Je chante des vers de tristesse. — b. Je me nomme. — c. Le 
soin des enfants et le froid. 



I06 RONDEAULX ET VIRELAYS 

DCXLVII 

Rondeau. 
(Demande de vin blanc pour une maladie.) 



I 



E ne mose de ma chambre partir, 
Pour la bosse qui m'est venue en Taine; 



De vo vin blanc me vueilliez repartir : 
Je ne m'ose de ma chambre partir \ 

\ Et du plus vert ^, ou je seray martir ; 

Celle me tient plus haut * d'une sepmaine. 
Je ne m'ose de ma chambre partir *, 
Pour la bosse qui m'est venue en Paine. 

I. Je ne mose etc. 

a. Du plus jeune, du plus fort. — b. Il y a plus d'une semaine. 



«ONDEAULX ET VIRELAYS IO7 



DCXLVIII 

Antre Ronëd *. 
[Sur la retenue de ses gages.) 

EST ce donc vostre entencion 
De voloir retranchier mes gaiges. 

Vint livres de ma pencion ? 
Est ce donc vostre entencion ' ? 

Laissiez passer i'Ascencion, 
Que honniz soit vostre visaige ! 
Est ce donc vostre entencion 
De voloir retrancher mes gaiges - ? 

♦ Publié par Tarbé, tome H, page 118. 
Est ce donc etc — 2. Ce vers manque 



I08 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCXLIX 

Rondel \ 
[Star le même sujet.) 

OLENTnsRS me paye ma dame, 
Et vous me payez trop enviz ^ ; 



V 



Mes gaiges me pesez a dragme ; 
Volent iers me paye ma dame *. 

> Maiz je vous jure, par mon ame, 

S'on me restraînt, j'en seray piz. 
Volentiers me paye ma dame *, i83 d 

Et vous me payez trop enviz. 

• Publié par Tarbé, tome II, page ii8. 

I . Volentiers etc. 

a. A regret, à conire-cœur. 



RONDEAULX ET VIRELAYS lOQ 



DCL 

Rondel. 
{Eloge du Limousin,) 

ENSENGNEZ iHoy, bcau seigneur et voysin, 
Ou je pourray ces troiz choses trouver : 

Femme constant, sage homme et gras poussin; 
Ensengnez moy, beau seigneur et voysin ^ 

Lors me dirent : Quier les en Limosin. 
Pour le payz noblement aprouver, 
Ensengnez moy, beau seigneur et voysin ', 
Ou je pourray ces troiz choses trouver. 



1. Ensengnez moi etc. 



110 KONDEAULX ET VIRELATS 



DCLI 



D 



Autre Rondel. 
(Prière d'amour à une dame.) 



AME a Judith et Hester comparée, 
A Eccuba et Rebecque autrecy « , 



De loyaulté a Sàrre equipolée * *, 
Dame a Judith et Hester comparée ^, 

De bonne meurs a Seneque ^ parée, 
Mon cuer vous donne ; aiez de moy mercy, 
Dame a Judith et Hester comparée *, 
A Eccuba et Rebecque autrecy. 



I. equipalee. -> 2 Dame a Judith etc. ^ 3. senque. 
a. Aussi. — b. Egalée, 



RONDEAULX El* VIRELAYS I J ( 



DCLII 

Rondel *. 
(Sur le trépas de B. du Guesclin.) 

TuiT chevallier qui alez par le inonde, 
Et qui suiez le mestier honorable, 
Plourez la mort du vaillant connestable. 

Son grant renom par tout le ciecle habunde : 
C'estoit Claquin, le puissant combatable <>, 5 

Tuit chevallier qui alez par le monde, 
Et qui suiez le mestier honorable ^ . 

Oncques n'y ot ^ tel a la Table Ronde, 

Car tous ses faiz sont grans et merveillable ; 

Et quant il sont plus qued^omme louable ^y lo 

Tuit chevalier qui alez par le monde. 

Et qui suiez le mestier honorable, 

Plourez la mort du vaillant connestable *. 

* Publié par Tarbé, tome I.page 43. 

1. Ce vers manque. — 3. Oncques nottel. — 3. Domma laable. — 4 Ces 
deux vers manquent. 

a. Combattant. 



1 J2 RONUEAULX ET VIRELAYS 



DCLIII 



Autre Rondel *. 
(Demande d*amour,) 

QUANT je vous ain de si parfaite amour 
Qu^iln^est nulzhomsqui tant puistdame amer, /j'i^ 
Veuillez en gré recevoir ma clamour, 

Ou autrement languir faut sans demour 
5 Mon triste cuer et tout désespérer, 

Quant je vous ain de si parfaite amour ' 

Qu^il n'est nulz homs qui tant puist dame amer. 

Or ne * veillez par reffus donner plour 
A 3 mon las cuer, car trop auroit d'amer ; 
10 Maiz me veilliez retenir par honnour : 
Quant je vous ain de si parfaite amour *, 
Qu'il n'est nulz homs qui tant puist dame amer, 
Veuillez en gré recevoir ma clamour. 

• Ce rondeau déjà transcrit au folio i57« a été publié sous le numéro 
480, tome ///, page 3oi. 

I. Quant je vous ain etc. — 2 Or me. — 3. De. 



RONDEAULK ET VIRELATS 1 J 3 



DCLIV 



(Louanges d'une dame.) 

PALME de paix et cèdre de hautesse, 
Fleur d'olivier et iiz de grant valour, 
Mon cuer vous doing, mon corps et mon amour. 

Estoc ^ estes et arbre de noblesse, 

Et sur toutes la précieuse flour, 5 

Palme de paix et cèdre de hautesse ', 

Fleur d'olivier et Hz de grant valour. 

Pour ce vous tien ma dame et ma déesse, 

Mon refuge, ma fortresse et ma tour, 

Mon bien mondain, pour qui porte et aour ^. ro 

Palme de paix et cèdre de hautesse \ 

Fleur d'olivier et Hz de grant valour, 

Mon cœur vous doing, mon corps et mon amour. 

I. Palme de paix etc . 
a. Tige.— b, J*adore. 



IV 



I 14 RONDBAULX ET V1REI.AYS 



DCLV 



Antre Rondel *. 

(Sur les noms du sire de Coucy et d'Eustache 
Deschamps.) 

LES noms sarez du seigneur et servent 
CoMvertement en ce rondelet cy^ 
Maiz diviser les vous fauldra ainsi : 

Une silabe prendrez premièrement 
5 Du second ver et la fin autrcssy : 

Les noms sarez du seigneur et servent * 
Couvertement en ce rondelet cy. 

En reversent « prendrez subtivement * 
En derraîn ver troiz petiz mos de li : 
10 A ce eust bien un autre défailli *. 

Les noms sarez du seigneur et servent 
Couvertement en ce rondelet cy, 
Mais diviser les vous fauldra ainsi ^. 



• Publié par Tarbé, tome /, page i25, 

I. Les noms etc. — 2. failli. — 3. Les trois vers du refrain manquent. 

a, A rebours, à Tenvers. — b. Subtilement. 



RONDÊAULX ET VlRELATS l 1 5 

DCLVI 

* 
[Alix 'chevaliers de Tordre de la couronne.) 



i84b'\J 



ous qui portez Tordre de la couronne, 
Soie2 vaillans, preux, loyaulx et hardiz, 
Larges en dons et courtoiz en vos diz, 



Humbles ^ et doulx envers toute personne, 
Fors seulement contre vos ennemis; 5 

Vous qui portez Tordre de la couronne, 
Soiez vaillans, preux, loyaulx et hardiz *. 

Amez de cuer celluî qui vous ' le donne ; 
Armes suiez ; soiez Tun l'autre amis ; 
Querez honneur et poursuiez toudiz. lo 

Vous qui portez Tordre de la couronne, 
Soiez vaillans, preux, loyaulx et hardiz. 
Larges en dons et courtoiz en voz diz *. 



* Publié par Tarbé, tome l^page 36. 

1. Humble. — 2. Ce vers mangue. — 3. Vous manque. — 4. Ces deux vers 

manquent 



Il6 RONDEAÛLX ET VIRELÀYS 

DCLVII 

Roriàel *. • 
{Inpitation à son jubilé de cinquanfâMè,} .> 



V 



ENRZ a mon fubilé : 
J'ay passé la cinquantaine : 



Tout mon bon temps est aie : 
Venez a mon jubilé. 

) Mon corps est tout aflFolé. 

Adieu ! de moy vous souviengrie I 
Venez a mon jubilé ^: 
J'ay passé la cinquantaine. 

• Publié par Tarbé, tome I, page 184 
I. Venez a mon jubile etc. 



RONPEAULX ET VIRELAYS l I7 

DCI^VUI 

Antre Rondel. 
(Contre ceux qui n'oeent pas dire la vérité,) 

Vous qui n'osez, pour courroux de seigneur, 
Dire le voir, que son corps n'en empire^ 
Pourvir ^ devez au bien de son empire. 



Ne souffrez pas perte avec déshonneur. 

Vous qui n'osez» pour courroux de seigneur \ 
Dire le vjoir^ que son corps n^en empire. 



5 



Gardez son droit, faictes qu^il ait honeur, 
N'espargnez rien, soyez bon et vray mire *, 
Car au derrain ^ vous en ariez du pire, 
Vous qui n'osez, pour courroux de seigneur ^, 10 
Dire le voir, que son corps n'en empire, 
Pourvir devez au bien de son empire. 

I. Vous qui nosez etc. — 2. bon et vray ame. — 3. Voua qui nosez pour 
courroux de seigneur etc. 

a. Pourvoir. — 6. A la fin. . : 



1 1 8 RQNDEAULX ET V4RKI.AYS 



DÇUX 



Antre Roiidel \ 

(Vœux pour la paix, à r occasion de la naissance de 
Louis de France y duc de Guyenne, 22 janvier i3g6,) 



D 



lEUx envoya la paix du ciel en terre 
Quant il tramist son fils pour les humains» 



Par tout le mont cessa lors toute guerre^ 184 c 
Dieux envoya la paix du ciel en terre. 

Par les deux hoirs qu'il nou3 a fait acquerre 
Veille apaisier nos ennemis mondains ! 
Dieux envoya la paix du ciel en terre 
Quant il tramist son fils pour les humains ^ 

• Publié par Tarbé, t. I,p. i6i. 
i,Ce vers manque. 



ROHûEAULX ET VIRELATS JI9 



DCLX 



Rondel. 
{Portrait de sa dame.) 

POUR conforter mes doulx maulx amoreux 
Veil rimage de ma dame pourtraire 

En un biau lieu, plaisant et gracieux, 
Pour conforter mes doulx maulx amoureux. 

Par elle sont gary touz langoureux, 
Si en doy bien un riche temple faire. 
Pour conforter mes doulx maulx amoreux *, 
Veil Timage de ma dame pourtraire. 

I. Pour conforter mes doulx maulx etc. 



1 10 RONbEAVLX ET VitmLkltS 



DCLXI 

Antre RMlti *. 
(Sur la mort de Guitharà'd^Angïe.) 

CA$Gtm»âoii! bien ptoter tel ébeTàlier ' ! 
Qui toat soti temp^ a en honneur vbscu. 
Et par son corps a maint homme vaincu. 

Quant reti ne scet en li rien reprocbièr, 
5 Et Mort le prent et met soubz son escu, 

Chascons doit bien plorer tel chëTalkr - • 
Qui tout son t^mps a en honncfur vestu ^^ 

Mieudres^ ne pot en arm^s chevauchîer: " -'• . 
Guichard d'Angle fu tel homme tenu 
10 Que des deux pars meilleur de li ne fu. 
Chascun doit bien plorer tel chevalier 
Qui tout son temps a en honneur vescu, 
Et par son corps a maint homme vaincu ^. 

• Publié par Tarbé, tome II, page 64- 

I. Ce vers manque. — a. Ces deux vers manquent. 

a. Meilleur. 



ROHDE^tX ET.VIRELA;yS 121 



DCLXH 



Simdd. r 

JEifANs de Doffii90$) Loy et Cassinet^ - 
Prenons coagié 4e la dojice contrée^ 

A cuer dolent et a voix esplourée; 
Des or noiislault porter le ^ baasinet ^^ 

Lever matin, <:hevauchier grant journée, 
Et nous soûlions dormir le matinet ^, 

184 d Estre pignez comme belle espousée, 
Aler au boiz ; la dance est retournée. 

I. \e manque 

a. Espèce de casque. — b. Le malin. 



122 KQII0EAULZ ET VlftfilAYS 



DCLXilI 

Antre Soidd. 
(Sur U danger d'élevé des i^U^ins.) 

EH ce inonde n*a nul plus grant péril 
Que d'eslever un povre homme en estât, 
Ne qui par tout puist tant faire débat. 

Tout le contraire est de Pomme gentil ^^ 
5 Car contre droit po souvent se débat. 

En ce monde n'a nul ^ plus grant péril 
Que d'eslever un povre home en estât *. 

Toute ordure verrez de Tomme vil * : 
Il ' het les bons, il est gloux ^ comme un chat, 
10 II happe tout, il fait son maistre mat. 
En ce monde n'a nul plus grant péril 
Que d'cslever un povre home en estât, 
Ne qui par tout puist tant faire débat ^. 

I . nul manque.-^ a. Ce vers manque*^ 3. i. — 4 Ces deux vers manquent 
a,' Noble. — 6. De bas étage. — c. Glouton. 



ftONDCAULX ET VIfRELATS 1 23 



DCLXIV 



JNàddL ^ 
{Don rf^ son eœùr à une dame,) 

Taçsdouice flour qui tous maulx puet garir, 
Pour k doulçonr dont vous «stes ca^mplie, 
Mon coer oui temps vo grant bonté n 'oublie. 

A vous le VQul tout donnex et offrir; 
Or le veilliez prandre et a chierje lie, 5 

Tresdouke flour qui tous maulx peut garir ^, 
Pourla doulçour dont vous estes raemplie. 

Je ne quier plus ne veul autre mmr 

Fors nom d'ami, et pour œ vous supplie 

En ce douix temps que ma voix soit oye. lo 

Tresdoulce âour qui tous maulx puet garir ^, 

Pousr.la doulçour dont vous estes raemplie, 

Mon cuêr nul temps vo grant bouté n^oublie. 

1. Tresdoulce ftour etc. — 2. Tr«8doalce flour qui tous mauU etc. 



I 24 ROkDEAOLX ET VlRËLAYS 



DCL3^ 

Antre lottdel. 
(it une dame:) 

GOURTOtSSMtiNY tù^tLVtZ fl MTVQtlt pTÎZ l * 
Or vous tetidfay mât dame et ma déesse ; 
' Le Vitti de tous a ce faire m'£(dresse/ 

Elas ! trop suh de vostre amour soîis pris, 
'5 Tant hie destralnt'dessus, douce illâlfressé; 
Courtoisement m'avez a serveftt ptiz ^ : 
Or vtnis tendray ma dame et ma déesse. 

Èlas * ! trop soi d^ Tardent feu èsç^rtz, 18$ a 
En quel je n*ay ne confort, ne Icesse; 
ïo Dont puis je bien dire a vostre juenesse ♦. 
Courtoisement m'avez a servent priz, 
Or vous tcndray ma dame et ma déesse ; 
Le bîeii de vous a ce faire m'adresse *. 

I. Courtoisement etc. — 2. Elas manque.-^ 3. Ces deux vers mandent. 



Rp^OjEAUtX ET VIREUVYS lib 



[Conseils à ceux qui viennent à Paris.) 

Vous qiri Tone* n P wî» ^jiouKn^, ^ n 
Faietes^ pl-endr e gfird^ d^ vas cfaoyaU^ ; 
Ils mao^Miit ? l'un Vautre^ imit.soiiMiiaulx ^. 

Il n'tst varlet qui les ea puist garder ^ ; 

Les deux a Tua font mervilleux assaulx; p 

Vous qui vene^ a Paris séjourner, 

Faictes prendre garde de vos chevaulx ^. 

Tant que pour eulx faire mleulx agrever ^., 

Les deux le tiers font vendre tous les taux ^, 

Tant pour hoste comme pour mareschau;^, i^o 

Vous qui venez a Pariz séjourner^ 

Faictes. prend jre garde de vos chevaulx; 

Ils maoguent Tun Tautre tant sont mauU ^. 



i.vLa rime manque. — 2. Ce vers manque ^-^ 3. Ces deux vers manquent, 

a. Us se mangent 1 un Tautre. — b. Mauvais. — c. Aggraver. — 
d. Pour en garder deux, il faut vendre le troisième, n'importe à 
quel prix. 



1 26 RONDEAVLX BT VtMBtATS 



DCLIVII 

RotiM. 
(// prié une drnmde ne pasVcubliery.) 

DKukqiàe j'em pli» que ie doqps à^îf^, 
Ne m'oubliez, pour ce se Je suis bars ^, 
Poar mesdisanset par klom rappors^^; 

Car tous vostres sui sans point de demy, 
5 Et vous estds^ mes preckuK trésors, 

Dame que j'^ala plus que le corps de nay ^ ♦ 
Ne {fi'odbtiez, pour ce se >e sois hors; 

Maiz par grâce me donner nom d^my^ 
Et si sera riches ^ mes reconfors, 
10 Si chanteray a présent et pour lors. 

Dame que j'aim plus que le corps de my, 
Ne m'oubliez, pour ce se je suis hors. 
Pour mesdisans et par félons rappors ^. 

I* Dame que j'ain etc. ~ 2. tresriches. — 3. Ces deux vers manquent, 
a. Ne m'oubliez pas, parce que je suis absent. 



RONDEAULX ET VltfifcATS 1*7 



DCLXVIIl 

Autre Sondel. 
(Allégorie contre le mariage d^un^ v^itte.) 

QUAirr rcsprerier prcnt la vielle prrdris, 
De roys « on doit avoir treslongue-* soye ; 
Ainsis avoir doit ^li jueoes maris, 
Quant Tesprevier prent la vielle ^ perdriz. 

Qui vielle prent Tatapie * toudiz, ! 

i8S h Et sr lui met * un chapperon de gris. 
Et doit toudiz couchier en noire voye. 
Quant l'esprevier prent la vielle perdriz. 
De roys on doit avoir iresiongue soye s. 



I. longue. — 3. Ainsis doit avoir. — 3. juene. — 4. C« quatre mots mo«- 
quent. — 5. Ce vers manque. 

a. Filets. — B. Cache, couvre. 



I 28 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCLXIX 

Rondel. 
(Sur son manque d'argent à Paris,) 

SE mes chevaulx n*ont accort a mon hoste, 
Je n'ay mestier de chausser esperon, 
Maiz trotteray a piet comme un garson ^. 

A Pariz m^ont trop fort rongé la coste ; 
5 Or me fauldra chevauchier un baston. 

Se mes chevaulx n*ont accort a mon hoste, 
Je n'ay mestier de chausser esperon K 

Or veille Dieux aucune ame dévote 
Mouvoir vers eulx, qui paie leur paison ^, 
10 Ou vendre fault malle, scelle et arson. 

Se mes chevaulx n'ont accort a mon hoste *, 
Je n^ay mestier de chausser esperon, 
Maiz trotteray a piet comme un garson. 

1. Ce vers manque. — 2. Se mes chevaulx nont etc. 
a. Valet, —b. Nourriture. 



J 



RONDEAULX ET VIRELAYS J 29 



DCLXX 

Antre Rondeau. 
(Reproches d'une femme à Giraudon.) 

Hçl Giraudon, iju'cst tes viz devenus? 
Maudite.soit ta rib.au4e de vie. 
Quant tu ne pues saner ^ ma maladie! 

Pour bon foyteur fuz au premier tenuç; 
Maiz tu recrois; *, a présent ne l'es mie. 5 

He! Giraudon, qu'est tes viz devenus^? 
Maudite soit ta ribaude de vie ! 

Avise toy ; linges tiçnt a la ^ gluz y 

Vîen a mon con faire une renverdie ^ ^, 

Ou tout se part, et convient que je dye : lo 

He î Giraudon, qu'est tes viz devenuz ? 

Maudite soit ta ribaude de vie, 

Quant tu ne pues saner ma maladie * ! 



I . He giraadon etc. — 2 . la manque. — 3. renverdo. — 4. Ces deux vers 
manquent, 

a. Guérir. — b. Renonces, te dérobes.— c. Fête. 



I IV 



)30 RONDEAULX HT VIRELAYS 



DCLXXI 



Autre Rondel *. 
(Les Anglais ont une queue, ) 

CERTRES plus fors sont les Angles 
Que les Françoiz communément 

Les Françoiz portent petit fès; 
Certes plus fors sont les Angles. 

J Car deux tonneaux portent adès 

Et une queue proprement. 
Certres plus fors sont les Angles i85 c 

Que les Françoiz communément *. 

• Publié par Crapelet, p. gi. 
i . Ce vers manque. 



RONDEAULX ET VIR£LATS l3l 



DCLXXII 

Rondeau. 
{A une dame dont il est éloigné.) 

DAME, que j'atn sur toute créature, 
Ne m'oubliez se de vous sui lointains, 
Car mes fins ^ cuers vous est toudiz prochains. 

Vous ne savez les griefis maulx que j^endure 
Et con je suis pour vostre amour attains. 
Dame, que j^ain sur toute créature, 
Ne m'oubliez si de vous sui lointains ^. 

Maiz me donnez donc joyeuse pasture 

Et ne créez les faulx rappors villains, 

Car loyaulx sui et pour ce ne le crains. 

Dame, que j'ain sur toute créature, . 

Ne m'oubliez si de vous sui lointains, 

Car mes fins cuers vous est toudiz prochains 3. 

I- fins manque. — 2 Ce vers manque. — 3. Ces deux vers manquent. 



|32 RONDEAULÎC ET VIRELAYS 



DCLXXIII 



Autre Rondeau *. 
{Les Français délibèrent quand les Anglais agissent.) 

PAR long conseil sans excecucion 
Est maint paiz destruit en temps de guerre; 
On le voit bien par France et Angleterre. 

Les Angles font treshastive ^ mocion ^; 
5 Des Françoiz ont moût destruite la terre. 

Par long conseil sans excecucion 
Est maint paiz destruit en temps de guerre ^. 

Et les Françoiz ont longue oppinion *, 
Et attendent c'on les veingne requerre 
10 En leur paiz, dont tout le cuer me serre. 
Par long conseil sans excecucion 
Est maint paiz destruit en temps de guerre; 
On le voit bien par France et Angleterre ^. 

• Publié par Tarbé, tome I, page i8g. 

I. hatiye. — 2. Ce vers manque. — 3. Ces deux vers manquent. 

a. Armement, expédition. — b. Délibération. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 1 33 



DCLXXIV 

Rondeau. 
(Par orgueil maintes villes sont perdues.) 

PAR orgueil sont maintes villes perdues, 
C'est un pechié que Dieu het durement. 

Plorez, criez, pueple, parmi les rues; 
Par orgueil sont maintes villes perdues. 

Avisez vous, car vos vies sont crues «, 
Les coupables rendez au jugement. 
Par orgueil sont maintes villes perdues, 
Cest un pechié que Dieu het durement ^ 

I. Ce vers manque. 
^* Prolongées. 



l34 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCLXXV 

Antre BoideaH. i8S d 

(Partage de la vie humaine.] 

POUR soixante ans ne doit nulz avoir joye 
De langorer « en ceste vie humainne^ 
Qui devers Dieu ou en enfer nous maine. 

Vingt ans ^ suions la périlleuse voye 
5 De juenesse qui Tenfer nous enseingne. 

Pour soixante ans ne doit nulz avoir joye * 
De langorer en ceste vie humainne. 

Vint ans tirons pour acquérir monnoye, 
Dix ans rêvons, dix ans n'avons que poine; 
1 De viellesse chascuns garde s'i praingne ^. 
Pour soixante ans ne doit nulz avoir joye * 
De langorer en ceste vie humainne, 
Qui devers Dieu ou en enfer nous maine. 



I. Vit ans — 2. Pour soixante ans ne doit nalz etc. — 3. Chascuns si garde 
praingne. — 4. Pour soixante ans etc. 

a. Languir. 



RONDEAULX ET VIRELAYS î'6b 



DCLXXVI 



Boadeaa. 
{Il faut garder la franchise.) 

POUR trestout For qui est et qui sera 
Ne porroit pas Franchise estre vendue; 

Cilz qui la pert ne la recouverra 
Pour trestout Por qui est et qui sera. 

Or la garde ^ chascuns qui le porra, 
Car d'omme franc ne doit estre rendue : 
Pour trestout l'or qui est et qui sera 
Ne porroit pas Franchise estre vendue 2, 

• Or la garde donc. — a. Ce vers manque. 



I 36 RONUBAULX ET VIRELAYS 



DCLXXVII 



M 



Antre Rondeau. 
{Sur le départ de sa dame.) 

'amour s^en va, ma joye et mon soûlas, 
Mon vray dcsir et tout ce que j'amoye, 



Hors du pays : quant le verray , helas ? 
M'amour s'en va, ma joye et mon soûlas ^ ! 

Je ne sçay. Pour ce en l'amoureux las 
Me fault languir. Comment m'esjoyroie? 
M'amour s'en va, ma Joye et mon soûlas ^ 
Mon vray désir et tout ce que j'amoye ! 

Mamoar s'en va etc. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 13'/ 



DCLXXVIU 



Rondel. 
{Souvenir d'une fête des Rois) 

JAMAiz nul jour ne seray Jacobin, 
Ne prescheray a la feste des Roys. 

— Pourquoy? — Pour ce qu^on in*a noyé en vin. 
i86 a Jaoïaiz nul jour ne seray Jacobin. 

Et si a pis, car le ventre souvin ^ 5 

M'ont tourmenté les deables trop de foys. 
Jamaiz nul jour ne seray Jacobin \ 
Ne prescheray a la feste des Roys. 

I. Jamaiz du] jour ne sera jacobin etc. 
a. Couché sur le dos. 



36 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCLXXIX 

Antre Rondel *. 
[Demande d'un vêtement au roi*) 

LES dyabies m^ont rompu ma houppelande, 
Et ma cbappe est par vin toute perdue; 

Mieulx m'eust valu chassier en une lande : 
Les dyabies m^ont rompu ma houppellande. 

) Au roy suppli que^ ce meffait amande. 
Et que par lui m^en soit une rendue. 
Les dyabies m'ont rompu ma houppellande ^ 
Et ma cbappe est par vin toute perdue. 

• Publié par Crapelet^ p, gi. 

1. de. — 2. Les dyabies mont rompu ma houppellande etc. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 1 Sg 



DCLXXX 



(Pensées perdues.) 

QUE sont my penser devenu? 
Ou est le désir que j^avoye 
Quant j'entray d'amours en la voye ? 

Trop m'en est depuis souvenu, 

Maiz ma grant dolour n'y savoye. 3 

Que sont my penser devenu ^ ? 

Ou est le désir que j'avoye ? 

A rebours m'est mon fait venu 

Sanz estre amé, car je cuidoye, 

Maiz par quoy nulz cuidier ne doye. lo 

Que sont my penser devenu ? 

Ou est le désir que j'avoye 

Quant j'entray d*amours en la voye ^? 

. Que sont etc. — 2. Ces deux vers manquent. 



140 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCLXXXI 



Autre Rondel. 
(Portrait d'une dame*) 

Vous me dittes que je die de bon 
Ce que je say, ne m'en veuil escondire ^; 
Pour ce de vous veuil ce que j'en sçay dire : 

Bonne et belle, de gracieux renom, 
5 Plaisant a tous, digne d^avoir empire ; 

Vous me dittes que je die de bon * 
Ce que je say, ne m'en veuil escondire. 

Corps gracieux et de gente façon, 
Sage en maintien, trésor c'on doit eslire 
10 Pour tout honneur : a ce ne puis souflire. jS6 b 
Vous me dittes que je dye de bon* 
Ce que je say, ne m'en veuil escondire; 
Pour ce devons veuil ce que j^en sçay dire. 

I . Vous me dittes etc — 2. Vous me dittes que je dye de bon etc. 
a. Excuser. 



RONDEAULX ET VJRELAYS J4I 



DCLXXXII 

Rondel. 
(Réponse d'une dame à un prince.) 

Vous mlescrivez trop amoureusement 
Et ne voulez que je croye vo guette, 
Maiz telz dit un qui autre chose a faicte. 

Et quant a moy, sachiez certainement 

Que je seray vers vous vraye et parfaite. 5 

Vous m'escrivez trop amoureusement * 

Et ne voulez que je croye vo guette. 

Mon chiér seigneur, portez vous loyaumeni, 

Ne pensez point a Tannel ou vergette 

A vous donné ; amés vostre subgette. lo 

Vous m'escrivez trop amoureusement * 

Et ne voulez que je croye vo guette, 

Mais tel dit un qui autre chose a faicte. 



». Vousctc 



I 42 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCLXXXIII 



Autre Bttdel. 
(Même stget.) 

TRBSCHIERS sires, mille foys vous mercy 
De vostre honneur et de vostre escripture; 
Bonne esc l'amour honorable qui dure. 

Et quant je voy que vous m'amez ainsy, 
5 Amer vous doy, ne vous vueil estre dure. 

Treschiers sires, mille foys vous mercy ^ 
De voslre honneur et de vostre escripture. 

Juge feray d'entre vous et de my 
Le chevalier ou estoit la closture 
lo De vos lettres ou j'ay fait l'ouverture. 
Treschiers sires, mille foys vous mercy ^ 
De vostre honnour et de vostre escripture; 
Bonne est l'amour honorable qui dure. 

I, Treschiers sires etc. — 2. Treschiers etc. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 143 



DCLXXXIV 



Boadel. 
{Même sujet.) 

MANDÉ m'avez comment j^apreîngne a lire 
Et a harper ; ce sont deux fors mestiers 
Que j'aprendray, se je puis, voulenticrs. 

Mâiz, a un cop, ne pourroie souffire 
Savoir les deux : pourquoy, sires treschiers, 5 
Mandé m'avez comment j^apreingne a lire ^ 
Et a harper? ce sont deux fors mestiers. 

Je harperay, mon geu vous fera rire. 
i86 c A vo recour j'en ay aprins premiers «. 

Après liray es livres et pappiers. lo 

Mandé m'avez comment j'apreingne a lire 2 
Et a harper ; ce sont deux fors mestiers 
Que j aprendray, se je puis, voulentiers. 

I. Mandé etc. — 2. Mandé mavez etc. 

a» Sur votre demande je Tai appris pour la première fois. 



144 ROiNDEAULX ET VIRELÀYS 



DCLXXXV 



BoBdean. 
(i4 5011 ventre.) 

VENTRE puans, par Dieu, je vous lairay, 
Vostre « culz, sur qui ne vous puis porter; 
De tant mangier vous vuciliez déporter, 

Ou autrement plus ne vous serviray; 
5 Faictes moy droit, je vueil a vous compter. 

Ventre puans, par Dieu, je vous lairay *, 
Vostre culz, sur qui ne vous puis porter. 

Vostre courroye et vo tasse lairay 
Cheoir ^ ; du tout ne faites que souffler, 
10 Et en alant comme uns pourceaulx roufHer. 
Ventre puans, par Dieu, je vous lairay *, 
Vostre culz, sur qui ne vous puis porter, 
De tant mangier vous vueillez deposter. 



I. Ventre puans etc. 

a. Moi, votre etc. — b. Je laisserai tomber votre ceinture et votre 
bourse. 



RONDEAULX ET ViRELAYS 146 



DCLXXXVI 



Autre Rondeau. 

(Une dame parle à son mari allant guerroyer 
en Prusse») 

EN Pruce vont pluseurs ceste saison, 
Et je doubt bien de vostrc voulenté, 
Que ne soyez du voyage tempté. 

De vostre honneur ay joye, c'est raison ; 
Maiz quant partout ara vo cuer pensé, 5 

En Pruce vont pluseurs ceste saison ', 
Et je doubt bien de vostre voulenié. 

Un tour vendrez avant en vo maison, 

Si vous vaudra ^ ce que j'ay amassé <*, 

Et direz lors comme reconforté : lo 

En Pruce vont pluseurs ceste saison \ 

Et je doubt bien de vostre voulenté, 

Que ne soyez du voyage tempté. 



I- En pruce etc. — 2. vaudray. 

fl. Et ce que j'aurai économisé vous servira. 



T. IV 



146 RONOEAULX ET VIRELAYS 



DCLXXXVII 

Rondel. 
{Une dame prie de ne pas l'oublier.) 

LE temps passé ne mettez en oubli 
.Pour autrui biens, souveingne vous de my : 
Ne m'oubliez pour ce se ne vous voy, 

Car vous avez tousjours le cuer de my ; 
5 Soyez loyaulx, en gardant bonne foy, 

Le temps passé ne mettez en oubli ^ 
Pour autrui bien, souveingne vous de my. 

Estre pouez gracieux et joly, 186 d 

Dancer, chanter, estre de bel arroy, 
10 Maiz en gardant fort Tamoureuse ioy. 
Le temps passé ne mettez en oubli ^ 
Pour autrui biens, souveingne vous de my : 
Ne m'oubliez pour ce se ne vous voy. 

I. Le temps passé etc. ~- 2. \.e temps 



RONDEAULX ET VIRELATS I47 



DCLXXXVIII 

Rondel. 
{Adjuration du corps au coeur de parler à sa dame.) 

CUER, pour Tamour que tu as a ton corps, 
Dy les doleurs que tu sens a ta dame, 
Avec Tamour qui t'art et qui f enflamme, 

Ou il convient que je te boute hors, 
Tant suis férus de l'amoureuse flamme. 5 

Cuer, pour l'amour que tu as a ton corps \ 
Dy les doleurs que tu sens a ta dame. 

Sinon je muir, tu premiers seras mors 

Par ton defifaut, ce te sera dififame. 

N'oseras tu parler a une femme? lo 

Cuer, pour Tamour que tu as a ton corps ^ 

Dy les doleurs que tu sens a ta dame, 

Avec Tamour qui l'art et qui t'enflamme. 

2. Cuer pour lamour etc. 



148 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCLXXXIX 

Autre Rondel. 
(Adjuration de l'œil aux pieds de le porter vers sa dame. 

PiEZ, portez moy et le corps ou je vueil, 
Pour alegier la doleur que je sens, 
Ou je mourray etseray hors du sens. 

— Prenez vous ent, respont li corps a Teil, 
5 Au cuer qui est a ces deux requerans. 

— Piez, portez moy et le corps ou je vueil \ 
Pour alegier la doleur que je sens; 

Car son regart vous fet venir ce deil, 
Dont vous estes d'aler si desirans. 
10 Lors dist li cueurs : Et puisque je me rens, 
Piez, portez moy et le corps ou je vueil \ 
Pour alegier la doleur que je sens, 
Ou je mourray et seray hors du sens. 

I. Piez portez moy etc. 



RONDEAULX ET VIRELAYS I49 



DCXC 

Rondel. 
(Jeu d'esprit.) 

EN desconfort comme desconfortée 
Desconforlant me desconforteray, 
Se reconfort de mon doulx ami n'ay, 

Qu'est * loing de moy, en estrange contrée, 
Et pour s'amour, dolente, languiray ; 5 

En desconfort, comme desconfortée, 
Desconfortant ne desconforteray*. 

i8ya Or veille Dieux aprouchier la journée 
Et le retour que veoir le porray, 
Ou autrement, lasse! pour lui mourray 10 

En desconfort, comme desconfortée ^, 
Desconfortant ne desconforteray, 
Se reconfort de mon doulx ami n'ay. 

I. Quant. — 2. Ce vers manque. —3. En desconfort etc. 



ibO KONDEAULX ET VlftELAYS 



DCXCI 

Antre Rondel. 
{Déclaration cPune dame,) 

TRBSDOULX amis, se vous saviez le quart 
Des maulx que j'ay pour vostre départie, 
Vostre franc cuer en * porteroit partie ; 

Car je ne puis reposer nulle part 
5 Pour vostre amour ; ne vous ne durriez mie, 

Tresdoulx amis, se vous saviez le quart * 
Des maulx que j ay pour vostre départie. 

Doulx penser vient et le grant désir m'art 
Qu'ay de veoir vo manniere jolye; 
10 Maiz trop seriez en grant merencolie, 

Tresdoulx amis, se vous saviez le quart * 
Des maulx que j*ay pour vostre départie; 
Vostre franc cuer en porteroit partie. 

I . emporteroit. — 2 Tresdoulx amis etc. 



RONOEAULX ET VIRELAYS l5l 



DCXCII 



Rondel. 
(Contre sa timidité,) 

CouARDEMENT et tfop acouardîs 
Est mon las cuer, comme lièvres couars, 
Qui pour amer est tous bruis et ars, 

Dire n'ose ses doleurs, li chetiz, 

Qui fait son cuer tramblcr de toutes pars. 5 

Couardement et trop acouardis ' 

Est mon las cuer, comme lièvres couars . 

Tresmaleureux, parle, soyes hardiz: 

Veulz tu mourir de ta parole eschars « ? 

Conte ion fait, mauditte soit ta chars ^I îo 

Couardement et trop acouardis ^ 

Est mon las cuer, comme lièvres couars, 

Qui pour amer est tous bruis et ars. 

I. Couardement et trop etc. — 2. Couardement etc. 
a. Avare. — b. Ta chair. 



1 S2 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCXCIII 



Antre Rondel. 
(.Même sujet. 

CERTES, cuers, je te reoye^ 
Quant tu ne veulx descouvrir 
L^amour qui me fait languir. 

Dont te vient tel couardye? 
5 Veilles ton corps secourir. 

Certes, cuers, je le renye ^ 
Quant tu ne veulx descouvrir. 

Ayes la chiere hardie, i8j b 

Dy hardiment ton désir ; 
10 Car se tu me faiz mourir, * 

^Certes, cuers, je te renye ^ 
Quant tu ne veulx descouvrir 
Uamour qui me fait languir. 

1 4 Certes cuers etc. 



RONDEAULX ET VIRBLATS l53 



DCXCIV 

Rondel. 
(Une dame parle.) 

DouLX amis, ne faictes conte 
De faulx rapport c'on vous face, 
Car vous estes en ma grâce. 

Chassez hors paour et honte, 

Ne doubtez rien leur menace. b 

Douix amis, ne faictes conte ^ 

De faulx rapport c'on vous face, 

Vo grant bien m'amour seurmonte, 
. Qui toute autre en moy efface, 
Vostre sui en toute place. i o 

Doulx amis, ne faictes conte ^ 
De faulx rapport c'on vous face. 
Car vous estes en ma grâce. 

I. Doulx amis etc. — s. Doulx amis ne faictes conte etc. 



l54 RDNDEA.ULX ET VIRELAYS 



DCXCV 



Antre Roftdel. 
{Promesse de fidélité.) 

BIEN pert son temps, son parler, sa saison, 
Qui me blâme mon doulx loial amy, 
Que j'aime tant et aussi fait il my. 

Cilz est trop folz qui m^en met a raison ^, 
5 Quant ja nul jour mal ne trovay de ly ; 

Bien pert son temps, son parler, sa saison 
Qui me blâme mon doulx loial amy '; 

Car son jangler me donna ochaison ^ 
De plus amer et honourer cely 
10 Qu'il 2 veult blâmer; et puisqu'il est ainsi. 
Bien pert son temps, son parler, sa saison ^, 
Qu'i me blâme mon doulx loial amy, 
Que j'aime tant et aussi fait il my. 

I. Ce vers manque. — 2. Qui. — 3. Bien pert son temps etc. 

a. Parole, discours. — b. Sa médisance m*a donné Toccasion. 



IlONOBiLULX ET VIRBULTS iSS 



DCXCVI 

{Reproches d'une dafne.) 

DONT puet venir a dame tel plaisance 
Que de hair celluy qui Taime fort? 
Je ne le sçay, c'est trop grant desconfort. 

Car en ce cas pert amans s'esperance 

Et doulx espoir; sy n'ay d'enquerir tort 5 

Dont puet venir a dame tel plaisance ^ 

Que de hair celluy qui Taime fort. 

En tel amour a trop de desplaisance 
Cilz que Ten het et ayme sans ressort^ ; 
Et quant il voit pour bien amer sa mort. lo 

1S7 c Dont puet venir a dame tel plaisance * 
Que de hair celluy qui Taime fort? 
Je ne le sçay, c'est trop grant desconfort. 

I. Dont puet venir etc. — s. Dont puet venir a dame tel plaisance etc. 
a. Sans pouvoir s^en dégager. 



1 f)6 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCXCVII 

Antre Rondel. 
[Déclaration d'amour,) 

PLUS me harrez et plus vous ameray. 
Combien que c'est a nature contraire, 

Amour le veult, pour ce ainsis le feray : 
Plus me harrez et plus vous ameray K 

\ Car se j'aim bien, de vous amez seray ; 
Et quant Amour a pouoir de ce faire. 
Plus me harrez et plus vous ameray, 
Combien que c'est a nature contraire *. 

I. Plus me harrez etc — 2. Ce vers manque. 



RONDEAULX ET VlRELAYS iSj 



DCXCVIII 

Autre Rondel *. 
[Une Dame assure son ami de son amour.) 

TRESDOULX amis, pour chose c'on voos dye, 
Ne créez ja qu'en tout vostre ne soye, 
Car vostre sui; pourquoy ne le seroye? 

Mon cuer avez, m'amour estes, ma vye, 
Mon bien mondain, mon honour et ma joye. 5 
Tresdoulx amis, pour chose c'on vous dye *, 
Ne créez ja qu'en tout vostre ne soye. 

Ne d'autre amer n'aray jamais envie : 

Rien ne désir fors que toudiz vous voye. 

Et quant si fort mon cuer a vous s'avoye, lo 

Tresdoulx amis, pour chose c'on vous dye *, 

Ne créez ja qu'en tout vostre ne soye, 

Car vostre sui ; pourquoy ne le seroye ? 

* Ce rondeau manque à la Table. 

I. Tresdoulx amis etc. — 2. Tresdoulx amis pour chose con vous dye etc. 



1 58 RONDEAULX ET VIRELAIS 



DCXCIX 



Ronde! . 
{Même sujet.) 

DouLz amis, ne veuillez croire 
Chose qui vous desconforte, 
Ne jangler c*on vous rapporte 

De moy qui suis vostre gloire : 
5 Loyal vous seray et voire, 

Et contre touz ferme et forte. 
Doulz amis, ne veuillez croire ^ 
Chose qui vous desconforte. 

10 Ayez m^amour en mémoire, 

Et querez d'onneur la porte ; 
Puisque je vous reconforte 
Sur amours arez victoire. 
Doulz amis, ne veuillez croire ^ 
Chose qui vous desconforte, 
Ne jangler c on vous rapporte. 

1. Doulz amis etc. 



RONDEAULX ET VIRELAYS ibg 



DCC 



Antre Rondel. 
{Doléances d'amoueux.) 

187 d T E ne say que ce puet estre : 

vJ J'aime ce qui me destruit. 
Et plus laime et plus me nuit, 

Et con berbis me fait pestre ; 

Dont puet tel voulenté nestre? 

Pensez y toutes et tuit. b 

Je ne say que ce puet estre ^ : 

J^aime ce qui me destruit. 

Ainsis m^est amour senestre ^^ 

Qui me rent dolereux fruit 

Pour bien amer jour et nuit. 10 

Je ne say que ce puet estre ^ : 

J*aime ce qui me destruit, 

Et plus Paime et plus me nuit. 

I. Je ne say etc. 
a. Contraire. 



J 60 FONDEAJULX ET VIRELAYS 



DCCI 



Virelay. 
{Même sujet.) 

CERTES jamaiz ne cuidasse 
Qu^amour n'eust amant en grâce, 
Puis qu'il amast loyaument; 
Or voy que desloyaument 
5 Hayne amer me pourchasse. 

Car ce que j'aour me chasse, 
Arrier, de sa doulce face 
Que j'aim amoureusement, 
Et ne soufferroit « en place 
10 Ou elle fust que j'alasse. 

Pour moy plus donner tourment. 

Cause eust se je ne Tamasse ; 
Or 1 ain et si se solasse ^ 
De mon mal joyeusement, 
1 5 Et prent grant esbatement 

En la doleur qui m'efface. 
Certes, jamais ne cuidasse K 

Je croy que Dangier me brasse 
Ce desdain, afin que face 

I . Certes etc. 

a. Souffrirait. — b. Se divertit. 



ROKDEAULX ET VIRELÂYS l6l 

Mon cuerplus destroictement 20 

Croistre en Tamour qui ingéniasse, 
Ou pour vir se je laissasse 
L'amer, maiz certainement 

188 a S'il veult du tout me defiface, 

Car pour deil ne pour menace 25 

Ne lairay acunement 
. L'amer, maiz plus ardemment ^ 
Ameray ce qui me casse. 
Certes jamaiz ne cuidasse etc. 



DCCII 



Autre Virelaj. 
{Plaintes d* amour eux,) 

COMMENT puet amans amer 
Dame d^amour sanz amer 
Qui l'ayme fort 
Et qui fait tout son effort 
De H tuer, 

Quant il la veult honourer, 
Craindre, obéir et celer, 

Et sans ressort, 
Cuer et corps habandonner 



I. ardement. 
T. IV 



102 RONDEAULX ET VIRELAYS 

I o Pour son plesir ordonner ? 

Elle a grant tort . 

Qui ne veult a li parler, 
Maiz par son desdain monstrer 

Le met a mort ; 
1 5 • Et ly, las! Paime plus fort 

Et sans cesser. 
Comment puet amans amer * ? 

Il s'en doit bien las clamer, 
Car en ce tourment de mer 
20 Est a dur port, 

Ou il sent Orgueil venter 
Et son vaissel tourmenter 
Sanz nul déport. 

Ce fait le grant désirer 
25 Qu'il a d'amour savourer 

Qui pour lui dort ; 
Espoir le fait endurer, 
Qui dit que maulx temps ^ durer 

Ne puet au fort iSS b 

3o Longuement; se reconfort 

Ly fait chanter : 
Comment puet amans amer ^} 

\. Comment etc. 
a. Mauvais temps. 



RONDEAULX ET V1RELÂY8 l63 



DCCIII 

Virelay. 
[Une dame dédaigne les médisans,] 

PAR ma foy, cilz pert sa payne 
Qui médit chose villayne 
De celui que j'aime tant. 
Plus l'ameray que devant, 
Avaingne quoy qui avaingne ^. 5 

Guidez vous dont que je craingne, 

Ne que pour faulx parler faingne 

Que je hée mon amant, 

Ne qu'autre a amer empraingne ? 

Cil convient que loyng se teingne lo 

Pour pluseurs qui vont jenglant. 

Plus est loing, plus me demaine 

S'amour et plus est certaine 

Que de le veoir souvent. 

Parlent arrier et avant i 5 

Mesdisans, je seray sayne. 

Par ma foy, cilz pert sa payne ^ 

Il est d'oneurla fontaine, 

Sa vie est de douceur playne. 

Il est hardy et vaillant. 20 



1. Par ma foy etc. 

a. Advienne que pourra. 



164. RONDEAULX ET VIRELAYS 

Prouesse partout le mayne, 
Large est con fu Charlemaine, 
Bien densant et bien chantant ; 

De faire plaisir se payne, 
25 A touz Noblesse Tensaingne. 

Il a bon corps, bel et grant, 
Il est de bien faire engrant «, 
C'est m'amour tressouverayne. 
Par ma foy, cilz pert sa payne ^ 



DCCIV 



Autre Virelay. 
{Reproches à une dame.) 

ESTES vous bien a vo plesir ? iSS c 

Avez vous bien vostre désir 
De veoir la doleur que j'ay ? 
Joye faites de mon esmay; 
Dont puet tel plaisance venir? 

Vous savez mieulx que je ne sçay 
Les mechiefs et maulx que je tray 
Et tout ce que j'ay a soufifrir 
Pour vostre amour dont je mourray ; 



I . Par ma foy etc. 
a. Désireux. 



RONDEAULX ET VIRELAYS l65 

Et qu'amans n'ot ains cuer plus vray lo 

Ne plus loyal pour vous servir 

Que j'ay, et me laissez périr, 

Trambler, tressuer, tressaillir. 

Helas! dolereux, que feray? 

Par m'ame, je forseneray <», 1 5 

Puis qu*ainsis me faictes languir. 

Estes vous bien a vo plesir^? 

De maFeure vous regarday, 

Et trop persent furent li ray 

De vos biaux yeux pour moy ferir, 20 

Du regart desquelz me navray 

Tant que jamays joye n'auray, 

Se Pitez * ne me veult oyr. 

Comment se puet dame esjoïr 

D^autrui mal ? c'est grant desplaisir 25 

A moy qui desservy ne l'ay. 

Maiz pour vous plaire soufiFerray; 

Bien veuil estre vostre martir : 

Estes vous bien a vo plaisir etc. 

I. Estes voils bien etc. — 2. pitelz. 
a. Je perdrai la raison 



l66 RONOBAULX BT VIRELATS 



DCCV 

Rondel. 
(Requête d'amour à une danie.) 

SE ma tristesce estbit tournée en joye, 
Oncques de moy plus eureux ne nasqui, 
Et si say bien et de quoy et pour qui . 

Tous biens mondains, toute leesse aroye 
5 Et lors seroit thon cuer tout ^ assevi ^, 

Sema tristesse estoit tournée en joye, iS8 d 

Oncques de moy plus eureux ne nasqui ^, 

Or veille Dieux que le jour venir voye 
Que ma dame ait de son servant mercy, 
10 Car en ce cas m'aroit du tout gary. 

Se ma tristesse estoit tournée en joye 3, 
Oncques de moy plus eureux ne nasqui. 
Et si say bien et de quoy et pour qui. 

I. tout manque. — 2. Ce vers manque. — 3. Se ma tristesse etc. 
.a Assuré. 



RONOEAULX ET.VJRBLAYS 167 



DCCVI 

Ântro Rondel. 
(Il n'y a qu'heur et malheur J 

u monde n^a au jour d'ui que ces deux, 
. Eur et ineseur ^, a tout considérer, 
Dont l'un fait bien et Tautre desperer. 



A 



Aler partout puet cilz qui est eureux, 
On ne lui puet ne nuire, ne grever. 5 

Au monde n^a au jour d'ui que ces deux ^ 
Eur et meseur, a tout considérer. 

Maiz bien se gart toudiz le maleureux, 
Car il ne puet fors meschance trouver ; 
Chascuns ii nuit, si puis dire et prouver : lo 
Au monde n^a au jour d'ui que ces deux, 
Eur et meseur, a tout considérer. 
Dont l'un fait bien et l'autre desperer 2. 

I. Au monde n'a etc. — 2. Ces deux vers manquent. • 
a. Heur et malheur. 



1 68 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCCVII 



RondeL 
{Il faut être diligent.) 

NVLZ ne tendy ^ oncques a cheval d'or 
Qu'il n'en eust la bride a son vivant, 
Se du quérir fu sage et diligent. 

Diligence est un tresnoble trésor 
Et qui a fait enrichir mainte gent. 
Nulz ne tendy oncques a cheval d^or ' 
Qu'il n'en eust la bride a son vivant. 

Le contraire ne vy oncques encor, 
Maiz j'ay veu povre le négligent, 
o Or y pensez et sachez vrayement : 

Nulz ne tendy oncques a cheval d'or ^ 
Qu'il n'en eust la bride a son vivant, 
Se du quérir fu sage et diligent. 

I. Nulz etc — 2. Nulz ne tendy etc. 
a. Aspira. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 169 



DCCVIII 



Virelay * *. 
(Conseils contre Vépidémie.) 

POUR fuir Pepidimie, 
Reboutez merencolie, 
Vivez liement 
Et faictés département ^ 
Du lieu ou elle est fichie ^. 5 

Alez en esbatement 
18 g a Au bon air premièrement; 
Buvez bon vin une fye * ; 
Et se Pair est grossement 
Ordonné et tourblement S lo 

Soit vostre chambre garnie 

De bon feu, car c*est folie 
D'issir par tel punaisie ^. 

Soiez diligent 
D'avoir o vous lie gent^ 1 5 

Et menez joyeuse vie. 
Pour fuir Tepidimie 3. 

Ayez drap souef flairant 

* Publié par Tarbé, tomQ n,page 12/, 

I, Autre Rondel. — 2. fichée. — 3. Pour fuir etc. 

a. Et partez. — b. Une fois. — c. D'une façon trouble.— d. De 
sortir par une telle infection. 



lyO RONDBAULX ET VIRELATS 

Oa autre chose qui rent 
20 Bonne odeur et puriffie 

L^air mauvaiz non compettent, 
Et vous tenez nettement 
De conscience, non mie 

D'orgueil ne de villenie; 
25 Et qui a dame et amie 

Voist ^ joyeusement 
Vers lui et tresioyaulment 
L'aint sanz y penser folye. 
Pour fuir Pepidimie i. 

3o Qui fera si faittement *, 

Maiz qu'il vive nettement 
De bonne poulallerie <^, 
D'une perdiz, d*un faisant, 
D'un connin frez et plaisant, 

35 Non pas viande pourrie, 

Et que son vin modifie 
Un petit, je ne doubt mie 

Que legierement 
Ne puist passer le tourment 
40 De celle mort tant haye. 

Pour fuir l'epidimie ^ 

I. Pour fuir etc. 

a. Aille. — b. Ainsi. — c. VoUilie. 



RONDBAULX BT VIRBLATS 171 



DCCIX 



Virelay. 
{Prière d'amour à une dame.) 

i8g b Tl me devroit bien ^ souffire 

I Se ma dame, que Dieu gart, 
Levoît vers moy son regart 
Bonnement, sanz escondire ; 

En mieulx ne pourroye eslire 5 

L*amour qui me frit et art. 

Endurer veuil mon martire, 

VeuUe ou non, sans escondire 

Se je puis et tempre et tart 

Tant qu'elle me deingne dire : 10 

Amis, ostez vo cuer d'ire, 

C'est le meilleur, car l'espart « 

Est en vous qui vous martire 

D^amours par son tresdoulz art 

Qui chaut et froit me départ, i5 

Maiz il me sera bon mire ^, 

Lors diray: Dieux le vous mire ^ 

Qu'espoir aray de ma part. 

II me devroit bien soufBre etc. 

Je fonderay comme cire, 20 

I bien mattque. 

a. Eclair.— b. Médecin. — c. Dieu vous en récompense. 



17* RONDEAULX ET VIRELAYS 

S'cspoir vers moy ne se tire ; 
Maiz de requerre couart 
Sui et ne vous ose escripre 
Comment paour me fait frire, 
25 Et Dangier qui me repart 

En pensant triste m'atire, 
Dont, se vous n'avez esgart 
De pité, povre musïirt 
Me pourray partout descrîpre; 
3o Or ne veuilliez cscondire 

Le cuer ou le vostre part. 
Il me devroit bien souffire etc. 



DCCX 



Autre Virelay*. i8gc 

(Sur les gens d'armes de Normandie.) 

FAicTES bonne chiere et lie, 
Gens d'armes de Normandie, 
Car le roy est en bon point, 
Et priez Dieu qu'il lui doint 
> Paix, honnour et bonne vie. 

Mettez en sa seignourie 
Rébellion la haye 

* Publié par Tarbé, tome I, page 33 



RONOEAULX ET VIRELATS 173 

Qui d^estre amie se foint ^ 

Par semblant d'ypocrisie, 

Pourchassant mort par envie, i o 

Et plus. qu'escor pion point 

Du venin de felonnie, 

Par la queue oultrequidie, 

Dont le chief blandit et oint 

Son vray seigneur et Pempoint 1 5 

Jusqu'à mort, par sa folie. 

Faictes bonne chiere et lie^. 

Maiz Dieux ne soufferroit mie 

Raisons ne droiz qu'impugnie 

Demourast, car le bien voint ^. 20 

Et pour ce sera pugnye 

La fausse comme ennemye. 

Tel crime ne li pardoint 

La noble et roial lignie, 

Maiz applique a sa partie, 25 

La terre et ce qui y joingt, 

Comme forfait et adjoint, 

A li par la renoye <^, 

Faictes bonne chiere et lie etc. 

De noble cbevallerie, 3o 

Fleur de toute baronnie, 
Prouesse et honnour vous point ; 
i8g d Se 2 bon roy vous a nourrye, 
Rendez lui la courtoisie, 
Eins ne vous fist mal apoint ^, 35 

I. Faictes bonne chiere etc. — 3 . De. 

a. Feint, fait semblant.— b. Remporte la victoire.— c. Renégate. 
— d. Jamais il ne vous fit mal appointé. 



1 74 tONDBAULX ET VIRELAYS 

Force et piXtz vous escrie, 
Amour, loyauté vous prie. 
Et raisons si vous enjoint 
Que loyal, ferme et conjoinct 
40 Ly soyez sans départie. 

Faictes bonne chiere et lie etc. 



DCCXI 



Virelay. 
(Remerciement d'un cadeau à une dame. 



D- 



^AME, je VOUS remercy 
Et graçy 
De cuer, de corps, de pensée, 
De l'anvoy qui tant m*agréç 
5 Que je dy 

Conques plus biau don ne vi 
Faire a créature née, 
Plus plaisant, ne plus joly, 
Ne qui sy 
10 M'ait ma leesce doublée. 

Car du tout in'a assevi, 

Et ravi 
En Tamoureuse contrée ; 
Je le porte avecques my 
1 5 Con cellui 

Qui m'a joye recouvrée, 



RONDEAULX BT VIRELATS 17^ 

Et si m'a renouvellée 
M amour qui 
Mancoit par rappors hays . 
Et par fausse renommée. 20 

Dame, je vous remercy etc. 

Long temps a mon cuer gemy 

Et fremy 
igo a En doleur désespérée, 

En tristesse et en soucy, 25 

Jusqu'à cy 
Que Pitez est dévalée, 
Qui a des loyauU mercy. 

Or li pry 
Que ne croye a la volée 3o 

Fausse langue envenimée, 

Car par lui 
Sont maint loyal cuer trahy : 
De mal feu soit embrasée ^ I 
Dame, je vous remercy *. 35 



DCCXII 



Autre Virelay. 
{Déclaration à une dame trop fière.) 

TRiSTOUR et merencolie 
M*ont long temps, par ma folye, 
Trop fait merencolier 



I. embrassée — 2. Dame etc. 



1 76 RONDEAULX ET VIRELATS 

Cuer et corps afoiblier « 
5 Dont i^ay la chiere palye. 

Nulz ne s'en doit merveillier, 

Car je ne faiz que villier ^ 
Pour la maladie 

D'amours qui me fist lancier 
10 Doulx regart pour moy blecier 

Par dame jolye, 

De sens, de douceur garnie, 

Doubtée, amée ^ et chérie 

De moy, maiz amolier <^ 
1 5 Ne se veult, ne humilier 

Son cuer, dont )e pers la vie. 

Tristour et merencolie 2. 

Las ! mon boire, mon mengier 

Est souvent de li prier 
20 Qu'elle ne m'occie; 

Maiz elle a le cuer si fier 

Que de moy s'enfuit arrier igo b 

Comme je la prie. 

Et me dit par felonnie : 
25 Pas ne seray vostre amie, 

Trop me poez anoyer ^ ; 

Alez vous pendre ou noyer, 
Je ne vous vuel mie. 

Tristour et merencolie ^. 

3o Si cuiday vif erragier ^ 

Quant je me vis laidengier ^ f 

Par telle estoutie «", 
Maiz ja pour tout ce ne quier 

1 amé. — 2. Tri8tour etc. — 3, laidier. 

a. Affaiblir. — b. Veiller. — c. Fléchir, adoucir. — d. Ennuyer. 
— e. Enrager. — ./. Injurier. — g. Rudesse, 



RONDEAULX ET VIRELATS 


177 


Ma chiere dame laissier; 




Aîns sanz villenie, 


35 


Sera de moy poursuie 




Et plus c'onques maiz servie; 




Car qui bien sert, bon loyer 




En voit on souvent paier, 




Quoy que nulz en ^ dye ; 


40 


Tristour et nierencolie *. 





DCCXIII 

Antre Virelay. 
(Déclaration d'amour.) 

MON tresamoureux pensement, 
Je ne puis trop songneusement 
Loer vostre douce figure 
En laquelle a fourme Nature 
Tout son noble assevissement, 5 

De qui me vient le souvenir, 

Rivière pour amans nourrir 

Ou je preing consolacion. 

Vostre gracieux souvenir, 

Vostre bien qui ne puet fenir 10 

Retiennent en leur mencion, 

I . en manque. — 2 , Tristour etc 

I.IV ,0 



178 RONDEAULX ET VIRELATS 

Ou je fu prins soudainement, 
Joeune, gente, et joliement, 
En remirant vo pourtraiture, igo c 

r 5 Ou ma mort et vie figure, 

Se de vous n^ay alegement. 
Mon tresamoureuz pensement etc. 



DCCXIV 



Virelay. 
(Autre déclaration d'amour.) 

J*ÀiME de biauté la flour, 
En bien, pour sa renommée. 
Hemy ! toute ma pensée, 
Ay mis en li sans retour, 
5 N autre n'iert de moy amée. 

De tout mon petit pouoir 
Veul mettre corps et avoir, 
Retraire ne Ten pourroye, 
A faire son doulz vouloir, 
10 N'en se monde a mon espoir 

Telle choisir ne saroye ; 

Et quant fortune et amour 
M^ont telle dame donnée^ 
Joye et leesse doublée 
1 5 Est en moy cent foys le jour. 



RONDBÂULX ET VIRELATS I79 

Et pour ce a dire m'agrée : 
J'ayme de beauté la flour etc. 

Ne riens n'est a mon vouloir 

Qui me peust ^ esmouvoir, 

A dueil, se je ne veoye 20 

Ma dame prendre et avoir 

Autre ami ; en ce, pour voir, 

Dolentement languiroye ; 

Je ne crien nul autre tour : 

Cest ce qui me desagrée «. 25 

Pour ce, de voix esplourée 

Ly pri de garder s'onnour, 

Si diray, sans demourée: 

J'aime de beauté la flour etc. 



DCCXV 



igo d Autre Vûrelay. 

{Recommandations pour bien vivre.) 



QUI veult vivre a chiere lie 
Délaisse orgueil et envie, 
Soit humbles ^ a scurveir, 
Et paciens a souffrir. 

i.paet. ^2. humble. 
a. Déplaît. 



l8o RONDBAULX ET VIRELATS 

5 Gart que de nul ne mesdie, 

Face a unchascun plaisir 
En bien sanz villain désir, 

Ne se vente mie; 
Honnestement en vestir 
lo Se puet et doit maintenir, 

Sanz faire folie. 

Ainsi porra bonne vie 
Mener et sans villenie 
Partout poursuir, 
1 5 Soy faire amer et chierir. 

Désirer sa compaignie. 
Qui veult vivre a chiere lie i. 

Quant on naist il fault mourir; 
Riens ne vauit Pennorguillir 
20 Pour grant seignourie. 

Amer Dieu et conjoir, 
Bien faire et soy esjoyr 
Doit de sa partie 

Chascun, et merencolie 
2 5 Rebouter comme ennemie 

Qui fait dépérir 
Le triste cuer et morir 
Par son art et tricherie. 
Qui veult vivre a chiere lie ^ 

3o Qui se vouldra contenir 

En grâce au monde, et fenir 

En joye florie, 
Ait ces * poins en souvenir, 

1. Qui veult vivre etc. — 2. ses 



RONOEAULX ET VIRELAYS l8i 

igi a Et il ne pourra faillir. 

S'il les estudie, 35 

Qu'il n'ait a la départie 
Paradiz et qu'il ne die, 

A bien avertir, 
Qu'ainsi se doit homs chevir, 
Et pour ce a dire i m'afye : 40 

Qui veult vivre a chiere lie 2. 



DCCXVI 



Virelay. 
(Promesse d'aimer avec humilité,) 

HUMILITÉ porte ray 
Tousjours et humble seray 
Secrètement; 
Et sanz changer nullement 

Obeiray , 5 

Celle que j'aim loiaument. 

Car quant premier l'avisay, 
Elle me tray d'un ray 

Si doucement 
De ses doulx yeux que j'en ay lo 

Le cuer ravi d'amour vray 

Si fermement 



1. dir. — 2. Qui veult vivre etc. 



l82 RONDEAULX ET VJRRLAYS 

Que Ja ne l'oublieray ^ 
Ainçoiz tous liges ^ seray 
1 3 En son commant, 

Comme cilz qui ligement 

La serviray 
Sanz faire département. 
Humilité porteray 3. 

20 Ainsi me delicteray, 

Et ce doulz mot escriray 
Songneusement 

Par tous les lieux ou je yray, 

Dont j*espoir que je vivray 
25 Plus longuement, 

Quant je me ramenberay igi ^ 

De celle pour qui je Tay 

Prins humblement; 
A haulte voix, clerement, 
3o Lors chanteray 

De bon cuer, joyeusement : 
Humilité porteray etc. 

I. loubliray. - 2 linges seray. — 3. Humilité otc 



RONOEAULX ET VIRELATS l83 

DCCXVII 

Antre Tirelay. 
(Éloge de VEspérance.) 

CERTES, je croy que plaisance, 
Doulx penser et souvenance 
Puet homme garir 
De tous maulx et de morir, 
Puis qu*il a bonne espérance ; 5 

Car plaisance,. a dire voir, 
Puet tous meschiefs remouvoir, 

De cuer, de vaillance ; 
Souvenir li fait avoir 
Doulx penser et bon espoir jo 

A tout ce qu'il pense. 

Lors n'i fault que diligence 
Avoir et ferme créance 
Et bien poursuir, 
Soy taire, humblement souffrir, 1 5 

C'est ce qui pluseurs avance. 
Certes, je croy que plaisance ^ 

Bien m'en puis apercevoir, 
Qui Fortune décevoir 

Volt par sa grevance 20 

Tant que j'en dui recevoir 



» Certes je croy etc. 



184 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Péril de corps ou d'avoir 
Par son inconstance ; 

Maiz ma grant perceverance, 
25 Mon plaisir, ma pacience, 

Mon noble désir 
A celle qu'ayn et désir 

M'ont rendu ma délivrance. igi c 

Certe, je croy que plaisance etc. 



DCCXVIII 



Virelay. 
{Résolution déporter des roses en l'honneur d'une dame,) 

POUR la grant amour que j'ay 
A celle qui me tient gay, 
Veul porter en toutes choses 
Dorénavant toudiz roses. 

5 Et certes bien le doy faire : 

Car la plaisant débonnaire 

A tant de douçour en ly 

Et si treshumble viaire 

Et tel corps qu'a tous doit plaire, 
I o Tant est de maintien joly. 

Plus fresche que rose en may 
Est ; et en li, bien le say, 



RONDEAULX ET VIRELAYS |85 

Sont ^ toutes vertus encloses 

Et toutes viltez forcloses. 

Pour la grant amour que j'ay ^. 1 5 

De li ne me veul retraire, 

Car trop doucement attraire 

A volu le cuer de my 

Au lieu ou elle repaire 

Auquel roses partout flaire, 20 

Des lors que premier la vy. 

Pour ce roses porteray ; 

Partout, toudiz escriray : 

Hé I cuer, con tu te reposes 

Quant ce doulz mot escrire oses ! 23 

Pour la grant amour que j*ay etc. 



DCCXIX 



Autre Virelay. 
(Plaintes d'une dame.) 

K j ay amé longuement ^ 
De vray cuer et bonnement 
igi d Mon doulz ami, 

Et il s'est retrait de mi 
Soudainement, 

1. Sur. — 2 Pour la grant etc. — 3. longuemement 



S- 



20 



'86 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Sanz cause et sans mouvement. 
Amours rcgni «. 

Car je l'ay long temps servi, 
Amé, doubté et chery 
*° Tresloyaulment. 

N'onques a autre qu'a ly 
Mon las cuer ne s'assenty * 
Aucunement. 

Et je voy tout clerement 
ï5 Que malicieusement 

M'a deguerpy 
Et qu'il a amours choisi 

Nouvellement, 
Sanz dire au département : 

Adieu vous dy. 
Se j'ay amé longuement K 

Et pour ce l'eure maudy 
Qu'amours en moy s'embatv ^ 
Premièrement, 
25 Et les yeux dont je le vy 

Et moy quant mon cuer ravi 

Si folement : 
En amours n a que tourment. 
A Dieu du tout le commant 
^o Des ce jour cy. 

De moy n'ot onques mercy 

Certainement, 
Ainçoiz m'a couvertement 

Le cuer ocy. 

I Se jay amé etc. 

a. Je renie. - b. S'accorda. — c. Entra. 



RONDEAULX ET VIRELATS 187 

Se j'ay amé longuement, 35 

De vray cuer et bonnement etc. 



DCCXX 



ig2 a Virelay. 

(Plaintes d'un amoureux,) 

POUR ma douleur assouagier ^ 
Qui me fait chascun jour languir 
Veul faire d'un doulx souvenir, 
Dame, mon loyal messagier. 

Car je n'ose aler ne venir 5 

Vers vous que j'ain d'ardent désir ; 

Pour Mesdit le faulx losengîer *, 

Et pour Honour qui retenir 

Veult de tout blasme sanz mentir 

Amie et amant; maiz Dangier . lo 

Fait souvent mon cuer lesdengicr, 

Plaindre, plourer, craindre et frémir, 

Refuser, complaindre, gémir; 

Or le me veuUez estrangier <^. 

Pour ma dolour assouagier ^ i5 

Sur toutes autres vous désir 
Tant que je seray vray martir 

I. Houx ma dolour etc. 

a. Soulager. — b. Médisant, c. Kloigner. 



l88 RONDEAULX ET VIRELATS 

En amours, sanz plus atargier ^, 

Qui me fait sans espoir périr, 
20 Dieu le veuUe a Amour merir, 

Car je ne m'en puis revengier. i 

Las ! je pers le boire et mengier. ; 

Pour Dieu, vcullez moy secourir, 

Ma dame, ou il me fault mourir. 
23 Faictes moy ma vie eslongier. 

Pour ma douleur assouagier etc. 



DCCXXl 



Autre Vîrelay. 
(Réponse aux plaintes d'un amoureux.) 

J'oY la voix du martir d'amours 
Qui ne pourroit plus endurer 
Sans mort ou sans désespérer. 
Doulx espoir, va, faiz li secours; 
5 Di li qu'il ^ ne se doit doubter, 

Maiz doit son cuer reconforter. 1^2 b 

J ay oy ses humbles clamours, 
Son plaît ^ son gémir, son plourer 
Qu*il a fait ; si doit espérer 
10 Que briefment verra ses bons jours; 

I. Di li qui. 

a. Tarder. — b. Son plaidoyer. 



RONDEAULX ET VIRELATS 189 

Car, après ses dures dolours 

Ly feray mille biens doubler 

Et pour dueii joye recouvrer ; 

A déduit sera ses recours. 

J'oy la voix du martir d'amours ^ ' i5 

L'en ne puet l'or mieulx esprouver 

Que cilz est, ne plus fins trouver, 

Car il a tant souffert d'ardours, 

De froit, de chaut, de dur penser, 

De faulz rappors, que nulz durer 20 

Ne pourroît en telles langours ; 

Maîz c'est la flour de toutes flours, 

Qui pour riens ne se veult muer; 

Si li octroy doulx pour amer 

Leesse et ris en lieu de plours. 25 

J'oy la voix du martir d'amours etc. 



DCCXXII 

Aatre Virelay. 
(Requête d'amour.) 

>LUS dure que ters ne fus ^, 
Prier ne vous ose plus, 
Dont je medueil. 



I. Joy la voix etc. 
a. Bois. 



190 RONDBAULX ET VlRELATS 

Quant en vous voy bel acueil 
5 Plain dereffus; 

Vo parler, vo riant oeil 

Me rendent plus que ne seuil ^ 

Mat et confus. 
Car cent mille maulz requeil ^ 
10 Sanz nul bien» dont j^ay tel dueil 

Que Pirramus 

N^ot si grant ne Thezeus, 
Ercules ou Narcisus 192 c 

Par son orgueil : 
1 5 Pour ce Equo nommer vous veil 

Comme esperdus. 

Comment m'a vostre doulz ueit 
Ainsi fait passer le sueil 

Des confondus ? 
20 Quant désir en regart queil *, 

Durté vient^ dont je me meil <^ 

Plus qu^Alpheuz 

De plorer, si qù^a Venus 
Suppli d^estre secourus 
25 Par son esveil. 

Car, se 2 n'est par son traveil 3, 

Je suis perdus. 
Plus dure que fers ne fus etc. 

I seul. — 2. ce. — 3. travail. 

a. Je recueille. — b. <Iueille. — c. Mouille de larmes. 



RONDEAULX ET VIREL&TS I9I 



DCCXXIII 

Virelay. 
(Louanges d'un écuyerpar une dame ) 

Vous me priez et requérez d'amours, 
Et me faictes vos piteuses clamours, 
Qui font vers vous mon cuer atendrter ^; 
A vous le doing ^ mon tresdoulx escuier^ 
A vous m otroy, sauvez toutes honnours ^. 5 

Et si doy bien bonne amour mercier, 

Qui a si bon ma voulu ^ adrecier, 

Qui les autres passe en toutes valours, 

Joeune, gentil, cointe, appert et legier, 

Preu et vaillant, hardy sans ressongnier ^, lo 

Humble et courtoiz, plain de toutes douçours. 

Des poursivans les armes c'est la âours «; 

Le combatant de tous les combatours, 

Celli qui scet sagement guerroier, 

Celli qui scet gens d'armes arroyer /, 1 5 

Le conquérant de tous les conquerours. 

Vous me priez et requérez d'amours *. 

ig2 d Largesse Ta si ^ voulu ensengner 

I. vouloir. — 3. Vous me priez etc. — 3. si manque. f 

a. Attendrir. ^^ b. Je le donne. — c. Sauf mon honneur. — 
d. Craindre. — e. C'est la fleur des poursuivants d'armes. — 
/• Mettre en bataille. 

r 



192 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Qu'en convoitant ne retient un denier, 
20 Ne lui remest ne joyaux, ne atours : 

Mointenant donne a aucun un destrier, 
A Tautre donne palefroy ou courcier ; 

Chascun le tient piez.^ pour ses bonnes mours, 
C'est cilz qui a vers Dieu tous ses recours, 
25 C'est de l'Eglise li chasteaux et la tours, 
C'est cilz qui veult conquerre sans pillier; 
Pour ce Paiment et suivent les meillours. 
Vous me priez et requérez d'amours ^ 

Or vous veul je, doulz amis, supplier 
3o Que ne veuUez mon nom entroublier, 
Car je say bien, se vous pensez aillours. 
Qu'il me fauldra temprement dévier *, 
Et a la mort toudiz estudier, 
Plaindre et gémir, taindre ^ et fenir mes jours. 

35 Or ne veuUez consentir telz dolours ; 

Car vous estes mes singuUiers labours, ' 
Maiz pour m'amour pensez de festoier. 
D'assez emprendre et de bien estoier. 
Et vous gardés de tous oyseux secours. 

40 Vous. me priez et requérez d'amours ^. 

1. Vous me priez etc 
a. Pieux. — b» Promptement mourir. — > c. Changer de couleur. 



RONDEAULX ET VIRELATS i93 



DCCXXIV 

Antre Virday. 
{Remerctment d'amour.) 

RICHE beauté ou j'ay tout mon recours, 
Qui Seneque passez de bonnes mours, 
Je vous doy bien hautement mercier, 
Qui recevez un si povre escuier, 
Et qui pouez trop mieulx choisir aillours. 5 

Comment se puet de tant humilier 
Vostre hault nom n'en si bas lieu lier? 
Vir ne le puis se ne fust vostre honnours ; 
Car je vail >» pou, ne de moy travaiilier 
En fait d*armes ne say pas le mestier ; lo 

ig3 a Vo pris est grant, petite ma valours; 

Maiz vous estes la flour de toutes flours 

Et la douçour de trestoutes douçours, 

Qui ne voudroit nul ame deprisier. 

Vostre grant bien en a fait un millier 1 5 

Hardiz et preux et vailians combatours. 

Riche beauté ou j'ay tout mon recours i. 

Las ! je ne puis vostre nom oublier, 

Car qui se veult a honour aller 

A vostre bien doit avoir ses recours. 20 

I. Riche beauté etc. 
a. Je vaux. 

T. ÏV i3 



194 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Ainsi pourra tous maulz contralier, 
Et tous vices en soy amolier 
Comme a celle qui estes li secours 

D^assouagier toutes dures dolours. 
25 Or sui pour vous en larmes et en i plours, 
• Hors de paiz, comme povre estrangier, 
Que refFus a de vous fait estrangier ^, 
Maiz je m^aten a vous et a Amours. 
Riche beauté ou j'ay tout mon recours 2. 

3o Or vous doy bien, dame, regracier, 

Quant je perçoy qu'en vous n'est le dangier 
Du refifuser qui m'a mis es destours 
De vo gent corps tristement eslongier 
Et en desers estranges voiaigier 

3 5 Ou je seray plus sauvages c'uns ours ; 

Car la sera ma demeure a tousjours, 
Acompaigné de dueil et.de tristours. 
La ne pourray fors que pour vous prier 
Et humblement a vous mercy crier ; 
40 Mais encor ay espoir d'estre ressours *. 

Riche beauté ou j'ay tout mdVi recours ^. 

I. cm. — 2. Riche beauté etc. 
a. Eloigner. — b. Relevé. 



RONDEAULX ET VIRELATS IqS 

DCCXXV 

Virelay. 
[Prière d'amour à une grande dame.) 



s- 



^ E ce n'est par vo defFaut 
Ou que je pense trop haut, 
ig3 b Ne me vueilliez refifuser, 

Car certes, sans plus ruser, 
Chiere dame, amer me faut. 



En vous veul mon temps user, 

Maîz le longuement muser 

Me liverroit trop d'assaut, 

Si ne pourroye durer ; 

Mesmement que Tesperer i o 

De vostre amour me defiaut. 

Helas ! bien say que ce vaut. 

J'en ay souvent froit et chaut, 

Sanz ce que reconforter 

Me veulle Amours ne donner 1 5 

Bon espoir, car nie l'en chaut. 

Se ce n'est par vo deffaut i. 

Maiz s'Amours veult tant ouvrer 

Qu'elle daigne a moy parler 

Ou qu'elle die en sursaut: 20 

Poursui et pense d'amer. 



i.Se ce n'est etc. 



196 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Tu aras douU pour amer, 
Plus ne doubteray l'assaut 

De Desespoir qui m*assaut; 
25 Lors seray vostre vassaut ; 

De cuer, de corps, de penser 
Vous serviray sanz fausser, 
Et seray joyeux et haut ^. 
Se ce n^est pas ve deffaut K 



DCCXXVI 

Antre Virelay. 
(Sur la mort d'une dame.) 

MORT félonne et despiteuse, 
Fausse, desloyal, crueuse, 
Qui règnes sanz loy. 
Je me plaing a Dieu de toy, 
5 Car tu es trop périlleuse. 

Merveille est que ne marvoy ^ 

Quant je voy ip3 c 

Morte la plus gracieuse, 
Et la meuldre ^ en bonne foy 
10 Qui, je croy, 

1 .Se ce n'est etc. 

a. Brave. — h. Que je ne perde le sens. — c. Meilleure. 



RONDEAULX ET VIRELATS I97 

Soit jamaiz, ne plus joyeuse ; 

Cest par toy, fausse crueuse; 
Ta venue est trop doubteuse, 

Tu n'as point d'arroy ; 
Espargner prince ne roy 1 3 

Ne veulx, tant es orguilleuse. 
Mort félonne et despiteuse ^ 

Pourquoy pren tu en tel ploy «, 

Dy le moy, 
Joeune gent et vertueuse, 20 

Et espargnez en recoy *, 

Par anoy ^, 
Viellesse la dolereuse ? 

Tu joues a la courseuse. 

Orrible, laide et hideuse, 25 

Fui t'en, jeté proy ^; 

Va faire ailleurs ton cnvoy ; 

Tacointance est hayneuse. 

Mort félonne et despiteuse ^. 



1. Mort félonne etc. — 3. Mort etc. 

a» Pli. — h. Cachette, secret. — c. Ennui, chagrin. — d. Je te 

prie. 



198 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCCXXVII 



Virelay. 
{Plaintes d'un amoureux,) 

BIEN doy faire tristement 
En dueil et doientement 
Mon temps user, 
Quant je me voy refFuser 
5 Présentement 

Par un mot trop simplement, 
Dire ou mander. 

Las ! qui le me fist penser ? 
Folour, qui désespérer 
10 Fait telement 

Mon cuer et en plour muer - ig3 d 

Que je ne me puis saouler 
D'estre dolent. 

Car ma dame nullement 
1 5 Ne daigne amoureusement 

A moy parler, 
Maiz me fait partout blasmer 

Si durement 
Qu'en moy n'a fors que tourment 
20 Dur et amer. 

Bien doy faire tristement 1. 

I. Bien doy etc. 



RONDEAULX ET VIRELAYS I99 

Or veil Pitié reclamer 
Qu^elle veuille demander 

Piteusement 
Merci et grâce rouver «, 25 

Tant que je puisse trouver 

Pardon briefment 

Vers ma dame ; et vrayement 
A son doulx commandement 

Veil amender 3o 

Le mefifait et moy garder 

Si fermement 
Que tousjours par son commant 

Vouldray ouvrer. 
Bien doy faire tristement K 35 



DCCXXVIII 



Antre Virelay. 
(Promesse de porter les couleurs d'une dame.) 

PLUS vert que nulle verdure 
Est mon cuer qui tant endure 
De dolour 
Chascun jour 
Pour vous, douce créature ; 

I. Bien doy etc. 
<*• Prier. 



200 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Mais parti ^ d'autre coulour, 

En honneur, 
De loyauté fine et pure : 
C*est de bleu, et la verdour, ig4 a 

10 Sansfolour, 

Y sera tant que je dure 

Pour servir sans mespresure ^ 
Vostre tresdouce figure 
Que j'aour; 
1 5 Car meillour 

Ne fourma oncques Nature. 
Plus vert que nulle verdure *. 

Vous estes la droite flour 

De valour, 
2o Et toute ma nourreture; 

Ruissiau de toute douçour, 

Ma langour, 
Si vous plaist, prenez en cure, 

Muez en vo pourtraiture 
25 La pierre et la durlé dure 

Qui en plour, 

Par tristour, 
Me met en desconfiture. 
Plus vert que nulle verdure 2. 

3o Et je veu a bonne amour, 

Sans demour, 
Qu'a tousjours ma vesteure 
Sera et tout mon àtour, 

Sanz faulx tour, 

I. Marne parti, — 2. Plus vert etc. 
a. Sans mépris. 



RONDEAULX ET VIRELÂTS 201 

Vert et bleu, je le vous jure. 35 

Et si querray aventure 
Et me garderay d'injure 

Faire pour 

La paour 
De vous que j'ain sans laidure. 40 

Plus vert que nulle verdure ^ 



DCCXXIX 

Attire Virelay. 
[Requête d'amour.) 

'^^ IVA^ ^*^y ^^ ^^^° guermenler « 

iVl Quant je n'ose regarder 

D*un seul regart 
Ma dame qui ne se part 

De mon penser, 5 

Dont trop me fait endurer, 

Se Dieu me gart ? 

• Car soir et main, tempre et tart *, 
Me fait par son tresdoulx art 

A li penser 10 

Vray désir qui me départ 

I. Plus vert etc. 

a. Lamenter. — b. Tôt et tard. 



202 RONDEAULX ET VIREUAYS 

Bon espoir, et d^autre part 

Paour doubter 
Me fait et honte celler, 

1 5 Que de m'amour reveller 

Soye couart. 
C'est ce qui me frit et art, 
Pour mieulx garder 
Son honour et moy navrer 
20 Plus de son dart. 

Me doy je bien guermenter ^ 

Mon cuer est en tel essart ^, 
Que tout se mine et essart * 

D'ymaginer ; 
25 Dont se savoir puet le quart 

Des maulx qu elle me départ ^, 

Pitez miner 
Fera tost et encliner 

Son 3 cuer et droit cheminer 
3o A son départ. 

Car par son tresdoulx espart ^ 

Puet terminer 
Mal en bien et dueil finer, 
Si n'ay regart ^. 
35 Me doy je bien guermenter etc. 

I. Me doy je bien etc. — 2. part. — 3. Con. 

a. Friche. — b. Brûle. — c. Eclair. — d. Je n'ai pas^e crainte. 



RONDEAULX ET VJRELAYS 203 



DCCXXX 

ig4c Virelay. 

(Demande et promesse d'amour,) 

N*AREz vous de moy pité, 
Humble fleur d'umilité 
Et de douçour? 
Lairez vous en tel langour 

Vostre amité ? b 

Quant je perçoy vostre atour, 
Voslre senz, vostre valour, 

Vostre équité, 
Et qu'en monde n'a meillour 
Ne plus précieuse flour, lo 

En vérité, 

J'ay si grant aôinité 
A vo douce humanité 

Et telle amour 
Dont je faiz ceste clamour 1 5 

En mon dite : 
N'arcz vous de moy pité ^ ? 

- Se tu veulx avoir honour, 
Ne pleure pas ton labour ; 

Fidélité 20 

Soit en ton fait nuit et jour, 

I. Narez vous etc. 



204 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Doulx cucr, humble et sans yrour «. 
Lors respité 

Sera ton autorité 
2 5 Et auras prospérité; 

Car, sanz demour, 
Scray tienne et sanz errour ; 

Promis le fé K 
N'arez vous de moy pité etc. 



DCCXXXI 

Autre Virelay. 
( Demande d'amour.) 

JE sui pour vous en petit ploy <^, 
En dur point, en povre conrroy ^ : 

Helas! Pité, ig^ d 

As tu tousjours si dure esté? 
5 Nenhil, ce croy. 

N'aras tu pas mercy de moy 

En charité? 
Dont puet venir ceste durté? 
Elle vient par iniquité, 
I o Bien le perçoy. 

Et que deviandra Equité, 

a. Colère. — b. Je te Tai. — c. Etat. — d. Situation 



RONDEAULX ET VIRELAYS 2o5 

La dame de toute bonté ? 

Ou sera Foy ? 
Il m'est advis que je marvoy 
Et que de lamoureuse loy 1 5 

Voy Fauceté 
Souvent destruire Loyauté. 

Telle est, ce croy, 
Amours a chascun, cum ^ je voy. 

Ce m'a gasté. 20 

Je sui pour vous en petit ploy '. 

M'amour, ma joye, ma santé, 
Ou j'ay mis cuer et volcnié, 

Rouver ^ vous doy. 
Et pour ce, en grant humilité, 25 

Le don de vostre affinité, 

Dame, vous proy. 
En tant que j*en aray l'octroy, 
Vous me ferez tout mon arroy « 

Estre maté ^. 3o 

Rendu seray reconforté. 

Tout esbanoy * 
Vendra dire : Resjoy toy 

Sanz obscurté. 
Je sui pour vous en petit ploy =. 35 

I. Je sai pour vous etc. — s. Je sui etc. 

a. Commet' b. Prier.— c. Arrangement.— d. Défait.— e. Plaisir. 



I 



206 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCCXXXII 



Virelay. 
(Prière d'amoureux.) 

S'oNCQUBS prière de ravy igS a 

En amours «, sanz avoir parti, 
Post estre oye, 
Humblement, dame, vous suppli ^ 
5 Que recevez le cuer de my. 

Car loyaument vous puis Jurer 
Que nullement ne puis durer, 

Se de vous n'ay 
Alegement pour conforter 
I o De vostre graciex parler 

Les maulx que tray. 

Et certes je seray honny 
Et de toute joye banny, 
Ne doublez mie. 
1 5 Se vous n'estes de ma partie, 

En moy donnant le nom d*amy. 
S'oncques prière de ravy 2. 

I. supplie. ~ 2. Soncques etc 
a. Ravi d'amour. 



RONOEAULX ET VIRELAYS lOJ 



DCCXXXIII 



Autre Virelay. 
(Remerciement d'amour,} 

CENT mille foys vous doy remercier, 
Chère dame, de vostre doulx octroy, 
Car vous m avez fait plus riche d'un roy 
Et plus d^onneur que ne puis souhaidier. 

Car maint seigneur garny de noble arroy, 5 

Riche et vaillant, vers vous poursuir voy 
Pour vostre bien et vostre honour traictier, 
Qui mieulx valent en tous estas de moy; 
Maiz je vous ain tellement, par ma foy, 

Que nullement ne vous puis oublier. lo 

Et quant vous plaist de tant humilier 
Que la douçour de vo parler reçoy, 
Vous me tenez en si amoureux ploy 
Qu^autre aprez vous jamaiz avoir ne quier. 
Cent mille foys vous doy remercier i. i5 

Or ne veuUez, dame que j'aim et croy, 
igS b Moy oublier, ne pour riche conrroy 

Autre prendre pour mon fait delaissier, 

Car en ce cas aroye trop d'anoy ; 

Je languiroye, et bien savez pourquoy ; 20 

I. Cent mille foys etc. 



208 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Vers vous aray tousjours le cuer entier: 
Faictes autels dame, je vous requier, 
Soyez loyal en Tamoureuse loy. 
Mon corps vous doing et le cuer vous envoy 
25 Je ne vous say autre chose bailler, 

Cent mille foys vous doy remercier etc. 



DCCXXXIV 

Virelay. 

(^Remerciement aux dames de V abbaye 
de Saint Jean des Bois,) 

MES DAMES, je vous mercie 
Et gracie 
Trestoutes, cent mille foys, 
Et Dieu gart saint Jehan ou boiz 
5 Ou il a tel compaignie, 

Conques en paiz françoiz 

Plus courtoiz 
Maintieng ne chiere plus lie 
Ne vy ne verray des moiz ; 
10 Or m'en voiz 

Dolens a chiere esbahie; 

Las ! cum ^ dure départie! 

Sanz partie ^ 
Me faut partir mus et coys ^ ; 
1 5 Prins m'a vostre douce voix 

a. Hélas! comme. — b. Partage. — c. Muet et tranquille. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 209 

Dont il convient que je dye : 
Mes dames, je vous mercie ^ 

Je demour en vos destroys « 

Trop destroîz ^ ; 
Pour Dieu ne m'oubliez mie ; 20 

Mon cuer se rent a son cboys^ 

Et fust roys ^, 
Convers de vostre abbaye ; 

ig^ c Recevez loy ^, je vous prie 

Et supplie : 25 

Porter veul voiles et ploys «. 
Or regardez se c'est droys, 
Et dittes : Je le t'otroys *. 
Mes dames, je vous mercie ^ 



DCCXXXV 

Virelay *. 
(Campagne du sire de Coucy en Allemagne.) 

[13751 

LES Bretons ont fait campaigne ^ 
Pour aler en Alemengne 
O le seigneur de Coucy. 

* Publié par Tarbé, tome /, page 25, 
I. Mes dames etc. — a. totry. — 3. compaignie. 
a. En votre pouvoir. — b. Malheureux. — c. .Quand il serait. — - 
rf. L'y. — e. Guimpes froncées. 

T IV 14 



210 RONDEAULX ET VIRELATS 

Maiz puis se sont averty ** 
5 Qu^il fait plus doulx en Chempatgne. 

Les trives nous ont honny, 
Car chascun s'est departy 
Pour le traittié de Bretaigne. 
Loire s^en est bien senty, 
1 Et Aucerroys autrecy * ; 

N^est pais qui ne s^en plaigne; 

Il n est mauvaiz qui remaigne, 
Qui ne pille et qui ne prengne; 
Le bien commun est ravy; 
ib Défendre ses biens ne ly <^ 

N'ose nulz: Dieux en conviengne ^ 1 
Les Bretons ont fait campaigne ^ 

Sages sont nostre ennemy, 
Qu'eulz estans en dur party 
20 Ont trieves, quoy qu'il aviengne, 

Et vivent en nom d'amy, 
Dont pluseurs seront pery, 
A descouvrir leur ensengne. 

Helas! tout li cuers me seingne; 
25 Je ne say qui leur ensaingne 

A eulz gouverner ainsi; 
Se Dieu n'a de nous mercy, 
Nous devendrons ceulx d'Espaigne. zg^ d 
Les Bretons ont fait campaigne ^ 

3o Oncques tel chose ne vy; 

Car il ont, a Saint Thierry, 

I . Les bretons etc. 

a. Avisés. — b. Pareillement. — c. Ni lui. — d. Ordonne. 



RONDEAULX ET VIRELÂYS 2 I 1 

Faîcte la foire brehaingne «, 

Qui est de Saint Bertremy ^. 

Maint marchant ont amary ^ 

Et robe sa propre gaigne ^, 35 

Mercerie, draps de layne, 

Chevaulx, c'est chose certaine; 

Fiertre, bras « et crucefy 

De Teglise ont sans deffy 

Appliqué a leur demayne. 40 

Les Bretons ont fait campaigne ^ 



DCCXXXVI 

Autre Virelay. 
(// faut prendre ses précautions.] 

IL fait bon avoir son retret f 
A pluseurs, et propre recet <? 
Pour retourner 
Quant mestiers est, et séjourner ; 
Sages est qui ainsi le fait. 

Car du sien puet chascun user, 



I. Les bretons etc. 



«. Stérile, désolée, — b Barthélemi. — c. Blessé, —^i. Son gain 
qui lui appartenait. — e. Bras (de saints). — /. Retraite. — g Re- 
fuge. 



2 1 2 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Maiz l'en voit service muer 
De grant seigneur quant il lui plaist, 
L'en s'i deveroit bien mirer 
10 Et a sa chevance tirer 

Etdeloing pourveoir son fait. 

Car se sires muert, c*est un plait 
De voloir requérir son det ^ ; 
Nés ^ d'en parler 
i5 Voit on bien les hoirs grumeller « ; 

Se ne puet on estre en bon het ^. 
Il fait bon avoir son retret ^ 

Qui lors a pour soy recepter ^ 
Terre ou rente, il y puet aler; 
20 Et qui n'a vaillant un navet, ig6 a 

Triste, dolent se doit clamer, 
Et son temps perdu lagmenter, 
Maiz toudiz doit avoir cuer net. 

Sages est lors qui se retret 
25 Et qui aprent engin ou tret 

Pour recouvrer 
Sa vie et estât par ouvrer, 
Car riens ne li vault son regret. 
Il fait bon avoir son retret ^ 

I. 11 fait bon etc. 

a. Dette. — b. Rien que. — c. Grommeler. — d. En bonne dis- 
position. — e. Retirer. 



RONDEÂULX ET VIRCLATS 2l3 



DCCXXXVIl 

Virelay. 
(Réponse d'une dame à des ntédisans.) 

NE vous chaille de ma vie 
Et n'ayez sur moy envie, 
Mesdisans plains de folour; 
Car qui veult bien et honour 
Dieu le pourvoit, quoy c^um die. 5 

Mon bien ne vous grève mie, 

Ne mon sens, ne ma folie 

N'amenrist vostre valour. 

De vous n'est riens que j'estrie : 

Laissiez moy, je vous en prie, lo 

User mon temps en baudour <». 

Car c'est trop grant villenie 

De parler contre partie, 

Lui absent, en deshonour; 

Maiz ja n'en seray piour 1 5 

Pour jangle ne bourderie ^. 

Ne vous chaille de ma vie ^ 

Mette chascun s'estudie 

En honour, en courtoisie 

Et a servir bonne amour, 20 

I. Ne vou< etc. 

a. Joie.— b. Pour médisance ni mensonge. 



214 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Et se gart qu*il ne mesdie 

D'autruy par merencolie, 

Car tel cuide estre millour ig6 b 

Maintes foys qui ne l'est mie, 
25 Maiz en son cuider folie 

Tellement que de son tour 
Chiet en poyne et en tristour 
Et s'en est Tame perie. 
Ne vous chaille de ma vie etc. 



DCCXXXVIII 

Autre Virelay . 
(Reproches d'une dame.) 

TouDiz vous ay loiale esté 
Envers tous «, sanz iniquité, 
Car je cuiday 
Vostre cuer en amours plus vray 
Mille foiz que ne l'ay trouvé. 

Trop legierement m'assenay ; 
Si est bien raison se j'en ay 
Au cuer travail, poine et durté; 
Conques autre de vous n'amay, 



a. Contre tous. 



RONDEAULI ET VIRBLATS 2l5 

Et vous me tenez en esmay : lo 

Doulx amis, est ce loyauté? 

Et que vault telle affinité 
Couverte de desloyauté ? 

Je ne le say ; 
Fors tant que je m'aviseray 1 5 

De vivre en plus grant seurté. 
Toudiz vous ay loiale esté ^ 

Richesse vous tient en delay 

Qui destruit maint clerc et maint lay, 

Par li sont souvent rebouté : 20 

Bien le voy ; si en parleray, 

Car tel départ desservi n'ay ; 

Maiz vous estes reconforté, 

Car double ^ vous estes porté. 
! Barat * le vous a ennorté, 25 

ig6 c Pour ce jurray 

i Que jamaiz homme ne croiray, 

! Que trop y a de fausseté. 

1 Toudiz vous ay loiale esté ^. 

[ 

l I. Toudiz etc. 

[ a. Faux amant. •— b. Tromperie, trahison. 



2i6 RONOEAULX ET VIRELAYS 



DCCXXXIX 

Autre Vijrelay. 
{Promesse d'un prochain retour de voyage. 

POUR ma longue demourée 
Ne pour mon département 
Ne devez faire tourment, 
Ma douce dame honorée ; 

5 Car je say certainement 

Que vous m^amez loyaulment 
Plus que créature née 
Et que vous doubtez forment 
Mon tardif retournement <*, 

lo Et que Je n^aye pensée 

De continuer m'alée 
Et poursuir * longuement; 
S'en devriez joyeusement 
Moy dire qu'il vous agrée. 

1 5 Pour ma longue demourée etc. 

Et si savez vrayement 
Que d'Itale aucunement 
Ne fiz onques desevrée ^, 
Et je dois présentement 
20 Veoir le contenement 

a. Retour. — b. Poursuivre. -- c. Départ. 



RONDEAULX ET VIRBLAYS 217 

De la tresdouce contrée 

De France la renommée, 

Dont mieulx vauldray grandement 

D'onnour et d'esbatement ; 

Si devez estre apaisiée. 2^ 

Pour ma longue demourée etc. 



DCCXL 



Virelay. 
{Regrets de Vabsence d'une dame.) 



196 d "D lEN doy faire triste chiere 

LJ Quant ma douce dame chiere 

Qui porte la flour 
De loyauté et d'onnour 
Las ! est de moy si arrière. 5 

Seconde n'a ne première 

En bien, en sens, en manière. 

N'en gentil corps fait a tour; 

C'est Testoille et la lumière 

Qui tous vices chasse arrière, 10 

C'est la dieusse d'amours. 

C'est ma dame singulière, 
C'est l'estoc et la bannière 

De toute douçour, 
C'est ma dame de valour, f 5 



21 8 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Vraye, loial et entière. 
Bien doy faire triste chiere ^ 

Pour lui sui près de ma bière, 
Maiz cause en est et matière 
20 Non veoir et long demour 

Qui m^ont mis sur la litière. 
Or convient que je requière 
Mercy, car ppur deshonour 

Me fait demourer derrière ; 
25 Dont mal n'est qu'a moy n'affiere 2 

En ceste langour, 
Se vous n'ostez ma dolour 
Et ce mal a ma prière. 
Bien doy faire triste chiere etc. 



DCCXLI 



Autre Virelay. 
( Il faut prendre son parti.) 

OR sus, or sus, il faut chanter; 
Riens ne vault le desconforter 
Ne faire dueil. 
Pour ce leesse prendre veil ^97 ^ 

I. Bien doy etc. — 2. a moy alfiere. • 



RONDBAULX ET VIRBrjlTS 319 

Et desor « moy reconforter ; 5 

Car par grand desconfort me deiJ, 

Quant maintenir voy en orgueil 

Tout le monde, Envie régner, 

Et que chetif sont en escueii * 

Et nulz n^a aux vaiilans cuers Tueil, lo 

Dont je voy trestout mal aler. 

Maiz se m'en devoye tuer, 
Ne se puet la chose muer 

Dont je requeîl 
En moy plus tourment que ne seil ; i5 

Si diray pour mon mal oster : 
Or sus, or sus, il faut chanter ^. 

Liement vérité ne desveil ^ : 

Bien faire sanz passer le seil ^ 

De courroux, loyaument amer 20 

Doit chascun, faire doulz ftcueil 

Sanz dire a nullui : je me deil, 

Et tout paciemment porter. 

Bien faire et dire et bien penser, 

Sanz lui pour riens qui soit tourbler *. 25 

I. Ôr sus or sus etc. — 'i, La fin manque. 

a. Désormais. — b. Les mauvais ont la faveur. — c. Je ne con- 
tredis pas. — rf. Seuil. 



2*0 RONOEAULX ET VIRELAYS 



DCCXLII 



Cy oommenoe un monlt notable Virelay. 
{Conseils philosophiques.) 

QUI puct en ce monde avoir 
^Joye, santé et savoir, 
Tant "comme il vit, 
Fol est s'il ne luy suffit, 
3 A dire voir. 

Car richesse ou en languit 7^7 b 

Destruit corps et esperit 

Et fait doloir 
L'omme qui d*ardure frit 
I o D'aq uerre crueux proffit 

Pour mauvaiz hoir. 

Chascun puet apercevoir 
Qu*a la fin tout son avoir 
Pour un respit 
1 5 De mort donrroit, qui occit 

Du main au soir. 
Qui puet en ce monde avoir K 

Et c'est Paage trop petit 
Qui en dormant desconfit 
20 Etfaitpaour; 

Viellesse qui n'a délit, 

I. Qui puet etc. 



RONDEAULX ET VIRELATS 221 

Gisant en son mortel lit 
De desespoir; 

La lui vient faire assavoir 

Joeunesse son estouvoir ^ ; 25 

La se defrit, 
La pleure, plaint et gémit 

Sanz remanoir *. 
Qui puet en ce monde avoir ^ 

Si me samble que fenit 3o 

Bien son temps, qui s*esjoit 

Sans esmouvoir, 
Et qui en paix se chevit, 
Sert Dieu, craint et obéit 

De son pouoir. 35 



Pour ce en veul faire devoir 
Et le veul ramentevoir, 

Ce m'abellit <^ 
Au cuer qui de joie en rit, 

Pour mieulx valoir. 
^97 c Qui puet en ce monde avoir etc. 



40 



I. Qui puet etc. 

a. Sa manière d'être. — b. Sans cesser. — c. Cela me fait du 
bien. 



222 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCCXLIII 



Virelay. 

{Plaintes d*amoureux.) 
[En acrostiche : MARIE LA TERRIRE, I^IUSTACE MOREL] 



MON cuer, m'amour et mon désir, 
A qui je suis homs ligement, 
Riens ne puet estre a mon plesir : 
Je langui amoureusement. 
5 Eias I dont me puet ce venir ? 

Le bien de vous certainement 
A mis mon cuer en ce tourment, 
Tant vous ayme, ser et deslr ; 
En vous a doulx contenement. 
10 Riens ne me plaist fors vo corps gent, 

Riens ne puet mon cuer resjoir. 

Je ne puis sanz vo gré Joir, 
Ravy suis doiereusement, 
En Tardeur qui me fait languir. 
1 5 Est bien vostre cuer d'aymant ? ; 

Vous me faictes estre martir. 
Mon cuer, m*amour et mon désir ^ 

Seray je continuelment 
Toudiz navrez si faictement? 

I . Mon cuer etc. 



RONDEAULX ET VIRELATS 223 

Ara tant mes cuers a souffrir ? 20 

Ce seroit péchiez vrayement ; 
Estre ne doit si longuement 
Mon guerredon sans remerir. 

Or vous suppli qu'au revenir 

Rendez joye et esbatement 25 

En moy, ou il me faut fenir. 

Las! las! oez piteusement 

Ma clamour, ou je vois morir. 

Mon cuer, m'amour et mon désir etc. 



DCCXLIV 



Autre Virelay. 
( Une dame à un absent^ le /•' mai. ) 



p< 



louR coustume entretenir, 
Combien que raison n'y ay, 
igy d Voiz au boiz, ce jour de may. 
Et si ne le doy queillir, 

Quant j^ay le doulz souvenir 5 

Du meilleur et du plus vray, 

Le plus gent en maintenir, 

Le plus doulz et le plus gay 

Qui puist vivre ne morir, 

Qui loing est, et si ne say 10 

Quant je le pourray veir ; 



324 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Et nonpourquant je faindray: 
Pour coustume entretenir ^ 

Je n'ay joye ne plaisir, 
i5 Bien croy que je languiray. 

Lasse ! ce me fait désir ; 

Jamaiz lie ne seray 

Tant que lui que je désir 

A bien retourner verray ; 
20 Car il a plus a soufrir 

Cent mille foys que je n'ay. 

Pour coustume entretenir i. 

Gomment me poy je assentir 
Au départ? Pourquoy donnay 

25 Le congié du départir? 

Trop folement en ouvray, 
Si m*en fault plaindre et gémir 
Et avoir dueil et esmay, 
Craindre, plorer et frémir ; 

3o Maiz je dissimuleray* 

Pour coustume entretenir etc. 



I. Poar coustume etc. 



RONDEÂULX ET VJRELATS 225 



DCCXLV 



Virelay. 
[Il faut être ferme.) 

LAISSIEZ ce mal temps aler 
Et pensez de resjoir, 
Car bien ^ doit courroux fuir 
Qui veult longuement durer. 

Pour riens qui puist advenir 5 

ig8 a Homs ne se doit desperer ^, 
Maiz se doit ferme tenir 
Et doit le mieulx espérer, 
Car, a tout considérer, 
L*aage est brief, au mieulx venir ^, lo 

Que l'en puet anientir 
Par tristesse démener. 
Laissiez ce mal temps aler ^. 

L^en ne puet tout acquérir, 

Ne vivre sans dur parler, 1 5 

Pour ce ne faut que souffrir, 

Bien faire, humblement régner, 

Soy nettement gouverner, 

Estre liez et Dieu servir : 

Ainsi puet on assevir 20 

Ce monde et soy faire amer. 

Laissiez ce mal temps aler 3. 

1. ben. — s t désespérer. — 3. Laissiez etc. 
a. En mettant les choses au mieux. 

T. IV i!) 



226 RONDEAULX ET VrRELAYS 



DCCXLVI 

Virelaf. 
(Louanges d'ym dmneparwi étranger.) 

JE vous ay long temps amée 
Pour vo bonne renommée, 
Tant que cuer et corps 
Et m^amour avez des lors, 
5 Ma chère dame honorée. 

Estrangiers, venus de hors 
Suy pour veoir vos depors 
El vo face coulourée, 
Pure comme li fins ors, 
10 De douceur lî vraiz trésors, 

D'umilité esprouvée^ 

Fleur sur toute autre loée, 
De beauté enluminée, 

D'onnour li droiz pors, 
1 5 Et de bonté li rappors 

Qui m'a la coulour muée. 
Je vous ay long temps amée ^. 

Las ! ce m'est grans desconfors igS ' 

Dont je sui a demi mors 
20 Que ne savez ma pensée 5 

Or est mes langaiges fors, 

i. Jevou»ay etc 



RONDEÂULX ET VIRELATS 227 

Le vostre m*est vray contdrs 
Et plus doulz que miel en rée ^. 

Ja n'aray mal la journée 

Que vous aray regardée, 25 

Maiz aray joieux ennors. 

Car m*amour et mes ressors 

Soot en vous, trêfbeUe née. 

Je vous ay long temps amée ^ 



DGCXLVII 

Virelay. 
(Déclaration d'amour.) 

TROP me tient Amour en mue 
Qui me mue 
Cent foiz le )out la couiour, 
Pour Tardour 

Et l'amour 5 

De celle qui me partue ''• 

Las ! mar vy Peure et le jour 

Que séjour 
Print en sa douce venue 
Mon triste cuer plain de plour, lo 

!• Jcvousayctc. 

^- Rayon. — b. Achève de me tuer. 



228 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Par folour, 
Qui sanz partie se tue. 

Car elle est partout tenue, 

Ciel et nue 
1 5 De hautesse et de coulour, 

Et d'onnour 

Est la flour 
En ce monde revestue. 
Trop me tient amour en mue ^ 

20 Las ! petite est ma valour ; 

Ne voy tour 
Que ma mort soit secourue, 
Ne ne puis faire retour ig8 c 

De la tour 
25 De sa beauté qui m'argue « ; 

Désir m'assaul, penser rue. 

Dieux, ayeuel ^ 
Mettez fin en ma dolour 

Sanz demour; 
3o Pour Fardour 

Que j'ay ma vie est perdue. 
Trop me tient amour en mue. 

I. Trop me tient etc. 

a. Me réduit à l'extrémité. — b* Aide. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 229 



DCCXLVIII 



Virelay. 
{Remerciement d'amour,) 

BIEN doy faire lie chiere 
Quant ma douce dame chiere 
A pité de my 
Tant qu'elle m'appelle amy 
De cuer, par bonne manière. 5 

Cent mille foiz l'en gracy 

Et mercy, 
Car j'ay de faire matière 
Tous biens pour l'amour de ly, 

Cuerjoly, lo 

Quant porter ly voy bannière 

D'onneur, et que la première 
Festoie gent estrangiere 

Et honoure si 
Qu'il n'est dame, Dieu mercy, i5 

Qui tant de los en acquière. 
Bien doy faire lie chiere i. 

Gent corps et noble et poly, 

Voix aussy, 
Chant n'est qui a li s'affiere, 20 

Oncques tel douçour n'oy. 



• Bien doy etc. 



a3o BOMDBAOLX ET VABBIAT8 

Resjoy 
M'a de beauté U lumière. 

Cest ma dame singulière, 
25 Especial, derrenîere, ig8 d 

Que sur toutes ctj. 
Cest celle a qui je m'ottry ; 
Bouter ne me veilk arriçrc. 
Bien doy faire lie chiere ^ 



DCCXLIX 



Autre Virelay. 
[Etrennes à une dame.) 

ET de quoy vous puis je estrener, 
Ne quel don vous puis je donner 
Hui a ce jour, 
Dame, fors cuer, corps et amour 
5 Que je vous doing suas retourner ? 

En vous veul mettre mon labour : 
Ma déesse estes que j*aour 

Et vcil amer. 
Or ostez mon cuer de trislour 
10 Et me recevez, douce flour, 

Sanz reffuser, 

I. Bien doy etc. 



. ROMOIAULX ETYMBLAIS Hi 

Ou mon temps me faudra user 
En tristesse et désespérer 
Sans nul retour 
Et estre mis au lit de piour, 1 5 

Sanz jamaiz en pouoir lever. « 

Et de quoy vous pois je estrener ^ ? 

Humilité, joye et douceur^ 
Pitié, courtoisie et honour, 

A ce mener 20 

Veilliez donc ^y jna dame, et valour 
Qu^elle reçoive ma clamour. 

Las ! terminer 

Fera mon mal et remuer, 

Et si me fera relever 25 

De ma langour, 
Et vivre en joye et en baudour 
Pour li mieulx tous temps honorer. 
Et de quoy vous puis je estrener? 

I. Et de qaoy etc. » 2. donc manque. 



232 R0NDBAI3LX ET VIRELATS 



DCCL 



Virelay. igg a 

{Réponse de la dame.) 

ET comment me pnis je excuser 
Nullement de cellul amer 
Qui, sans séjour, 
M apelle sa dame et sa flour, 
5 Et qui pour moy ne puet durer ? 

J'aroye en moy trop grant riguour, 
Qu^nt il m'a cuer, corps et vigour 

Fait présenter 
Et qu'il ne pense par nul tour 
10 Fors a moy et a mon atour, 

Sanz séjourner, 

Se je ne faisoye parler * 
Octroy pour ly reconforter 
De sa dolour. 
i5 Pour ce a li me doing sans folour 

Et le veil mon ami clamer. 
Et comment me puis je excuser ^ ? 

On ne pourroît trouver melllour 
Ne plus loial, car c'est la tour 
20 De bien celler. 

Tout bien fait en lui son demour ; 

I . Et comment me puis je etc. 



RONOBAULX fiT YtaStATS 233 

Tous maulz het, toute deshonour, 
Et sans cesser 

Veult en toute honour labourer, 

Armes suir, dancer, chanter, 25 

Dont tel tenrrour « 
Me fait que de grief et d'errour 
Le veîl a mon pouoir getter. 
Et comment me puis je excuser etc. ? 



DGCLI 



Autre Virelay. 
(Une novice, sortie du couvent, parle,) 

PAR ma foy^dist Rohinette, 
Je fu mise trop joeunette 
Nonnain en religion, 
Et pour ce prophession 
Ne sera ja par moy faite. 5 

Du cloistre me suis retraitte, 

Ou Ten doit rendre contrette ^ 

Ou corps de rude façon, 

Femme bor^e ou contrefette, 

Non pas fille joliete, lo 

Qui scet baler <^ du talon. 



a. Tendresse. — ^. Où l'on doit consacrer une paralytique. — 
c. Danser. 



334 tONDSAULX ET VIRELATS 

Quant je daace a la masette 
Du biau Robin qui chevrette ^ 
Pour moy d'un si joly son, 
i3 * Quanqu*il fait me semble bon. 

Si veil estre s'amiette. 
Par ma foy, dist Robinette i. 

Je vi Tautre jour Marette, 
Yscut, Margot et Hennette, 
20 Qui mengoient du maton ^ 

Dessus l'erbe nouvellette, 
Et s'i estoit Guillemette, 
L'amie du grant Hemon, 
Chantans une chançonnette : 

25 Dieux 1 j'oy la coquelinette, 

Dieux, j'oy la coquduron <^l 
La se print maint bergeron ^, 
Dansant, par fine amourette. 
Par ma foy, dit Robinette ^ 

3o Chaseun portoit sa boulette 

Et du pain en sa lourelte ' ; 

Maiz trop fist le cctmpaigQOOy 

A tout sa menue cornette* 

Brehîers/et pour Marsonnette, 
35 Qui li menoit son guaignon ^. 

Adonc, dit Robin la guette*, igg c 

Li leux noz brebiz aguette : 
Ne veez vous pas le lairon l 

I. Parmn foy, etc. 

a. Joue de la musette. ^ b. Lait caillé. — c. Refrain de chanson 
populaire. -« -A, Petit berger. -*<- e. Pannesieve. -^ /. Cestun 
nom propre. — g. Chien. — h. La sentinelle. . 



RONDBAUtX ET VIltELAYS 235 

Se je ne ray ^ mon batton, 

La feste sera deffette* 40 

Par ma foy, disi Roblnette etc. 



DCCLII 



Tîrelay *. 
{Sur une novice cTAvenay,) 

OEZ de U nonnette 
Comme a le cuer joly : 
S'ordre ne ly puet plere. 

Mes pères et ma mère 

N^ont plus d'enffans que mi. 5 

M'envoient a Tescoile : 

Jen'y ay riens apriz 

Fors un mot d'amourette 

Qui m'a fait si gaiette, 

Que j^auray bel amy, i o 

Autre rien ne me hette *. 

Oez de la nonnette ^ 

Je sui mal <^ de mon frère, 

* Publié par Tarbé, tome II, page 8. 

I. Oez etc. 

m .Si fe ne repreods. •*« 6. J« ne souhaite pas tfutre chose. — 
c. Je suis mal avec mon frère» 



236 RONDBAULX ET VIRCLAYS 

Pour ce que j'en yssy ; 
1 5 Maiz par l'ame mon père, 

Je veii avoir mary 

Si comme a Sebilette. 

Ne vous chaille d'abeesse, 

De prieuse autressy «, 
20 Cure n^ay de maitresse. 

Oez de la nonnette etc. 

Adieu le montage : 

Jamaiz n*y encerray ; 

Adieu tout le mainage, 
25 Et adieu Avenay ! 

fiien voy Taumosne est faitte : 

Trop tart me suy retraîtte, 

Certes, ce poise my. igg d 

Plus ne seray * nonnette. 
3o Oez de la nonnette etc. 



I. serez. 

a. Prieure aussi. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 237 



DCCLIII 



Antre Virelay. 
{Déclaration à une dame.) 

DAME, vostre grant bîauté, 
Vo douçour, vostre bonté 
M'ont si ravy, 
Que s'Otroy n'a de moy mercy, 

Je sui gasté. 5 

De trop fort heure vous vy « ; 

Je languy, 
Se de moy n'avez pité. 
Car vostre gent corps joly 

M'aaly lO 

Attrait^ cuer et volenté. 

Doulz regart m'a conforté, 
Et si m'a espoir porté 

Jusques a cy 
Que Dangier m'a assailly i5 

Et rebouté. 
Dame, vostre grant biauté ^ 

Bel Acueil, venez a my ; 

Vostre amy 
Se gist moult desconforté. 20 

Par refifus suy mal bailly, 

I. Dame etc. 

a. Je vous vis à une heure (astrologique) trop redoutable. 



*38 RONOBAXJLX BT VIRELATS 

Car failly 
Me sont joye et équité. 

Je n'ay nulle affinité 
25 Que la mort, s'umilité 

Que je depry 
Ne me rent par son octry 

Ressuscité « 
Dame, vostre grant biauté ^ 

3o En moy guermentant « ainsy, 

Pentroy * 200 a 

Sommillans « en ma grîeté ^, 
Une voix qui d^umble cry 
Et sery ^ 
35 Disoit : Je sui Loîauté 

Qui te veul rendre safitéî 
Vy toudiz en seurté, 
Net'e^bahy. 
Adonc fu tantost gary 
40 Et terminé. 

Dame, vostre grant biauté «. 

Je prendray fin patience 

Ma grevance, 
Et souflfcrray humblement 
45 La dolour et le tourment 

Que j'ay eu des mon enfance- 
Et se Fortune me lance 

De sa lance 
Despit oatrageuseanent 



I. Dame etc. 

a, Lamentanl. — b. J'entends. — c. Sommeillant. — d. Peine. 
— e. Doux. 



RONDEÀULX ET VIRELAYS dSç 

Pour empirer ma constance, 5û 

Tel pesance 
Porteray ^ pacianment 
Et vivray en espérance 

Que souffrance 
Me domra aligement. 55 

Car tous)ours.boncateme&c 
Veil tenir ma convenance *. 



DCCLIV 



Autre Virfilay *. 
{Adieu à une dame,] 



Annsu m^amour, ma ^oye, m'esperance. 
Mon bien mondain, mon désir, ma plaisance, 
Adieu celle qui m'a ressucité, 
Adieu ma dame, adieu cuer de pité, 
Ayez de moy, sUl vous plaist, souvenance, 5 

Car je m'en voiz contre ma voulenté, 
200 b De revenir briefment entalenté, 

Plains de doleur et de désespérance, 
Hors du pays languie en obscurté, 

Publié par Crapelet, page 88. 
a. Je supporterai. -^ b. Car je veux toujours tenir honnêtement 



240 RONDBAULX ET TIRELAYS 

10 Pensans a vous, triste et desconforté, 

Doubtans tousjours que vous n'ayez grevance. 

Maiz vous m'avez tant norry des m^enfance, 
Et si me par ^ a vo bonne ordonnance 
Pour querre lionneur et acquérir bonté. 
i5 C'est ce qui m'a forment reconforté, 
S'en porteray plus aise ma grevance. 
Adieu m*amour, ma joyt, m^esperance i. 

Or veille Dieux qu'il vous soit raporté 
Touz biens de moy, et que ja lascheté 
20 En mon las cuer ne face demourance ; 
De bien faire m^avez amonnesté, 
Sy doy avoir prudence et honnesté, 
Et acquérir renommée et vaillance. 

Et par ma foy cuer et corps et puissance 
25 Y metteray * et tel perceverance 

Que Pen dira qu^amour m> profBté, 
Ou je mourray tant que vôstre amité ^ 
A son retour ara grant congnoissance. 
Adieu m^amour, ma joye, m^esperance etc. 

I, Adieu mamour etc. — 2. Y mettray. — 3. amittié. 
a. Et je m'en vais d'après. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 24 1 



DCCLV ^ 



Autre Virelay. 
(Bonnes résolutions.) 

EN bien sera ma pensée, 
Cest le mot qui plus m'agrée. 
Car des enfance empriz Tay, 
Et pour ce le porlcray 
Tant comme j'aray durée, 5 

Et de cuer Pacompliray; 
Car fors que bien ne feray, 
De moy yert TÉglise amée, 
Toudiz rayson maintendray» 
200 c Aux bons me conseilleray. 10 

Vaillance la renommée 

Sera de moy honorée 

Et Loyauté confortée. 

Le bien fait assauteray ^, 

Honneur et largesse auray, 1 5 

Avarice yert reboutée. 

En bien sera ma pensée ^ 

En tel leesse vivray, 

Et loyaument me tendray, 

Car telle est ma destinée. 20 

I. En bien etc. 
a. Exhausserai. 

T. IV 16 



242 RONDEAU tX ET VIRELAYS 

De tous faîz d'armes verray, 
Cuers estrangiers attrairay, 
A tous ces poins mes cuers bée. 

De glesve ^, hache et espée 
25 Verray souvent la mellée. 

En telz faiz me deduiray, 
Et gens d^armes ameray 
Plus que créature née. 
En bien sera ma pensée ^ 

3o Se paix esr, je jouteray 

Et feray mener grant glay ; 

Toute joye yert recouvrée. 

Les dames assembleray, 

Avec elles danceray, 
35 Lors sera feste menée. 

Et puis une autre journée, 
Sera la chasse cornée ^, 
Une autre ^ en rivière ^ yray, 
Mes déduis departiray 
40 Aux dames par la contrée. 

En bien sera ma pensée etc. 

I • En bien etc. 

a. Lance.— b. Annoncée au son du cor.— c. Une autre journée, 
— d. Chasse en rivière. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 2^3 



DCCLVI 

Virelay. 
(Même sujet.) 

' N amendant poursivray i, 
Tout le mieulx que je porray^ 
200 d L'estat de roîal lignée. 
Ainsi sera esprouvée 
Geste devise que j'ay. 



E' 



De mieulx en mieux ordonnée 

Yert et condicionnée 

Ma juenesse senz esmay ; 

Maiz qui me fera mellée, 

Ma force sera monstrée ; lo 

Puissanment me contenray ; 

Aus bons paisibles seray, 
Et les mauvaiz pugniray, 
Car tous maulx me desagrée. 



Tous les temps que je vivray, 
En amendant poursivray *. 



i5 



Ma joye sera doublée 

D'acroistre ma renommée, 

Car tous biens faire voudray 20 

Et servir sans demourée ^ 

. poursiveray. — 2. En amendent etc. — 3. demourer. 



244 RONDEAULX ET VIRELAYS 

En bien : c^est la fiour ainsnée 
Que tousjours obeiray. 
Envers li me maintendray. 
25 En amendant poursivray ^ 

Comme pierre aymentée^ 
Ces deux mos ainsis entée, 
Est m*amour a li pour vray. 
En amendant poursivray ^ 

3o Toute dame yert honnorée, 

De moy chérie et gardée 

En tout ce que je sauray ; 

Et se jay est ou ormée ^, 

De moy sera tant amée 
35 Que voulen tiers les aray. 

Se j'ay rien, je leur donrray, 
Si non, je leur promettray ^, 
Tant que finance aprestée 
Me soit pour faire donnée, 
40 Et ainsi m^acquitteray. 201 a 

En amendant poursivray. 

I. En amendent etc. — 2. prometteray. 

a. Le texte est évidemment altéré, tant pour les mots que pour 
la coupe des strophes. 



RONDEAULX ET VIRELAYS 24b 

DCCLVII 

Autre Vîrelay. 
(Comparaison d'une dame avec le soleil.) 



TENEBRES et nuit obscure, 
Dur temps et pensée dure 
Tiennent mon cuer en iraveil, 
Quant je ne voy le souleil 
Qui doit chassier ma froidure. 5 

Sanz H nul bien ne recueil 

Maiz toute tristece queil *»; 

Il n'est mal que je n'endure ; 

Soûlas ne joye ne veil *, 

Ains sui toudîz en * esveil, 10 

En penser et en ardure, 

Pour 2 la tresdouce figure 

Qui est sur toute nature 

Luminaire non pareil, 

Qui puet par son tresdoux oeil, i5 

Terminer ma grief pointure <^. 

Ténèbres et nuit obscure 3. 

De li veoir m'apareil, 
Car second n'a ne pareil, 

ï. en manque, — a. Pour manque. — 3. Ténèbres etc. 

a. Cueille. — b. Je ne veux distraction ni joie. — «. Souf- 
france. 



246 RONDEACJLX ET VIRELATS 

20 Pour ce au souleil la figure ^, 

Par ténèbres, mon ^ resveil, 
Par la nuit, mon grief sommeil, 
Par le temps, mon aventure. 

Maiz ma douce créature 
25 Par son resgart la pressure 

M'ostera, dont je me deul. 
Lors fera plus que ne sueil, 
Repus de douce pasture ^. 



DCCLVIII 

Autre Vîrelay. 
(Conseils philosophiques.) 

FuiONs tuit courroux, tristesse 3, 201 b 

Lascheté, toute peresse. 
Orgueil, tout mal et envie, 
Soions liez et menons vie 
En paix, en joye, en leesse. 

Servons Dieu, n^oublions mie 
Que la mort est ennemie 
De tous et que nul ne lesse, 
Tant soit grant, que ne desvie *. 

I. non. — 2. Le refrain manque, -- 3. tritesse. 
a. Je ia compare. — b. Meure. 



RONDBAULX ET VIRELATS «47 

A ce pas pas$er n'obvie lo 

Nulz pour senz, ne pour richesse. 

Faisons bien^ faoneur, largesse. 

Convoitise ne nous blesse, 

Fuyons toute villenie, 

Soyons amis et amie ; 1 5 

Qui a mal fait si l'adresse ^. 

Fuions tuit courroux, tristesse ^ 

SoufSsance soit chérie 

De tous, senz merencolie, 

Et honneur noz cuers radresse 20 

Si c'on n'y voye folie ; 

L'un de l'autre ne mesdie, 

Ayons tous cuer de noblesse, 

Courons le temps par prouesse 

De nostré exil ^ qui ne cesse ; 25 

Que Tame soit départie 

Du corps tant qu'elle ait partie 

Avec Dieu en sa haultesse. 

Fuyons tuit courroux, tristesse ^ 

I. Fuions tuit etc. 

a, Qu*il le réforme. — 6. Le temps de notre exil. 



I 



248 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCCLIX 

Âatre Virelay. 
{Souhaits d'avoir un fils héroïque, à une grande dame.) 

RACINE d*umilité, 
Arbre de toute bonté, 
Plante de Hz, 
Fruit de grâce a sauveté 
5 Vous doint Dieu par sa pité, 201 c 

Qui soit esliz 

Entre tous, preux et hardiz, 
Com Charles li grans ^ jadiz ; 

Et charité 
10 Soit en lui pour ses subgiz ^, 

Et ait sur ses ennemis 

La pouesté ^ 
D'oster la chetiveté 

Ou son pueple a tant esté, 
1 5 Et soit garnis 

De senz et de loyauté, 
De justice et d'équité 

Con fu Davis <^. 
Racine d'umilité *. 

20 Son âge soit augmenté 

I. guers — 2. Racine etc. 

a. Sujets. — b. Puissance. — c. David, 



RONOBAVLX ET VIRBIAYS 249 

Et son règne en royauté 

Creins et cheriz 
De tous, et crestienté 
Puist avoir par H santé ; 

Ses esperilz ; zS 

Après ce que cortquesté 
Ara paix et seureté 

En son paiz, 
Que lors li soit apresté 
Le règne en la magesté 3o 

De paradiz. 
Racine d'umîlité *. 



DCCLX 

Virelay. 
{A une dame.) 

BONNE, belle et bien amée, 
De toute honeur renommée 
Et d'umilité. 
De douceur et de pité, 
Estes plus qu'autre loée. 

Vo gens corps, vo loyauté, 
Vostre arroy, vostre beauté 



I • Racine etc. 



25o RONDBAULX ET VIR9LATS 

Monstrent dont vous estes née, 201 d 

Vostre noble parenté, 
10 Et la grant bénignité 

Dont vous estes aornée. 

Car vostre manière agrée 
A tous comme désirée ; 
Pour vostre bonté, 
i5 Avez nom et dignité 

D'estre royne couronnée. 
Bonne, belle et bien amée ^ 

Estre doit reconforté, 
Joye avoir, paix et seurté, 
20 A qui vous serez donnée; 

Tous biens ara a planté, 
Duché, royaume ou conté 
Du moins vous est destinée. 

Tel vous doint ^ Dieux, et lignée 
25 Avoir que vostre contrée 

Ait transquilité. 
Et qu'amour, paix ^, charité 
Soit entre vous deux fermée. 
Bonne, belle et bien amée ^ 

I. Boffâe beUecic. -*- 2. doint manque,'^ 3 psix et charité. 



RONDEAULX ET VIKELATS 25 1 



DCCLXI 

Rondeaa. 
{Jeu d'esprit y à une dame.) 

JOYEUSEMENT, joyeux et plains de joye, 
M esjoiray pour vostre amour joyeuse, 
Dame que j^aim, plus qu'autre gracieuse. 

Car quant vous voy tous li cuers me resjoye 
Pour la douceur de la vie amoureuse. 5 

Joyeusement, joyeux et plains de joye ^ 
M^esjoiray pour vostre amour joyeuse. 

Si qu'en tous lieux, quelque part que je soye, 

Le doulz espoir dont ma vie est eureuse 

Me tendra gay ; pour ce, fleur précieuse *, i o 

Joyeusement, joyeux et plains de joya 3, 

M'esjoiray pour vostre amour joyeuse, 

Dame que j'aim, plus qu^autre gracieuse. 

I. Joyeusement etc. ^ 2. hamble fleur précicase. •*• 3. Joyeusememt joyeux etc. 



252 RONDEAULX ET VIRELAYS 



DCCLXII 



Virelay. 
(Plaintes (Tamoureux.) 

JE languy prez de la mer, 202 a 

Pour un doulz bruvage amer 
Qu'Amour départ, 
Dont j'ay doloureuse part 
5 Pour bien amer. 

Car ma grant soy ^, main et lart, 
Par désir me sèche et art 

Et fait doubler 
Ma dolour par un regart 
10 Sy doulz qu'en mon cuer repart 

Maint dur penser. 

Et lors me fait embraser 
Celle douçour qui n^a per 

Du feu couarl 
1 5 Amoureux qui ne s'en part 

Pour moy tuer. 
Je languy près de I9 mer etc. 

a. Soif. 



RONDEAULX ET ViRELAYS 253 



DCCLXIII 



Antre Virelay. 
( Que tout aille comme il peut.) 

VorsT ^ ainsi comme aler porra, 
Desconfort soy qui le ^ voulra, 
Car je me vcil reconforter 
Et de tous mes maulx déporter. 

Sages est qui ainsi fera. 5 

Que me vault le desconforter 

Et tristesse en mon cuer porter ? 

Ja mon fait n^en amendera. 

Pour ce veil tout laissier aler, 

Et parle qui voulra parler. lo 

Nulz ses torfaiz ^ n'adrecera, 

Maiz cilz qui pacience ara 

En tout ce qui iuy avenra, 

Tant qu'il le puist bien endurer, 

Pourra longues vivre et durer ; i5 

Car qui suefire en la fin vaincra. 

Comment os& uns homme estriver 
202 b De ce qu'il ne puet amander? 
Dieux encor Pen acusera. 
Oultre son vouloir veult ouvrer 20 

I . le manque. 

a. Aille. — b. Injustices. 



254 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Et par soy ne puet retrouver 
Sans Dieu la perte que faitte a. 

Par faire dueil se destruira 
Et sa vie en abrigera, 
25 Par courroux pourra Dieu tourbler; 

Si se fait bon confort donner : 
Aveigne qu'avenir devra. 
Voîst ainsi comme aler porra ^ 

I. Voist ainsi etc 







«ÇF 



BALADES 



Balades. 



DCCLXIV 



Balade amoarease. 



{Sur l'ordre de la Fleur.) 




\vi est a choiz de deux choses avoir, 
Eslire doit et choisir la meillour. 
Et si me faut ^ que je prengne, savoir : 
De deux arbres ou la fueille ou la âour : 
Qu'en la fueille est plaisir pour sa verdour, 
Et qui resjoist les cuers des vrays amans, 
Et aux oysiaux fait chanter leurz doulz chans, 
Et tient toudiz une saison sa place, 
Maiz quant au fort ^ sa beauté est nians. 
Paim plus la fleur que la fueille ne face. 



lO 



I. Elle ma fait. 

a. Finalement. 
T. IV 



17 



258 BAULDCS 

Car la fueille n'a pas tant de pouoir^ 
De bien, de senz, de force et de vaknir 
Comme la fleur ; et ce puet apparoir 
Qu^elIe a beauté, bonté, fresche coulour, 

1 5 Et rcnt a tous tresprecieux odour, 

Et fait bon fruit que mains sont dcsirans, 
Duquel avoir est uns chascuns engrans ^. 
Maiz la fueille sans flour et fruit trespasse, 
Et sans odour devient poudre en tous temps. 

20 J^aim plus la fleur que la fueille ne face 

Pour ce qu'elle vault mieulx, a dire voir, 

Que la fueille qui n^a nulle douçour, 

Et fruit ne fait au matin ny au soir. 

La fueille n'est fors que pour faire honnour 202 c 

25 Et pour garder celle fleur nuit et jour 
De la pluie, du tempest et ^ des vans, 
Comme celle qui n'est que sa * servans ^, 
Maiz en tous temps a fleur de tous la grâce. 
Comme belle, gracieuse et plaisans. 

3o J'aim plus la fleur que la fueille ne face. 

I. et manque. — 2. sa manque. 

a. Désireux. — b. Qui n'est que la servante de la fleur. 



BALADES 25g 



DCCLXV 



Balade \ 
(Des deux ordres de la Feuille et de la Fleur.) 

[blogb db la fleur] 

POUR ce que j'ay oy parler en France 
De deux ordres en Pamoureuse loy, 
Que dames ont chascune en defiferance, 
L'une fueille et Tautre fleur, j'octroy 
Mon corps, mon cuer a la fleur ; et pourquoy ? 5 
Pour ce qu*en tout a pris ^, loange et grâce 
Plus que fueille qui en pourre trespasse 
Et n'a au mieux fors que verde coulour, 
Et la fleur a beauté qui trestout passe. 
A droit jugier je me tien a la flour. lo 

Celle doit on avoir en reverance, 

Sy l'y aray ; qu'en toutes choses voy 

Loer la flour en bonté, en vaillance, 

En tous déduis, en manniere, en arroy ^ ; 

S'on scet rien bon, c'est la flour pour un roy. i5 

En tous estas vient la fleur a plaisance : 

De tout dit on, et par grant exellance, 

Que cilz ou celle a la fleur sans retour 

De quoy que soit, tele est l'acoustumance : 

A droit jugier je me tien a la flour. 20 

• Publiée par Tarbé, tome l, page 8 6 . 
I. prins. 
> a. Arrangement. 



200 BALADES 

Amour la sieut ', doulz désir, espérance, 
Beauté, bonté, et de tous loer l'oy. 
Coulour, odour et fruit de souffisance 
Viennent de ly. Maiz mie n'aperçoy 

25 Que la fueille ait nulle vertu en soy, 

Ne que douçour, fruit, ne grant plaisir face. 
Maiz maintes foys apalit ^ et efface, 202 d 

Ne rien ne voy en li de grant vigour 
Fors de couvrir la fleur dessus sa place : 

3o A droit jugier je me tien a la flour. 

Celle humble flour aray en remenbrance 
Qui tant noble est, humble et de maintien coy, 
Que * n^est trésor, pierre, avoir ne finance, 
Qui comparer peust a li par ma foy. 

35 Son ordre praîn et humblement reçoy. 

Qui plus digne est d'esmeraude ou topace : 
Guillaume Fay, La Tremouille, or li place ^ 
Que du porter me face tant d'onour ; 
Car ordre n^est qui plus mon cuer solace. 

40 A droit jugier je me tien a la flour. 

Et qui vouldra avoir la congnoissance 
Du tresdouix nom que par oir congnoy 
Et du pais ou est sa demourance 
Voist en Tille d'Albyon en recoy, 

45 En Lancastre le trouvera, ce croy, 
P. H.etE. L. I. P. P«. E. trace. 
Assemble tout; ces .vm. lettres compassé, 
S^aras le nom de la fleur de valour, 
Qui a gent corps, beaux yeux et douce face. 

5o Au droit jugier je me tien a la flour. 

I. Qui. — 2. P. manque» 

a. Suit. — b. Pâlit. — c. Plaise. 



BALADES 261 



L ENVOV 



Royne d amours, de douce contenance, 
Qui tout passez en senz et en honnour, 
Plus qu^a fueille vous faiz obéissance : 
 droit jugier je me tien a la fiour. 



DCCLXVI 



(Sur Elyon de Nillac.) 

TRfiSDOUCE flour, Elyon de Nillac, 
Me tien a vous et non pas a la fueille. 
Car po est gent qui avoir ne la veille. 

2o3 a On met souvent les fueilles en un sac^ 

Âins que le fruit ne que la fleur se queille. 5 

Tresdouce flour, Elyon de Nillac », 
Me tien a vous et non pas a la fueille. 

Maiz vous estes le précieux eschac 

Qui ne souffrez que nulz pour vous se deuille. 

A vous me rent, vo pité me recueille : 10 

Tresdouce flour, Elyon de Nillac, 

Me tien a vous et non pas a la fueille. 

Car po est gent qui avoir ne la vueille. 

' Ce rondeau manque à la table, lia été publié par Tarbé, tome II, page 7. 
I. Tresdoacc floar etc. 



202 BALADES 



DCCLXVII 



Antre Batade. 
{Des deux ordres de la Feuille et de la Fleur.) 

[éLOGE DB LA FEUILLE] 



v 



^ous qui priseas et loez la fleur tant, 
Voulons par droit la fueille soustenir. 
Car au jour d^ui n'est ne petit ne grant, 
S'il a raison, que ne doye tenir 

5 Que Dieux la fist en tous arbres venir 

Pour resjoyr dames et damoisiaux 
Et pour rendre leur chant aux doulx oysîaux. 
Par sa verdour tuit nous esjoyssons, 
Sans li ne puet li mondes estre biaux. 

10 Pour ce a fueille plus qu^a fleur nous tenons. 

Or responde qui veult, eu arguant : 
La fleur ne puet fors de la feuille issir, 
Et se la fleur de la fueille descent, 
Sa mère est donc la fueille sans mentir; 

1 5 Naistre la fait, puis croistre et espennir, 
Et la norrit en ses tresdoulx rainsiaux ^ 
Virginalment ; fuelle est riches joyaux, 
Qui ainsi fait la fleur dont nous parlons; 
Sur toutes fleurs est la fueille royaux : 

20 Pour ce a fueille plus qu a fleur nous tenons. 

Et s*il avient qu^il face un po de vent, 
a. Rameaux. 



BALADES 203 

La fleur verrez et sa colour palir, 
Ea ordure chiet et va au néant, 
Fruit et colour li faut perdre et périr. 
Maiz la fueille ne puet nul temps morir; 25 

Tousjours se tient forte, ferme et loyaulx, 
Vert en couleur et amoureuse a ciaulx 
2o3 b Qu'elle reçoit en Tombre de ses dons, 
En destruisant les chaleurs desloyaux. 
Pour ce a fueille plus qu'a fleur nous tenons. 3o 

En grans chaleurs voit on prendre souvent 
Fueilles de saulx ' pour malades garir ; 
Es cours royaux, en maint riche couvent, 
Arbres feuilles pour les lieux rafrechir. * 
En May voit on chascun de vert vestir; 35 

On fait dossier es cours des arbrissiaux; 
Fueilles porte qui veult estre nouviaux ^; 
En cuer d'iver ^ fueilles de lierre avons, 
Maiz fleur n*avez en arbres n'en vessiaux. 
Pour ce a fueille plus qu'a fleur nous tenons. 40 

De vostre fruit que la fleur va portant 

Voit on aucun par droit anientir ; 

Du mengier sont maint et maintes engrant ^, 

Maiz petit vault pour le corps maintenir. 

Fleur ne se puet a fueille appartenir \ 45 

Dessoubz li vont cerfs, bisches et chevriaux, 

Sanglers et dains, conninset laperiaux, 

Tous les déduis que par le bos querons, 

Fueille ^ en lorier, de houx, jardins, préaux ; 

Pour ce a fueille plus qu a fleur nous tenons. 5o 



1 . Fueilles en. 

a. Saules. — 6. Â la mode. — c. Au cœur de l'hiver. — d. Dési- 
reux. 



204 . BALADES 



L ENVOY 

Royne sur fleurs en vertu demourant, 
Galoys, Dannoy, Mornay, Pierre ensement 
De Tremoiile, li borgnes Porquerons, 
Et d'Autynes Lyonnet vont loant, 
55 Et Thuireval vostre bien qui est grant; 

Pour ce a fueille plus qu^a fleur nous tenons. 



DCCLXVIII 

Balade. 
{Prière d*amour.) 

D^AUTBL amour comme puet amer mère 
Son vray enfant vous aim et ay amée, 
Craint et chery com filz doit faire père, 
Et chascun jour estes dans ma pensée 2o3 c 

Si fermement seule dame honnourée . 
Que je ne puis a nulle autre penser; 
Et si me faut ceste amour si celer, 
Qu'a vous n'a nul dire ne l'oseroye. 
Dont au jour d'uy n'ay de doleur mon per, 
Sy pry Amour que sa grâce m envoyé. 

Car vo douçour, vo biauté singulière, 
Vostre bonté, vostre grant renommée, 
Vo doulz maintien, vo face blanche et clere, 



BALADES 265 

Plaisant a tgus, vo manière loée, 

Vo gent atour, vo parole atrempée, 1 5 

Humilité c'on puct en vous trouver, 

Et les doulz rays de vostre regarder 

Me font languir quelque part que je soye, 

Et a mon cuer mon esperit tenser : 

Sy pry Amour que sa grâce m'envoye, 20 

Ou je mourray de mort dure et amere, 

Comme celui qui m^a la char ostée, 

De descouvrir son dueil et sa misère 

Et qui bien scet que c'est amour celée, 

Sèche mon corps «, ne créature née 25 

Ne puet savoir dont me vient ce penser. 

Ainsi morray pour vos biens désirer 

Et vostre honnour qui ainsis me guerroyé, 

Ou je ne puis nul guerdon ^ espérer, 

Sy pry Amour que sa grâce m'envoye. 3o 

l'envoy 

Humble dame, veuillez considérer 
Comment desus me demaine et tournoyé, 
Et que je muir pour vous craindre et amer, 
Sy pry Amour que sa grâce m'envoye. 

I. guerredon. 

a. Passage inintelligible et sans doute altéré. 



266 BALADES 



Balade *• 



DCCLXIX 

{Sur l'expédition de Barbarie,) 

BOURBON, Bar, Eu, Harecourt ' et Coucy, 
De Bresch Tenfeot, toute la noble armée, 
De vos amours ne soyez en soucy. 2o3 d 

Car puis c'oneur en estrange contrée, 

5 Vous a par mer fait voguer en galée 
Pour arriver aux pors de Barbarie, 
Dame n'y a qui pour vous tous ne prie 
En désirant vostre doulz retourner 
Et supplians a la vierge Marie 

lo Que le bon vent vous puist tost ramener. 

Contreroleur sui pour vous et par sy ^ 
Que se g'y voy nulle qui se desrée *, 
Je lui diray que pas ne face ainsy, 
Qu'elle n'en feust un peu souspeçonnée. 

1 5 Nulle n'en say fors que loyal trouvée 
Et qui ne soit a son amant amie. 
Que requerans n'y ait ne dy je mie, 
Dont maint trassent <^ pour leur désir trouver; 
Maiz on leur fait, disant, la sourde oye ^, 

20 Que le bon vent vous puist tost ramener ! 

• Publiée par Tarbé, tome I, p. 112. 

I. Harcourt. 

a. Avec cette condition. — b. Qui se désordonné. •— c. Cher- 
chent. -^ d. Sourde oreille. 



BALADES 267 

Pour ce a toutes en reconfortant dy 

Que de vous n^yert Sarrazine priée. 

Et qu'au retour ne ferez long detry « 

Que chascun n'ait sa dame visitée : 

Car de bon cuer devra veoir s^amée. 25 

Pas ne tiennent que ce soit moquerie; 

Pour vo demour cbascune pleure et crie, 

Maint veu ont fait et maint cierge alumer, 

Maint don offrir et a mainte abaye, 

Que le bon vent vous puist tost ramener. 3o 

l'bkvov 

Princes, bairon, chevalier, escuierie ^, 
De bien faire ne vous fault que penser : 
Dame n'avons par deçà qui ne die 
Que le bon vent vons puist tost ramener 1 



DCCLXX 



Antre Balade. 
(// faut aimer loyalement.) 

204 a /^ui saroit bien que c*est d'Amour servir, 
v^ Et comment homs se puet faire valoir 
Quant de dame puet grâce desservir, 
En bien amer mettroit tout son vouloir, 

a. Délai. — b, Cpllectif d*écuyers. 



268 BALADES 

5 Desir^ penser, cuer et corps et pouoir, 

Car par amour vieat honneur et prouesse, 
Estât, renom, biau maintien, gentillesse, 
Humilité et toutes les vertus. 
Cest ce qui met tous les royaulmes sus; 

10 Maiz sans luy est vaillance, honneur, perie ; 
Amer pour ce doivent roys, princes, dus 
Armes, amours, dames, chevalerie. 

Et cilz qui puet par service venir 
A si hault don comme de recevoir 

1 5 Le nom diamant se doit subgès tenir, 
Fermes, secrés, loyaux, sans décevoir, 
Et doit son cuer a tout bien esmouvoir. 
Quérir honneur, estre plains de largesse, 
Et qu'il se gart d*orgueil et de peresse, 

20 En emprenant les^haulx faiz et cremus <^ 
Des troiz mestiers qui sont d'armes tenus, 
Joustes, tournoy, et la guerre n^oublie* 
Nobles ces poins doivent quérir les plus * : 
Armes, amours, dames, chevalerie. 

25 Or veillent donc a ces poins avertir 

Ceulx qui aiment, facent bien leur devoir : 
A leurs dames se gardent de mentir 
Et facent tant qu'elles puissent avoir 
Bon renom d^euix, et s'il ont bon espoir 

3o Et qu'il gardent les haulx droiz de noblesse, 
Tant que pechié n'ordure ne les blesse, 
Par tout seront pour leurs faiz bien venus. 
Leurs royaumes puissamment soustenus, 
Et y verrez, gent joyeuse et jolye 

35 Chanter, dansser, continuer le plus 

Arm.es, amours, dames, chevalerie. 2o4 * 

a. Redoutés. — b, La plupart. 



BALADES 26g 



L ENVOY 



Princes, pays ne puet estre perdus 

Ou Amour est loyaument maintenus; 

Mkîz quMI ne soit fains et en tricherie, 

Car par barat en seroient exclus 40 

Armes, atnours, dames, chevalerie. 



DCCLXXI 



Antre Balade. 
(Eloge de la femme d'un fils du roi de France.) 

A bon droit doit de tous estre louée 
Celle qui tant a des biens de nature, 
De sens, d'onnour, de bonne renommée. 
De doulx maintien Texemple et la figure 
D'umilité, celle qui met sa cure 5 

A honorer un chascun en droit ii. 
Qui gent corps a, juene, fresche, joly, 
De hault atour, de lignie royal. 
Celle n^a pas a manière failly : 
A bon droit n'est d elle un cuer plus loyal. 10 

Elle aime Dieu, elle est de tous amée, 

Car plesir fait a toute créature. 

De son pais est forment regretée, 

Et ou elle est se maintient nette et pure ; 



270 BALADES 

1 5 PiCé la suit, elle het toute injure, 

Aux povres gens a le cuer amoly; 

Les orguilleux fait tourner a mercy. 

Tout cuer félon het, mauvais, desloyal. 

Elle aime paix, loyaulté, et ainsy 
20 A bon droit n'est d'elle un cuer plus loyal. 

Et se tu veulz savoir dont elle est née, 

Ovide voy, en lisant * Tescripture 

Ou Saturnus ala soyer la blée ' : 

Lors trouveras sa propre norreture ; 
25 Et en après en la douice pasture 

Pourras trouver fil de roys son mary, 

En la cité du grant règne ennobly 204 c 

Qui n^a pareil de ceptre impérial ; 

Dont par ces poins puis bien conclure aussy : 
3o A bon droit n'est d^elle un cuer plus loyal. 



DCCLXXII 
Antre Balade * 

SUR AUCUNS CHEVALIERS ET ESCUYERS DE LA COUR 

HUGUES d'Ars et Prunelé, 
Garensiéres, Florigny *, 
Les deux Machaus, Angelé, 

• Publiée par Tarbé, tome /, p. /70. 
I. en ly saait. — 2. Garensiéres et florigny. 
a. Alla moissonner le blé. 



BALADBS 27 £ 

Petiot, Huct, Villy, 

M'ont maintes foys assailly 5 

Et fait trop de villenye, 

Batu, féru et laidy : 

Je pri Dieu qu*il ^ les maudie* 

En ma tente m'ont robe, 

Et sur le ventre sailly, 10 

De piez et de poins foulé; 

Poinsinet, de Juvigny, 

Et Torchapel que je vy 

M^ont m'avoyne deperle ; 

Pité n'ont, grâce, mercy * : 1 5 

Je pri Dieu qu'il ^ les maudie. 

Aacor m'ont il plus tromppé ; 

De larron m'ont donné cry, 

Et sur un cheval troussé 

Par Post m'ont mené ainsy, 20 

Crians : « Amblé a cecy ^ ! 

Pendez i Ne le laissiez miel «> 

Pour ce a tousjours les reny : 

Je pri Dieu qu'il ^ les maudye. 

204 d l'rkvoy 

Prince, ainsi m'ont pourmené 25 

Vos gens ; c'est mauvaise vie, 
Es grésillons ^ m'ont bouté : 
Je pry Dieu qu'il ^ les maudie. 

I. qui. — 2. grâce ne mercy. 
â. 11 a volé ceci. — b. Fers. 



272 BALADES 



DCCLXXIII 



Autre Balade. 
(Imprécations contre ses ennemis,) 

DE maulx coustiaux forgiez en Lombardie, 
Du tret * de Genne et de leurs viretons *, 
Des ars ^ anglaiz et de ceuix de Turquie, 
Des dondaines ^ et lances de Gascons, 
5 Des plommées ^ et hache j des Bretons, 

Et des engins et pierres c'on y lance, 
Des grans garros/ et pierres des canons 
Puist il morir qui mal faire me pance f 

Férus soit il de mort d'epidymie, 
10 Et tous froiciez de grans cops de bastons ; 
D'aguilles ait d^Antioche a demie 
Le ventre plain, de tranchans rasoirs bons 
Ait il coppé la gorge, et d*esperons 
Soit il férus trestout parmy la pance, 
i5 Et d*espées du chief jusqu'aus > talons: 
Puist il morir qui mal faire me pance ! 

Des croques poys e, des masses de Surie 

Et des espiez trenchans ^ 

Et des dagues dont li aciers brunie, 

I jusqnes au. — 2. Lajin du vers manque, 

a. Trait. — b. Trait d*arbalète. — c. Arcs. — d. Carreaux, flè- 
ches. — e. Boules de plomb. — /. Dards. — g. Bâtons armés d*un 
croc de fer. 



BALADES 27S 

De tous tempes, de toutes maliçons, 20 

Et de tous maulx que de certain savons, 
Que Dieux garist par sa digne puissance, 
De resvertin ^, de poingnans aguillons, 
Puist il morir qui mal faire me pance! 

l'envoy 

Prince, jamaiz ne puist jour avoir vie, 25 

Qui mal me veult ou me fera grevance ; 
Du mal des dens et de mort enragie 
2o5 a Puist il morir qui mal faire me pense! 



DCCLXXIV 

Balade. 
(// se proclame le roi des Laids.) 

SE nulz homs doit estre roy de Laidure, 
Pour plus laideur c'on ne porroit trouver, 
Estre le doy par raison et droiture, 
Car j'ay le groing con hure de sangler *, 
Et aux singes puis assés ressambler; 5 

J'ay grans dens et nez camus, 
Les cheveulx noirs, par les joes barbus 
Suy et mes yeux resgardant de byays *, 

I. sanglier. 

a. Accès de folie. — ^. Travers. 

T. IV i« 



274 BALADES 

Par le front sui et par le corps velus: 
10 Sur tous autres doy estre roy des Lays. 

J^ay dès long tenips trop estrange figure. 

Comme un More me puet on figurer : 

Pintelez ^ sui et formez sanz mesure, 

Cours, rons et gros, ne me puis acoler ^. 
1 5 L'en me doit bien comme roy couronner; 
Je sui courbez et bossus, 

Gresles ^ dessoubz et espès par dessus; 

De tel forme n'a nul roy au palays. 

Et par ces poins détermine et conclus : 
20 Sur tous autres doy estre roy des Lays. 

Dorénavant faut toute créature 
Que Ten pourra veeir et esprouver, 
Laide de fait et de propre * nature. 
Par devers moy retenir et donner 

25 Aucun estât, et * si s'en veult courser, 
Tant sera mes subgiez plus: 
Toutes mes gens mettre vous feront sus, 
Et retenir tous, hydeux pour jamaiz; 
Par moy sera ly règnes soustenus : 

3o Sur tous autres doy estre roy des Lays. 

l'envoy 

Princes, nulz homs a moy ne se figure ^; 

Je, souverains, mes retenues ^ faiz, 20^ ' 

Tous estas doing séculiers et de cure/ : 

Sur tous autres doy estre roy des Lays. 



I. et de sa propre nature. — 2. et manque. 

a. Mot inconnu.— b. Embrasser. — c. Mince.— ii. Compare. — e* 
Retenues de gages. — /. Je donne tous les grades de clercs et de 
laïques. 



BALADES 275 



DCCLXXV 



Balade. 
(Appel devant le roi des Laids.) 

JE vous faiz commendement. 
De par le roy de Laidure, 
Que vous veignez en présent ^ 
Devant sa propre figure: 
Point ne vousfera d'injure; 5 

Vous y devez bien venir. 
Pour avoir vostre droiture, 
Des Laiz vous veult retenir. 

— • Suis je doncques de sa gent 

A vostre maie aventure ? i o 

— Oil, plus que son sergent, 
Et vous m'avez dit injure. 
Passez tost, car je vous jure, 
Je vous feray convenir; 

Venez au roy, bonne aleure : i i> 

Des Laiz vous veult retenir. 

— Oy, vois * : Dieu gart, roy puissant ! 
Vecy vostre créature. 

— Vous dites voir, bien veingnentî 
Pour l'amour de vostre hure 
Vous retien, car par nature 
Mon cerf vous faut devenir. 
Merciez loy <^, je n'endure : 



20 



«. Que vous vous présentiez. — b. Oui, j'y vais.— c. La. 



27O BALADES 

Des Laiz vous veult retenir. 



LENVOY 



25 De laide face et obscure, 

Laidement vous faut tenir ; 
Vers le roy vo fait procure : 
Des Laiz vous veult retenir. 



DCCLXXVI 

Balade. 
{Contre un homme trop poli,] 

QUI est cilz compaings si joliz, 2o5 c 

Si gracieux et si courtoiz, 
Qui salue les gens toudiz 
Et qui s'offre a eulx tant de foys? 
5 — Voire, que tu ne le congnoiz ? 

Ce ne fay moy ^ ; moult scet de tours, 

Tost a failly de deux en troiz : 

Cest un grant donneur de bons jours. 

Est il gaiz, en parler faictis ^, 
10 Biaux et blons, gens, longs et adroys, 

Juenes, bien chantans, yeux traitis <^, 
Bien dançans, parez comme un roysi' 
De cuidier est en son droit moys. 

a. Ni moi non plus. — b. Aimable. — c. Bien dessinés. 



BALADES 277 

Il voit, il oit, il n'est pas sours. 

Il fait a ses polses les droiz : 1 5 

C'est un grant donneur de bons jours. 

Il ne tient conte des chetifs, 

Il est entrans, il a ses loys ; 

Il accorde a chascun ses diz; 

Il parle ainsis comme tu Poiz 20 



Et proffite entre les seiguours ; 
Cure n'a de ceulx qui n'ont croix « : 
C^est un grand donneur de bons jours. 

l'envoy 

Princes, cilz n^est pasesbahis; 25 

Par tout veult faire ses honnours, 
Savoureux, qui tant a d'amis! 
C^est un grant donneur de bons jours. 



DCCLXXVII 

Balade. 
{Injures.) 

Tu, qui me faiz si puant route *, 
Et qui gettes si ors sangloux <^, 
Pendus soit qui t'aprint tel note! 

a. Argent. b. Rot. — c. De si saies hoquets. 



278 BALADES 

S*a fait tes ventres qui est glous» 
5 De trop boire et mangier jaloux 

Tant qu'il te sault par les conduis 205 d 

Et par la bouche comme uns loux ^ 
Estront, par la 1 g*iray par huys. 

Li vins es narines te fiote ; 
10 Tu poiz ^, tu boiz, tu es estoux ^ 

Ton ventre joue a la pelote 

Et bruit ; maudit soit il de tous ! 

La froideur, la rume et la toux 

En reuppant par ta bouche aduis <^, 
1 5 Et en dy comme merveilloux : 

Estront, par la ! g'iray par huis. 

Va chier, laisse tel riote, 
Euvre le conduit de dessoubz, 
Cy faiz venir au bout la crote, 
20 Le remonter est trop prilleux ^; 

Lors l'appellon pet orguilleux, 
Quant par foire est amont raduis ^^ 

En disant pour ce ^ 

Estront, par la! g'iray par huis. 

l'envoy 

25 Princes, quant on oit tele ilote 

Qui par la bouche vient, je truis 
Que l'en doit dire, qui bien note : 
Estront, par lai g'iray par huis. 

I. leux. -'2, La fin du vers manque. 

a. Tu pètes.— b, Sot.-> c. En rotant tu fais sortir par ta bouche. 
— d. Périlleux. — e. Ramené. 



BALADBS 279 



DCCLXXVIII 



Antre Balade. 
{A une femme.) 

DE sainte Rien '', dame juste, la caste 
Elisabeth, Agnès et Katherine 
Trescontinent, puissant qui tout degaste 
L'erreur d'autry par vo bonne doctrine ; 
Trespacient plus que sainte Cristine, ^ 5 

Et plus que Marthe en vos faiz concieuse ^, 
Magdaleine qui de plourer ne fine, 
Jamaiz nul jour ne serez amoureuse. 

Desor ne soit nulz qui vous touche ou taste : 
206 a Vostre amour est en pensée divine, 10 

Vostre esperit d'aler avant * se haste, 
Sainte Avoye vous a fait sa bénigne <^, 
Des mandiens tendrez la dicipline ^, 
Ceulx vous menront en la vie joyeuse, 
Vo pis bâtant, car vous en estes digne : 1 5 

Jamaiz nul jour ne serez amoureuse. 

Du monde avez du tout iaissié la haste ^ 

Ou vous fustes jadiz juene meschine f : 

En rost fustes, or serez mise en paste. 

Il en est temps, car vo biauté décline; 20 

I. Ce mot est resté en blanc dans le manuscrit. 

a. Sainte Reine ? — 6. Discrète. — c. Béguine, religieuse. — 
d. Règle. — e. Broche. — /. Fille. 



28o BALADES 

En charité donnez de vo cuisine 
Aux povres gens, et ne soiez crueuse 
A vos amis, tressaincte chose et digne 
Jamaiz nul jour ne serez amoureuse. 

l'envoy 



25 ^ Hé ! Rebequa tressaige et entérine, 
/ Sarra loyal, qui tant fu précieuse, 
Judith, Hester, vostre joye define : 
/ Jamaiz nul jour ne serés amoureuse. 



DCCLXXIX 



Balade. 
(// ne faut pas attendre trop tard pour être sage.) 

VEBZ vous celle qui fait la papelarde 
Et celui la qui bien fait le béguin? 
Hz seront cras, car li uns Pautre larde, 
Hz ont un mal dont il cheent souvin ^, 
Et pour ce sont entr'eux deux pèlerin, 
Et vont souvent au baron sainct Foutart 
Qui les garra de ce mal en la fin; 
Maiz je me doubt que ce ne soit trop tart. 

Car il convient qui tel mal a qu'il arde, 

a. Sur le dos. 



BALADES 281 

Con ne le puet bien refraindre en la fin, la 

Par aigre vin, par verjus, par moustarde. 
En juene temps ou sexe femenin 
Quant on trueve le ^ jeune masculin, 
Lors ces deux maulx se joignent d^une part ; 
206b Et nonpourq^iant laisseront ce chemin, i5 

Maiz je me doubt que ce ne soit trop tart. 

Quant on est vieulx, 11 maulx du sant ^ retarde 

Et faut ^ du tout a voisine et voisin ; 

Si est saiges qui longuement se garde 

De ce grief mal ou trop nuit le connin ; 20 

Cest ce qui fait le mal de sainct Foutin 

Venir dessoubz, les corps esprent et art : 

Lors laisseront li viellart ce hutin ^, 

Maiz je me doubt que ce ne soit trop tart. 

l'envoy 

Princes, qui boit chascun jour de fort vin 25 

Par son boire devient frère Frappart, 
Et quant vieulx est il retret son engin, 
Maiz je me doubt que ce ne soit trop tart. 

I. \t manque. 

a. Sang. — b. Fait défaut. — c. Tracas. 



282 BALADBS 



DCCLXXX 



Antre Balade *. 

(Sur Ick moutarde qu'on mange en Hainaut 
et en Brabant.) 

EN Haynaut et en Brabant ay 
Aprins a sauces ordonner: 
Es hostez ou je me logay 
Me fist on toudiz apporter 
5 A rost, a mouton, a sangler, 

A lièvre, a connin, a ostarde^ 
A poisson d^eaue douce et mer, 
Tousjours, sanz demander, moustarde. 

Harens frès quiz, et demanday 
10 Carpe au cabaret pour dyner, 

Bequet ^ en Teaue y ordonnay, 

Et grosses soUes au souppcr. 

A Brusselles fiz demander 

Sauce vert ; le clerc me regarde; 
1 5 Par un varlet me fist donner 

Tousjours, sans demander, moustarde. 

Sanz li ne bu ne ne mengay. 
Avec Peaue la font melier 
Du poisson , et ancore ^ say 
20 Que la graisse du rost gester ^ 206c 

• Publiée par Tarbé, tome l,page g4- 
I. ancor. ^ a. geste, 
a. Brochet. 



BALADBS a83 

Font en la moustarde et bouster. 
D'en servir nulz d'eux ne retarde : 
La arez vous, pour vostre user, 
Toujours, sans demander, moustarde. 

l'bnvoy 

Prince, gingembre, c'est tout cler, 25 

Clos «, sapfran *, graine n'ont d'eulx garde ^, 
Maiz a chascun font destramper 
Tousjours, sanz demander, moustarde. 



DCCLXXXI 

Balade. 
{Imprécations contre la Flandre.) 

FOUDRE et tempcste, pluye, vent et grésil, 
Gellée et nois ^, toute terre brehengne <?, 
Mort et langour et tout mortel péril, 
Guerre en tous temps et toute malestraine/, 
De jour en jour, de mal en pis avaigne 
A la conté de Flandre ^ et au paiz, 
Si que jamaiz le roy ne m'y ramainel 
Il fait milleur séjourner a Paris. 



I. Flandres. 

a. Clou» de girofle. — b. Safran. — c. N'ont rien à craindre 
d'eux. — d. Neige. — e. Stérile. — /. Malheur. 



284 BALADES 

Par troîz foys m'a mis la terre a exil «, 
10 Par mal logier, par couchier sur la playne 
Par les canons et par le trait subtil^ 
Par les Gantoys qui trop m'ont fait de payne, 
A Rosebech, a Bourbourch, puis m'amaine 
Devant le Dam jouer aux esbahys ^, 
1 5 Seoir un mois avant que nulz le prengne ; 
Il fait milleur séjourner a Paris. 

Onques ne vy mauvaiz hussel de fil ^ 
Pis desvuider, maudite en soit la layne, 
Ne tant laissier de fauce herbe ou courtii 
20 Sanz l'ecerber <* : pour se ^ croist et mehaîgne/. 
Qui au premier eust bien serré la vaine e^ 
Sanz espargner, ilz fussent mal bailliz, 
Maiz mal pugnir fait la lever ensaigne A; 
Il fait milleur séjourner a Paris. 

l'envoy 

25 Princes, mieulx vault la rivière de Seyne. 206 d 
Délivrez vous « de prendre ses chetis, 
Puis retourner en vostre vray demayne : 
Il fait meilleur séjourner a Paris. 



a. Ruine, destruction. — b. Au niais. — c. Echeveau de fil. — 
d. Esherber.— e. Pour cela.—/. Grandit et nuit. — g. Étranglé, 
étouffé. — h. L'étendard de la révolte. — i. Dépêchez-vous. 



BALADES 285 



DCCLXXXII 



Antre Balade. 
(Vœu de ne plus retourner en Flandre,) 

JE veu ^ a Dieu, aux dames, a Amours, 
A tous amans, a l'amoureuse vie, 
Au roy aussy et a tous mes signours i, 
A tous les sains, a la vierge Marie, 
Que se je puis faire la départie 5 

Du faulx paiz ou me suis embatus, 
Et g'y revien par sens ne par folie, 
Que je soye tresbien beux et batus *. 

Car plus velus y ay esté c^uns ours, 

Noirs et halez, prins Torde maladie ^, lo 

Logé aux champs, esté armé tousjours, 

Cevrons ^, angart *, de nuitye en nuitye ; 

G'y ay gaignié plus de poux la moitié 

Qu'avoir ne seil, les queiz j^ay combatus ; 

Se plus y vien je consens et octrye 1 5 

Que je soye tresbien buz et batuz. 

D'avoir argent font pluseurs leurs clamours ; 

Vive qui puet; pour ce ne l'ont il mie, 

11 put en Tost, Ten y fait des rumours, 

L'en oit bondir ca nons, artillerie, 20 

I. messigneors. 

a. Je fais vœu. — b. Baigné et battu. — c. La gale. — d. Mot 
obscur. — e. Hangar. 



286 BALADES 

Variés * tuer, l'un brait, li autre cryc : 
€ Alarme ! au feu ! aux larrons ! » Cest biaux jus. 
S'on m'y voit plus, je veil que chascun die 
Que je soye tresbien buz et batus. 



25 Prince, au retour, humblement vous supplie, 
Que mes veulz soit confermés et tenuz, 
En octroyant, se plus faiz tel folie, 
Que je soye tresbien buz et batuz. 



u- 



DCGLXXXIII 

Balade. 
(Pertes au jeu de dés,) 

j Ms homs jouoit aux dés en ma présence, 207 a 
Et un grant cop coucha soudainement 
A un autre qui a touché la chance : 
Lors renya Dieu et son firmament *, 

5 Sa mère aussy, sains, sainctes ensement, 
Et s*apela garson, filz de putain, 
Larron, truant : « Cilz a ja de sa main 
Gaigné .x. frans; j'ay mon argent perdu ; 
Maugré en ait saint Pierre et saint Germain ! 

10 J'aray par temps tout joué et foutu. » 

I. Caries. — a. et tout son firmament. 



BALADES 387 

A l'autre cop de sort couchier s'avance <», 

De .X. et .viu. .xv. va demandent. 

Cilz qui getta ^ avoit haute loquance ^ 

Et rencontra ^, et l'argent happe et prent ; 

Et li autres qui de courroux esprent, i5 

Dist : « Je sui bien en jouent prins a Tain ^ ! 

Cop ne gaignay depuis que ce villain 

Me resgarda; de Dieu soit confondu ! 

Je te bairày trop bien se je m*y prain /; 

J*aray par temps tout joué et foutu. 20 

< Or n'est il cop qui me vlengne a plaisance ! 
Chascuns parole et Tautre va roufflant fs. 
L'un poit * derrier S l'autre maugrie et tence, 
Comme estandart me vont tuit regardant. 
Ne say quel part va un chien abayant 25 

Qui trop me nuit; soubz la table l'estrain < 
Vont remuant ; chevaulx rongent leur frain. 
Telz riotes m'ont trop petit valu ; 
Mon sac est vuit, qui n'a gaire estoit plain : 
J'aray par temps tout joué et foutu. » 3o 

l'envoy 

Prince, bon fait veoir la contenance 
De ces joueurs et comme chascun tance i, 
Quant son argent est un po esmolu * ; 
En maugriant dit chascun sa sentence : 
2o^ b « J'aray par temps tout joué et foutu. » 35 

I. Derrière. 

â. Il se met en demeure de tenter le sort. — 6. Jeta le dé. — 
c. Parlait haut. — d. Réussit, — c. Hameçon. — /. Je commence. 
— ^. Grondant. — /r. Pête. — i. Paille. —j. Querelle. — • ft. En- 
tamé. 



288 BALADES 



DCCLXXXIV 



Antre Baladd*. 
(Contre Jehan de Montai gu.) 

LE haut ^, le doulx, le poupînet ^ *, 
Le long, le droh, legay, le savoureux, 
Le gentil corps et le chief crespelet ^, 
Megre ne gras, au viaire piteux, 
b Qui si bien scet faire le gracieux, . 

Et qui porte la dorée taison ^, 
Pour cent mars d'or ne donrroit ses cheveux : 
Milleur marchié a fait de ma maison. 

A ! que Dieu gart le doulz savoureuset, 
I o Et son menton ou il a ^ pou de peux S 

Dont a Paris tiennent dames leur plet/, 
Et qui devient de chascune amoureux ! 
Haro ! harol comme il est gracieux, 
Tendres et molz ff comme un petit oispn t 
1 5 Trop vent son corps, qui en est désireux *; 

Milleur marchié a fait de ma maison. 

C*est Vitâgu, autrement Blondelet, 
Qui les femmes veult avoir ,ir. et deux -, 
C'est merveilles que li bons sires fet, 

* Publiée par Tarbé, tome I, p. i63. 

I. // manque deux syllabes. — 2. a manque. 

a. Gai, gaillard. — • b. Poupin. — c. Crépu. — d. Toison. — €. 
Poils. — /. Conversation. — g. Douillet. — /i. A qui en est dé- 
sireux. 



BALADES 289 

Et comme il est aux armes vertueux. 20 

Sire sainct Mor ^, rendez le moy goûteux, 
Je vous en faiz prière et orison, 
Vendez ly bien ses deliz oultrageux : 
Meilleur marchié a fait de ma maison. 

l'envoy 

Princes, les ras, les souriz et les leux 2 3 

Puissent rongier Vitagu le couillon 
Qu'il * ne donrroit pour mille frans tous seulz : 
Meilleur marchié a fait de ma maison. 



DCGLXXXV 

Autre Balade. 
(Quand viendra le Trésorier?) 



J'estote au kantié ^, a Roulongne, 
Il n'a pas ancore * long temps, 
A la court du duc de Bourgongne 
Ou il avoit grant foison gens, 
Chevaliers, escuiers, sergens, 
Et la veissiez consillier <^; 
L'un a l'autre furent disans : 
a Et quant venra le Trésorier? » 



I. Qui. — 2. ancor. 

a. Saint Maur. — b. Chantier < — c. Parler à roreille. 
T. IV 19 



2gO BALADES 

V\in disoit : « Mau va ma besongne, 
lo Mes chevaulx tendent aux despens ^. d 

L'autre requeroit c'on ly doigne *, 
Et ly autres estoit engrans <^ - 
De s'en partir pour le froit temps ; 
L'autre disoit : a Je n'ay denier, 
1 5 Mes gaiges seront demourans ; 

Et quant vendra le Trésorier? » 

L'autre dit : « La ville ressoignc ^, 
Mourir y voy petiz et grans, 
Qui vouldra, sy le me pardongne; 
20 Je m'en veul aler sur les champs i 

Qui se muert, il est bien meschans, ♦ 
Car nul n'a plus de lui mestier, 
- Pour ce enquier et sui demandans : 
Etqyant vendra le Trésorier? » 

l'envoy 

2 5 Princes, soiez vous departans ; 

Je ne voy rire ne dancier 
Nul, maiz enquierent les enfans : 
« Et quant vendra le Trésorier? » 

a. A la dépense. — b. Donne. — c. Enclin. — d. Je crains. 



BALADES 291 



DCCLXXXVI 



Balade. 
(C'est péché de blâmer le monde,) 

TROP me merveil du dur entendement 
Que maintes gens ont, nom pas raisonnable, 
De diffamer tout leur nourrissement, 
Ce quMl ayment et qu'il ont agréable: 
Cest ce monde, qui leur est delitable, 5 

2oy d Doulz en saveur, qui les nourrist et paîst 
De ses deliz, c^cst tout ce qui leur plaist, 
Et ou chascuns principalment se fonde ; 
Et quant de lui tous biens aux hommes naist, 
Cest grant péchiez d*ainsy blasmer le monde. 10 

Car on y puet trouver présentement 
Gens de raison ; l'un est l'autre amiable, 
L'en double Dieu, Ten fait son saulvement, 
L'en ne veultrien quérir deshonnorable; 
Orgueil n'y a ne vice reprimable, 1 5 

' Vérité règne et le mentir desplail, 
Le bien a lieu, le mal faire se taist, 
Et saincte y est religion et monde, 
Et la prince de tous biens nous repaist : 
C'est grant péchiez d'ainsy blasmer le monde, 20 

Ou chascuns fait drolturier jugement, 
Car Jes mauvaiz ont payne pardurable, 
Et les bons sont honnorez hautement, 
Et les vaillans seent a haute table ; 



2g2 BALADES 

25 Le bien commun est a tous acceptable 
Sans convoi tier, le mesdire deiaist 
Chascuns d^autruy et le bien en retraist. 
Vie mener veuiient tuit belle et ronde «, 
Sanz excéder : se Dieux tel temps nous fait \ 

3o Cest grant péchiez d ainsy biasmer le monde ^ 

l'knvoy 

Prince, sMl est par tout generalment 
Comme je say, toute vertu habonde ; 
Maiz tel m'orroit qui diroit : « Il se ment. • 
C'est grant péchiez d^ainsy bïasmer le monde. 



DCCLXXXVII 

Autre Balade. 
(Quiproquo.) 

DONT viens tu? — Six deniers, biau sire. 
— Que te coustent oeufs? — Du marchié, 
— Pour qui est ce ? — Dieux le vous mire * ! 2oSa 
Je suis sur ^ mon maistre logié. 
— Comment a nom? — J'en suis bien lié ^; 
Hz sont fors et de bonne vache 



I. La rime manque dans le manuscrit. — a. Cast grant péchiez, etc. — 
3. liez. 

a. Unie, simple. — b. Dieu vous le rende. — c. Chez. 



BALADES 293 

Mes soulers, Dieux m'a bien aidié ' ; 
Voulez vous achctter ma vache? 

— Ouil «; monstre ça, et quoy dire? 

' — Il m^en a par deux foys chass^ié 10 

De sa maison, il ne veult rire, 
Il a son gaignage laissié. 
Je n'en doy rien, j'ay bien paie 
Mes pourceauix, j'ay un buef a tache, 
Et s*est le grant buisson hayé ^; 1 5 

Vouiez vous achetter ma vache *? 

Adieu! je m'en voysces oefs frire; 

Je tien troiz chievres a moittié ; 

Nostre berger en a du pire ; 

A son maleur a chevauchié : 20 

Un chevau ly rompi ^ le pié 

L'autre jour, ma mère lî sache ^i 

Puis que vous n*avez point d'espié ^, 

Voulez vous achetter * ma vache? 

L^EKVOY 

•* Alez vous ent, c^est bien chié ! 25 

Boutez en vostre talemache ^ ; 
Vous estes trop * mal aniilié /. 

— Voulez vous achetter ma vache? 

I. aidiez. — 2. Ces deux ters sont intervertis dans le manuscrit. — 3. ly 
arompi. — 4. achetiez. — 5. Xroptnaaque, 

a. Oui. — b. Entouré d'une haie. — c. Tire. — d. Lance. — 
e. Bissac. — /. Arrangé. 



294 BALADES 



DCGLXXXVIII 



Balade. 
(Supplique au roi pour le paiement de ses gages.) 

Au roy supplie Eustace, vostre hussier, 
Que comme il ait dès Octobre quatre ans 
Que deux cens frans ly volsiés « octroyer, 
Quant vous fustes son hostel visitans, 
5 Sur generaulx ^, ou il a perdu temps, 

Par poursuir est sa bource trop nette ; 
S'a grant mestier que soyez commandans 20S h 
A Montagu qu'il * ly paye sa debte. 

Promis avez sur le moys de Février 
10 Que vous serez sa besongne ordonnans, 
Et le ferez sur vos coffres payer, 
Et par ma foy ly besoings y est grans, 
Car il ly faut faire certains despens • 
Pour ce qu'il fait faire une chappelete <^ 
1 5 En son hostel ; soyez donc ordonnans 
A Montagu qu'il ly paye sa» debte ; 

Et le faictes ordonner le premier 
Affin qu'il puist avoir ses deux cens frans, 
Ou il convient qu*il deviengne bergier 
20 Et qu'il * garde brebis aval les champs ; 

I. qui. 

a. Eûtes voulu. — b. Sur les généraux de finances. — c. Petite 
chapelle. 



BALADES 295 

Plus ne fera chançons, livre ne chans \ 
Ainsois joura de la turelurette « 
Et s'en yra dire, comme uns truans ^, 
A Montagu qu'il * ly paye sa debte. 

l'envoy 

Prince, pour Dieu, ne veillez oublier 2b 

Vo serviteur ; maiz a ^ voslre recepte 
Du moys prochain dites sans delaier 
A Montagu qu'il * ly paie sa debte. 



DCCLXXXIX 

Autre Balade. 
{Mauvaise vie finit mal.) 



COMPAiNs,compains, je sçay mieulx vostre estât 
Que je ne fiz a vostre partement. 
Laissié * m'avez pour aler au débat, 
Sanz revenir, car trop songneusement 
A coche ^ avez celle qui vous deffent 5 

, Le retourner, aussy fait le pillage 
Que vous amez trop amoureusement : 
Maiz.,a la fin vous convient laissier gaige. 

I. champs. — 2. qui. — 3. a manqua. — 4. laissiez. 

a. Instrument demu^ique. — 6. Mendiant. — c. £n garde. 



296 BALADES 

Fortune ainsy des compaignons s'esbat, 
10 Qui au délit de la char les comprent «, 

Puis les destruit. con la souriz le chat, 208c 

Car au derrain est prins qui autre prcnt; 
La maie vie a maie fin se ^ lent, 
Ainsy le tient TEscripture et le saige. 
i 5 Ce temps durra et non pas longuement, 
Maiz a la fin vous convient laissier gaige. 

A telz esches serez vous rendu mat, 
Sy chiel a point, de quoy say et comment; 
Car sur la fin se porteront de plat 
20 Vos besongnes et treschetivement. 
Avisez bien vostre gouvernement; 
Bon fait laissier en tous temps fol usage : 
Tenu l'avez trop anciennement, 
Maiz a la fin vous convient laissier gaige. 

1. se manque, 
a, Enâamme. 



BALADES 297 



DCCXC 



Balade. 
(Contre la Brie,) 

DE la clarté et chaleur du soulleil, 
Et du biau jour des euvres de Nature, 
Et des estoilles qui enluminent Yq^, 
De la forme du ciel et sa figure, 
Des ,xii. moys et de leur bien qui dure, 5 

Des quatre temps et de leur signorie, 
Puissent perdre la douce nourreture 
Les sautereaux « et les buissons de Brie. 

Des elemens niaient nul appareil, 

Douceur n'y soit fors que toute froidure, 10 

Et a tousjours soyent privez de conseil, 

Le faulx pays, lune n'y soit, obscure 

Tempest du ciel, toute malaventure 

Descende la tant que tout se foudrie: 

Car hair doit tout homme, et par droiture, 1 5 

Les Sautereaux et les buissons de Brye. 

Nul pays n'est a la Brie pareil, 

De faux chemin, de boe ^ ne d'ordure ; 

Voist i autres * <^, car plus aler n'y veil ; 

I. Voist il car. 

a. Les paysans de la Brie sont ainsi nommés parcequ'ils font 
lies fossés longs et profonds au bout de leur terrain pour ôter Thu- 
midité superflue, et ils ne peuvent les franchir qu*en sautant. — 
b. Boue. — c. Qu'un autre y aille. 



298 BALADiSS 

20 Qui preudons est n^y .ait plus dealer cure ; 208 d 
Vingnes n'y a, rivière ne pasture. 
On couche mal, cbascun se plaint et crye 
En maudissant tel terre qui endure 
Les sauteriaux et les buissons de Brye. 

l'bnvoy 

25 Prince, trop fort du pays me merveil : 
Cest uns desers plains de forcenerie; 
Car privez sont de vin blanc et vermeil 
Les sauteriaux et les buissons de firie. 



DCCXCI 

Autre Balade. 

[Demande de conseil contre une tavernière qui veut lui 
retenir ses chevaux.) 

SAUssET, amis, veullez moy conseillier : 
J'ay affaire contre une tavernière 
Qui mes chevaulx veult prendre et essiller ^. 

Plus ne me veult livrer ^ 

5 Par despit ma dit : « Est ce la manière 

De délivrer troys chevaux la sepmaine, 
Sans croix * avoir? Vuidez, allez arrière ; 
Vous n'arez plus de moy ne foing n'aveîne. » 

i. La fin du vers manque, 
a. Saisir. — b. Argent. 



BALADES 299 

Or ne puellent plus mes chevaux mangier, 
Grain ne voyent, si perdent la lumière, i o 

Et les veult on de moy faire estrangier « 
Pour leurs despens, s'en faiz dolente chiere, 
Car s'on les vent a cris ou a enchicre, 
A piet seray. Tel vente n'est pas saine. 
Trop bien m'a dit l'ostesse qui est fiere : 1 5 

« Vous n'arez plus de moy ne foyng n'aveine. » 

Et vous m'avez fait jusqu'à cy tailler * 
Le moys de Mars, a trop maie lodiere <^, 
Six solz pour jour, sans maille et sans denier. 
Pour ce convient que le commun requière : 20 
Faictes pour moy, a ma humble prière, 
D'apaisenter <^ celle qui mal me mayne, 
Car juré m'a par le sanc de bruiere : 
20g a € Vous n'arcz plus de moy nef oing n'aveyne 1. » 

l'envoy 

Sausset, pour Dieu, veilliez cy aviser, 2 5 

Ou mes chevaux aront la malestraine, 

Car aussy m'a juré le tavernier : 

« Vous n'arez plus de moy ne foing n aveyne 1.» 

1. navoyne. 

a. Eloigner. — b. Estimer. — c. Terme d'injure. — d. Apaiser. 



300 BALADES 



DCCXCII 



Balade. 
(iS^i7 est laid, il est gracieux.) 

CHASCUNs me dit : € Tu es lais garnemens, 
Gros visage as, tîi es noirs et hallez, 
Leffres « de con, grandes ^ pelles de dens ^, 
Uns gros yeux noirs, sourds tous herupez <^, 
5 Tu es devant comme sainct Pol pelez ^, 

Maiz tu scez bien faire le précieux. ^ 
Lor leur respon, comme resconfortez : 
« Se je suis laiz, si sui je gracieux. » 

Les grâces Dieu n'ont pas toutes les gens. 
10 Se Tun n*est biaux, s'est il bien acesmez ^; 

Qui saiges n'est, fors est et diligens ; 

Qui bon corps n'a, il est bien eniplez/; 

Qui est petiz, il est hardiz assez é', 

Et les grans sont aucunes foys doubteux ; 
1 5 Si ne me chaut quant vous vous ^ rigolez * : 

Se je sui lays, si sui je gracieux. 

Dieu restablist en ce monde aux vivens 
A un chascun ce dont il est troublez, 
Ne nulz ne puet acquérir tous les senz, 
20 N'en ce monde • ^ 

I. grans. — 2. vous manque. •— 3. Lajin du vers tnanque. 

a. Lèvres. — b. Expression encore populaire. — c. Hérissés. 
d. Chauve.— e. Paré.—/. Nippé? — g. Beaucoup.— /i. Moquez. 



BALADES 30I 

Vun. est hays, li autres est amez, 
Si me souffist d*estre non souffraiteux, 
J^ay assez corps et bons membres, savez : 
Se je sui lays, si sui je gracieux. 

l'envoy 

Prince, je sui tous les jours atrapez ; 25 

En vostre court me hach'on * les cheveux ; 
Maiz quant au fort *, soyez acertenez <^, 
2op b Se je sui lays, si sui je gracieux. 



DCCXCIII 



Antre Balade. 
[Sur les quatre mois d'hiver,) 

SI, comme on dit, chascuns sert ^ .un. moys 
Des serviteux ^ qui sont en ordonnance, 
Entre lesquelz en a quatre trop fraiz, 
Ou je ne sers nul temps a court de France, 
Car il m'ont trop refreidi dès m'enfance : 5 

Novembre y est, puis Décembre et Janvier, 
Février après qui tous reumes ^ avance : 
En ce froit temps ^ s'en fait bon estrangier. 

I. sert par. — 2. et remue. — 3. En ce temps froit. 

a. Coupe-t-on. — b. Au demeurant. — c. Assuré. — d. Serviteurs. 



302 BALADES 

Car adonc sont et gellées et noys <^, 
lo Pluyes et vens, en grant desordonnance ; 
Lors aux senglers ^ s'en va chassier li roys, 
Et * officiers qui sont sur la despence 
SoufHent leurs mains; chascun garre sa pence, 
Bâtent leurs corps pour eulx du froit vengier, 
i5 Page a cheval font nice * contenance. 

En ce froit temps s'en fait bon estrangier. 

Petiz pages pleurent de froit aux boys, 
Qui de tenir leur bride n'ont puissance; 
Quant au logis, Dieu scet comme il est froys, 
20 Et a dangier <^ se fait la délivrance 

De buscbe avoir ; en sale est on en trance, 
Deffulez sont servant et escuier : 
Qui ne veul lors a court dancer tel dance, 
En ce froit temps s^en fait bon estrangier. 

l'envoy 

25 Prince, qui a argent, gage ou créance, 
Ces •un. moys s'en traye l'en arrier, 
Ne voist a court pour oster sa grevance : 
En ce froit temps s'en fait bon estrangier. 

I. sengliers. — 2. Etmâtt^u«. 

a» Neige. — b. Pauvre — c. Peîne. 



BALADES 3o3 



DCCXCIV 



Autre Balade \ 
[Contre les généraux de finances,) 

LES troys offres que lirrent les .m. roys 
En Bethléem quant Jhesus Crist fu nez, 
Ne les offres des anciennes loys 
2ogcDts Sarrasins, desCrestiens, des Grés, 

Ne des Juifs ne sont pas comparez 5 

Aux offrandes des plus especiaulx 

Qui chascun jour sont ^ beniz et sacrez. 

Et qui sont il? — Se sont les generaulx ^. 

Il sont bénit de .n°. mille voys, 

Et chascun jour véritable appelez, lo 

Car ilz treuvent les gens .xmi, moys 

Avant que nulz puist estre débutez *. 

Qui vous donra jamaiz croix «-* n'en arez ; 

A poursuir faut vendre ses chevaux , 

Et par telz gens povres enfin serez : 1 5 

Et qui sont il ? — Ce sont les généraux. 

Pour ce leur faut offrir, car c'est bien droys; 

Sy leur offron la gravelle es costelz, 

La goûte es flanz et la crampe en leurs doys, 

'Cette balade est encore transcrite au folio 2 go du manuscrit. 

I. sont manque, 

, a. Généraux des finances. — b. Commencé d'être payé, — c. Ar- 
gent. 



304 BALADES 

20 Le mau sainct Leu, la fièvre d^autre lez, 
Tous les tourmens dont Dieux est aornez " 
Et puet garir la doleur et les maulx. 
Puissent estre destruis et tourmentez ! 
Et qui sont il? — Ce sont les generaulx. 



DCCXCV 

Balade. 
{Dialogue,) 

DONT viens tu? — De veoir m'amie. 
— Qu'i as tu fait? — Tout mon plesir. 

— L'aimes tu bien? — N'en doubtez mie. 

— Taime elle fort? — Jusqu'au mourir. 
5 — Que scez tu ? — Que veu Tay souffrir 

Tant comme on puet pour son amant 
De mal, d'anuy, de desplaisir. 

— Or soit il pendus qui en ment. 

— Ainsis soit il ; je ne mens mye. 
I o — Harou ! tu me faiz esbahir. 

— Pourquoy ? — Car pas n'ay d'ademie ^. 
Telle amour trop me fait d'air ^ : 

En lieu d'amer me veult hair 

Celle que j'aime loyaument; 20g i 

a. Garni. — b. Audience. ^ c. Colère, chagrin. 



BALADES 3o5 

D^elle ne puis a chief venir. 1 5 

*- Or soit il pendus qui en ment. 

— Pas ne mens, je te certiffie. 

— Dont ne ses tu pas bien servir ? 

— Sy faiz <*, maiz po en moy se fye; 
Tousjours dit que la viel ^ trahir, 20 
Et pour ce ne Tose envahir «. 

— Tu es folz, poursui hardiment. 

— Voyre, maiz autre en voy joir ! 

— Or soit il pendus qui en ment. 



Princes, qui n'ayme c'est folie, 25 

Maiz qu*il sache mentir souvent. 
On en vault mieulx acune fye ^ ; 
Or soit il pendus qui en ment. 

fl. Si, je le sais. — 6. Je la veux. — c. Attaquer. — .rf. Fois. 



T. IV 



3o6 BALAMS 



DCCXCVI 



Antre Balfide. 
{Plainte de ce que sa dame a toujours trois amis.) 

CHASCUNS se tient en amours honoré 
Quant s^amour a seulz sa dame et s'amie, 
Et quant il est d'elle tout seul amé ; 
Dont sui je bien, car chascuns certifie 
5 Qu'en un seul lieu n'ayme pas ma partie 

Tant seulement, ainçois * est ses envis ^ 
D'amour si grant, dont Amour regracie, 
Que madame a en tous temps .m. amis. 

S*ai grant joye quant je sui assené 
io A sy doulz cuer et qui tant s'umilie 
Que banneret seray double clamé ^ : 
Deux compaignons ay en ma compaignie; 
Bien faire a .iir. est plus grant courtoisie 
Qu'a un tout seul : de la vient paradiz ; 
1 5 Cest charité, dont un châscun s'escrie 
Que ma dame a en tous temps .m. amis. 

Tout vient de lui et de sa voulenté, 
De jour en jour son amour multiplie ; 
Elle ameroit une communauté. 210 a 

20 Tant a doulz cuer qu'il n'est nul, si la prie, 



a. SamiÈt ait jeu. — ^* Je serai nommé banneret double, «'esi-à- 
dire ayant deux compagnons sous moi. 



Qui n'ait s'amour ne qu'elle en escondie «. 
En ce commun me sui boutez et mis. 
Or prain congié, plus oe veul cestc vie, 
Que ma dame a en tous temps .m. amis. 



DCCXCVII 



Baladd. 



{Il se plaint qu'on lui ait retranchéses gages à son 
retour (T Allemagne*) 



DIEUX soit louez de tous biens qu'il m'envoye 
Et du retour du piiiz d'AIiemaigne, 
Car au partir le flux du ventre avoyei» 
Or ne Taray des mois ne des sepmaine ; 
Qu'entre les geas mon seigneur de Touraine 5 
N'a homme nul qui ait esté restraint ^, 
Fors Eustacequi de ce se complaint, 
A qui oa a .xx. jours serré le ventre 
Sana croix. ^ avoir ; pour ce doubte et se craint ' 
Qu'il ne puisse jamaiz aler a chambre ^. lo 

Car sy serrer tant de jour li anoye <^, 
' ' Considéré son labour et sa paine 

Et qu'a li seul on restraint ïa monnoye 

I. et se complaint. 

a. Refuse. ^ h. Retranché de se» gages.— c* Argent.— .</.- Au 
privé.— e. L'ennuie 



3o8 BALADES 

Et tous autres ont eu leur paye playne , 

1 5 Malice y a ou hayne certaine, 

Maistres d^ostel Tont durement empaint ^, 
Chambre aux deniers a sa garison faint 
Quant rayé l'ont ceulx tout le moys d'Octembre *, 
Dont paour a se son mal ne restraint, 

20 Qu^il ne puisse jamaiz ater a chambre. 

Telz «edklns ne me font point de joye» 
Car leur cure ne m^est bonne ne sayne, 
Maiz bien veulent que chascun sache et voye 
QuMl* peulent tout : toute ordonnance est vayne 

25 Sy ne leur plaîst, j'^en ay la droicte ensaigne, 
Cognoissance, Dieux, par pité ran^aine, 
Car sanz lui voy destruire mainte et maint 
Qui ont franc cuer, de pluseurs m'en remembre. 
Qui ce m'a lait soit sy du ventre estraint 210 b 

3o Que jamaiz jour ne puisse aler a chambre, 

l'envoy 

Prince, Eustace est sy restrains de vo voye 
Que mestier n'a d'avoir laxatif d'ambre: 
Vo grâce quiert sanz ce c'on U pouryoye 
Qu'il ne puisse jamaiz aler a chambre, 

I octobre. — 2. Qui. 
a. Repoussé. 



BALADES 3o9 



Dccxcvni 



Autre Balade. 
{R£tgrets d'être forcé de s' embarquer.) 

ADIEU vous dy, boys, rivières et pars, 
Déduit de chiens, d^oysiaux et de voler, 
Adieu connins, perdris et fresches chars, 
Adieu froîs vins, dames c^on doit loer, 
Adieu la terre ou l'en puet reposer, 5 

Douce eaue aussy, adieu ! Trop me fait mal 
Quant je vous laiz pour aprendre a humer; 
Desor me fàult boire a un vermical *. 

Adieu molz liz, adieu piteux regars, 

Adieu pain frès que Pen souloit trouver; lo 

11 me convient porter honeur aux lars, 

Aux commutres ^ qui ne font que sifHer ; 

Il me convient aux et becuit riffler <?, 

Et chevauchîer un périlleux cheval ; 

Voirre ^ n'aray ne tasse, et pour trinquer 1 5 

Desor me faut boire a un vermical. 

Maiz qui pis est, j*orray de toutes pars 

En ces vaissiaux bruire la haute mer, 

Frapper ces vens et escrier ces gars, 

L'un mettre a bort, Pautre desgosiller «, 20 

L'un dessus l'autre et venir et aler, 



a. Mot inconnu. — b. Comités. — c. Avaler de l'ail et du bis- 
cuit. — d. Verre. — e. Avoir le mal de mer. 



'3lO BALADES 

Et «oy bouter en soulte u fons « aval 
Pour le tempest : c^est au désespérer ! 
Desor me fault boire a un vermical. 

l'envoy 

25 Princes, veillez aux fourriers commander 
Qu'il me logent ou palays princippal, 
C'est en pouppe, car pour moycondempner 210 c 
Desor me fault boire a un vermical. 



DCCXCIX 



Balade *. 
(Sur la mort de la fille de Jehan de Montaigu,) 



PLOUREZ, plourez, Robinet le tirant ! ; . 
Plourez, Regnault d'EogftoaeiS et,.Si«Ppy • 
D'Estouteville s'en voit * Jehannet plourant, 
De Nantoillet, Languillette et aussy 
Ploure, Huguenin, que Dieux face mercy 
Celle qui vint de ru'ii de vostre sorte I 
Savez qui c'est ? Démenez plour et cry : 
C'est la fille Montagu qui est morte. 

• Publiée par Tarbé, tome I, page iij. 
a. Dans le fond. — b. S'en aille. 



BALADES 3iX 

Hela$ ! oncques ne fu plus bel enfant, 

Car de Juno la dieuesse nasqui, lo 

Et Jupiter la fist a son semblant, 

Qui tant avoit le viaire poly 

Et en tous cas sembloit si bien a ly 

Que pour sa mort chascun se desconforte. 

Reconfortez le père, je vous pry : 1 5 

C'est la ^ie Montagu qui est morte. 

Car je say bien qu'il * sera trop dolant : 

Sy n^avoit elle encor an que demy ; 

La déesse menrra le dueil trop grant ; 

Pour leur amour fai^l-obseque a par my ^ ; 20 

Chascuns de vous qui estes sy amy, 

Vestez vous noir : maiz c'on le reconforte; 

Louvecienne avoit Tenfant nourry ; 

C'est la fille Montagu qui est morte. 

l'envoy 

Princes, cellui qui ma maison vendy 25 

Veille aider Dieux ! autre enfant ly rapporte, 
Et si vous platst sçavoir quoy et de qui ; . 
C'*est la fille Montagu qui est morte. 

i.Qui. 

d» A part, en particulfef . 



3 1 2 BALADES 



DCCC 



Antre Balade *. 
{Des turbulents de la cour,) 

CARTULAT et Robinet, 
Henry de Poches, Gauchy, 
Gombauty Claux et Guedonnet, 210 d 

Et le bastart de-Coucy, 
5 Avec eulz messire Guy, 

Sont de ceux qui a toute heure 
Rifflent, rataschent ^ aussy : 
Au vin queurent xoudiz seure K 

Boniface o eulx se met, 
10 Et le bastart du Ploy, 

Jehan de Queux et Jehan Maillet, 

Saint Goubain, Jehan de Bucy, 

Il n'ont pité ne mcrcy 

Dî viande a leur desseure <^ : 
1 5 Chascun boit bien en droit li, 

Au vin queurent toudiz seure, 

Pour ce est folz qui leur mefifet; 
Tost ont un homme esbahy 
Et donné coiffe ou buffet ^. 
20 C'est des gens je ne say qui, 

• Publiée par Tarbé, tome /, page ig6» 

a. Arrachent. — b. Ils donnent assaut au vin. ~ c* Ayan- 
tage. •— d. Jeu de mots : coiffe, calotte ; buffet , coup de poing. , 



BALADES 3 1 3 

Qui ont en maint lieu rendi ^. 
Ne leur chaut qui chante ou pleure, 
Maiz qu^ii soient bien joly : 
Au vin queurent toudiz seure. 

LENVOY 

Prince, t06t ont feît marry 25 

Aucun, se Dieux me sequeure ; 
Maiz quant il sont a Yvry, ^ ^ 
Au vin queurent toudiz seure. ^ } 



DCCCI 



Antre Balade. 



[Demande d'une houppelande pour la guerre 
de Flandres. ) 



Puisqu'il me faut aler au guet de nuit 
Et des Gantoys atendre la bataille, 
Armez entier, est bien ^ droîz qu'il m'enuit * 
Emmy les champs ou il faut que je saille 
Avec le roy, sanz mantel et sanz paille S 5 

La lance ou poing, la visière levée, 

I. bien manque. 

a. Erré. — =• b. Il est bien naturel que cela lA'ennuie. —• c. Cou- 
verture. 



3 14 BALADES 

Au froit, au vent, a la pluye qui taille, 
211 a Pour Dieu me soit houppelande donnée. 

Car ce n est pas en yver grant déduit 
10 D'ainsi dancer ne d^y prendre la caille ^ ; 

Lances, panons ^ et banieres font bruit, 

Et j^ay toudiz paour que gens ne saille 

Qui par devant ou par derrier ^ m'assaille; 

Mon bassinet < m'a It teste afolée ^ 
1 5 Par trop cheoir, par mauvaise pieraille ^ : 

Pour Dieu me soit houppelande donnée. 

Des estoilles veoir chascun se duit, 
Du point du jour font maint la devinaille/, 
Et la pluie les escoutes ^ conduit; 
20 La ne baill'on ne pain ne vin en taille K 

L'un couche bas, Tauire est droit, Tautre baille; 
La pourroit on veoir mainte fumée, 

Mon ventre bruit, destre * ay rentraille : 

Pour Dieu me soit houppelande donnée. 



25 Je muir de froit 'et n*ay chose qui vaille 

Pour moy couvrir au guet de vostre armée ; 
J'aray toudiz assez pain et vitaille : 
Pour Dieu me soit houppelande donnée. 

I. par derrière. ~ 2. Le mot eft inachevé. -— 3. 4e froit manque, 

a. Croquer le marmot.— *. Pennons.— c. Casque.*^ d. Blessée 
meurtrie. — c. Par les mauvais chemins. — /. Conjecture. — 
g. Sentinelles. -^ h» Distribution. 



BiU^ADES 3l^ 



DCGCII 



Balade. 
{Anathèmes.) 

Poux, puces, lantes et vermine. 
Bosses, clos, roignes, trancboisoas \ 
Sausse, flamme, la toux, la tigne, 
Grateile, broches «, raenoisons, 
Amorroydes, aguillons ^ 5 

Contenue ^ et fièvre quartayne, 
Le mal ou vît et es couillons 
Vous doint Dieux et senglante estrainc. 

Jamaiz la foire ne vous fine, 
Le mal es dos, mule es talons, lo 

La goûte es fians sanz medicine, 
211 b Maie poincture d'esperons. 
De couleuvres, d'escorpions, 
Aussiz la passion soudaine, 
Le sanglout <^ en toute saisons 1 5 

Vous doint Dieux et senglante estraine. 

Ventre enflé, mal en la poitrine, 
Rouge visage a gros boutons, 
• ' Et le mal dont la teste cline, 

Que paralesie appelions, 20 

1 . roigoes et tranchoisons. 

a. Autre nom des hémorroïdes. — b. Epreintes. — c. Fièvre 
continue. — d. Le hoquet. 



îlé ÉALÂÛfeS 

Equinancic * lî goîtrons *, 

Maladie de fix ^ pronchairie 

Vous soit, et se pîz ne pouons, 

Vous doint Dieux et senglante estraine *. 

L^BHVOY 

25 Enfans, ainsis nous revanchons 

De voz maulz qui * trop nous font payne, 
Et pour ce tousjours vous disons ^ : 
Vous dornt Dieux la senglante estraine. 



DCCCni 



Antre Balade. 
(Malédictions contre ses ennemis qui sont à labour.) 

HUGUES d'Ars, Carences, Rossoy, 
Prunelé et vous, Florigai, 
Par vous cinq trop de maulz reçoy, 
Par Poitiers et par Savoisy, 
5 Par Huet d'Angennes * aussy ; 

A vous ne puis durer en place. 
Dès maintenant tous vous reny : 
Maudy soyez de par Eustace. 

I. Vous doint, etc. — 2. qui manque. — 3. disons manque. — 4. Prunele. 
-> 5. Dangenne. 

a. Mal de gorge. — b. Le gosier. — c. Ulcères. 



BALADEE 3j7 

L'un fiert, l'autre moque de moy, . 

En disant : f De savetier fy 1 » lo 

L'autre ne me laisse par foy . 

Boire ne mengier delç^ lui : ' 

Cent foyz sui le jour assailly 

Tant que je ne say que je face, 

Bastu, defulé ^ et iaidi : 1 5 

Maudi soyez de par Euslace. 

211 c Avoir ne puis ne droit ne loy ; . 
A chartiers * m^^nvoient.^ussji. 
Tous ensemble et chascun par soy 
M'avez maint mal fait ; or vous pry 20 

Que jusques a la Saint Rémi 
Chascun bon sauf conduit me face, 
Si non par desconfort vous dy : 
Maudy soyez de par JEqstace. 

l'envoy 

Princes, gens plus mauvaiz ne vy 25 

De ceulz qui ne m'ont pas en grâce. 
Pour ce leur offre et ce leur di : 
Maudiz soiez de par Eustace. 

a, Dévêlu. — b. Geôliers. 



3)8 



BALADES 



DCCCIV 



Balade. 
( Injures à une femme.) 

GROSSE de corps, ronde comme une pomme. 
Yeux de corbaut, noire comme une choe «, 
Hure * de leu, dens de serpent vous nomme. 
De cahuant <^ avez trop bien la moe ^,* 
5 Quant vous marchez, vous faictes une roe 

Dont l'en vous sieut au flair « comme un sengler. 
A droit jugier quidroictement vous loç, 
Faicte fustes pour enfans estrangler. 

Lucifer fu vo père et non pas homme, 
10 Et Brohadas/ vous conçupt en la boe ; 

Royne d*eafcr, c'est ce qui vous renomme ; 

L'en coucheroit en vostre gueule une oe e ; 

Vous n'avez \ doit qui ne semble la poe 

D'un oliphant, vo resgart fait trembler, 
1 5 Tout le pays de vous veoir s'esbloe * : 

Faicte fustes pour enfans estrangler. 

Plus laide n'a de vous de cy a Rome ; 
Comme un torel ^ avez chascune joeJ, 
Vous ronflez fort comme vous avez somme, 
20 L'en vous oit bien jusques a la Danoe *, 211 d 

I, VousmaTe?. 

tf. Chouette. — b. Visage. -> c. Chat-huant. — d. Moue. -** e. 
Odeur.—/. Nom de démon.— g. Oie.— A. A la berlue.** L Tau- 
reau. — j. Joue. — k, Danube. 



BALADES 3 19 

Vos tettes sont comme soufflés c^on cloe ^, 
Troys chers * vous faut pour vostre corps branler, 
Vous pesez plus que pressouer ^ n^escroe ^ 
Faicte fustes pour enfans estrangler. 



DCCCV 



Balade. 
(// s'excuse de ne savoir chasser.) 

POUR Dieu, se je ne voiz voler 
Ou chassier, si con je souloye, 
Au roy m'en veillez excuser, 
Car rien faire a droit ne saroye ; 
Se je voys près tantost a voye 5 

Aux fauconniers, je sui cocart, 
L'en mescrie : « Arrier, deable ait part î 
Tirez arrier de celle place, 
Fait faillir avez un malart ^. * 
Mauvaiz y fait, ce * dit Eustace. 10 

S'on treuve grue, il faut aler 

Deux ou troiz seulz prendre leur voye. 

Les autres bien en sus ^ troter, 

Et eulx catir/c'on ne les voye, 

Et s'aucuns a getter r s'avoye i5 

I. pressoir nescroe. — 2. Se. 

a. Soufflets qu'on doue. — b. Chars. — c. Vis de pressoir* — d. 
Vous m'flvez (ait manquer un oiseau. — e. Par de là.-7/. Se tapir. 
*^ g. Jeter ua oiseau de proie. 



320 BAXÂDES 

Les faucons, et la grjiie part, 
Sanz estre prinse : « A la maie hart ^, 
Dit on, que ciiz pendre se face! » 
La est on tansez tost et tart : 
20 Mauvaiz y fait, ce dist Eustace. 

Au hairon se faut tourmenter, 

Et chascun si crier c'on Toye, 

Courir après sanz séjourner, 

Et tousjours braire : <c Hoye ! hoye ! • 
25 De courre aux chien? n'ay nuJle joye^ 

D'estre au title * est nommez musart; 

Se ces chiens a droit ne départ, 

Des veneurs a mauvaise grâce; 

On le claime en disant : « Bernart ^! » 
3o Mauvaiz y fait, ce dist Eustace. 

l'envoy 

Prince, mieulx vauldroit, simple et coye^ 212 a 
Ûame en chambre ou Ten se soulace 
Que tel riot <*, mieulx l'ameroye : 
Mauvaiz y fait, ce dit Eustace. 



a. Corde. — b. Lieu d'embuscade, titre. — c« Imb^le, nigaud. 
— d. Tumulte. 



BALADES 32 1 



DCCCVI 



Autre Balade. 
(Imprécations contre mattre MahieM.y 

Dû mal saint Fremin d* Amiens, 
Du saint Fiacre et du saint Quentin, 
De la rage qui prent les chiens, 
Du mau saint Leu, de Pesvertin ^, 
Du saint Josse et saint Matelin, 5 

Et d'estre comme folz tondus, 
Et de tous maulx, soir et matin, 
Soit maistre Mahieu confondus! 

Dettraiz ^ comme saint Soubastiehs 

Soit de sayettes en la fin, lo 

Et mis en ceps ' <^ et en liens 

Con hors du senz, en haut chemin ^ 

Soit encroez * ^ pour larressin. 

Et pour môurdre/ au derrain ê^ pendus 

Par crain a queue de roussin; i5 

Soit maistre Mahieu confondus! 

De son corps ne demeure riens 

Que les corbeaux et leur poussin 

Ne deveurent, impaciens 

Soit et a tous vices enclin, 20 



I. emmiers. — 2. encrez* 

0. Transport au cerveau, accès de folie. — b. Tiré. — c. Aux 
fcr8.-.<<. Grand chemin.— e. Accroché.— /. Meurtre.— ^. A la fin. 

T. IV 21 



322 BALADES 

Car trop fait aux gens 4e hutin ^ 
Par les taschestes * qu'il mît sus ; 
De mau buvrage et de venin 
Soit maistre Mahîeu confondus! 

l'envoy 

25 Racaille, du mau saint Martin» 

Et de tous maulx de plus en plus, 
Des broches ^ <^ et de maufretin ^, 
Soit maistre Mahieu confondusl 



DGCGVII 



Balade. 
{Il faut jurer par Vdme de son père,) 

TROP me merveille et mecomplains 
De ce que l'en jure et regnie 
Dieu et sa mère et tous les sains, 2i2 b 

Chascun jour, c*est grant diablerie. 
Si chetif n'y a qui ne die : 
c Je renie Dieu et sa mère » 
Pour nyant; laissons ceste vie : 
Bon fait jurer Tame son père. 

I . A broignes. 

tf . Q.uerelle.-> 6. Corvées? — c. Hémorroïdes;—^. Mot inconna. 



Malades 323 

Depluseurs enfans est tost plains 

Li rkhes pères qui desvye; lo 

Maiz que ses fiiz soit d'avoir plains, 

Plus ne jure ne ne maugrîe 

Les sains ; de jurer se chastie 

Quant il voit que sa chose est clere ; 

Lors dist : « Douce vierge Marie! i5 

Bon fait jurer Tame son père ^ » 

Or est au jour d^ui d'enfans mains 

Qui ce jurer ne peuent mie ; 

Si jurent, dont je les reprains, 

Dieu, tous ses-saiiM, laletanie, 20 

Tout son pouoir, sa signourie, 

Despitent parent, seur * et frère ; 

Nulz d'eulz ne voy qui ne s'escrîe : 

« Bon fait jurer Tame son père. » 



Princes, les enfans ont envye 2 5 

De laissier 3. celle voye amere ; 
De jurer Dieu c'est grant folie : 
Bon fait jurer Tame son père, 

1. Bon fait etc. •— 2. sereor. — 3. laissie. 



324 BAI.4QI8 



DCCCVIII 



Autre Balftde. 
(Requête pour maître Jehan Tastevin.} * 

Au roy supplie pour Dieu et en pitié. 
Au duc d'Anjou, a Bourgogne, a Bourbon, 
Uns petiz nains, garniz de povreté, 
Que vous ayez mémoire de son nom ; 

5 

Servi vous a longuement, 
En Languedoc, armé soufBsamment, 
Il a aidé mettre vo guerre a fin, 
Prez de Bordeaux et ailleurs bien souvent. 212 c 
10 On rappelle maistre Jehan Tastevin. 

A Bergerart a en armes esté, 

Devant Duras, a Basac la saison ^, 

A Saint Macaire ou fin cuer de Testé, 

A Bourdilles, a Condac, ce scet on, 
i5 A Montsegur, a Lango environ, 
Ou il perdi grandement, 

Marteau, son chien, et sa maleensement; 

Trop a souffert par delà de hustin *, 

Tant que son fait va moult petitement : 
20 On l'appelle maistre Jehan Tastevin ^. 

Qu'il vous plaise, seignepr trcsredoubté * , 

I. Onlappelle etc. — 2. tresdoubte. 

a. Un temps. — b. Peine, tourment. . j 



BAtADËS 32b 

Avoir pilé du povre valeton «, 

Qui a présent est trop desconforté, 

Car en Quersin tt'a tache ne mouton 

Que lesÂngloys n^ayent prins sans ranson, 25 

Lui donner présentement, 
Pour vous servir jdut honorablement , 
Or ou argent, armures ou roussin, 
Ou vo plahir, pour vivre honne&temeot ; 
On l'appelle maistre Jehan Tastevin. 3o 



DCCCIX 



Balade. 
[Plainte d'être à Ici cour toujours servi d' oubli.) 

ON sert a court de ^ rant plenté de mez, 
A plUseurs gens qui y sont officiers, 
De grosse chars, de rose et de brooez, 
De lappereanx, de conninss de plouvter&, 
De gras chappons^ de perdriz, de danttiers ^ ; 5 
Mai^^^plua un mez ay que maint n*y ont mie, 
Sanz ypocras, car sur les derr^iiers 
Je suisr a court tousjours serviz d'oublié. 

Et la ne puis, ne de loing ne de prez, 

Estre âervis, Ti^avoir cum les premiers lo 

Potage ou rost, pour ce faiz mes regrès 

a. Petit valet. — b. Daintiers deièiT. 



326 9AM^(^ 

En moy pIaigoan( a vous des cuisioierçi, 
Maiz je me lo a tous des pannetiers 212 d 

Qui ont sur moy prins tel merençolie 
1 5 Qu^en trestous cas et plus qu^il n^est niestiers 
Je suis a court tousjour^ $ervi% d'Qublie. 

Cest un mengier qui ne vault q'un pou frez ^ 
Et qui n^est pas aq^i malades trop chiers, 
Et quant il pleut, il est tanto&t deffaiz. 
20 Oncques ancor n'en mengay volentiers; 

Pourquoy doncques m*est de servir routiers * 
Chascun a court de tel mes ? C'est folye. ! 
S'on donne riens, vray est cum li sautiert ^, 
Je suis a court tousjours serviz d'oublié ^ 

l'envoy 

25 Maistres d'ostel, parlez aux escuiers 
En commandant qu'aye de la boulye ; 
Recommandez mon fait aux aumosniers; 
Je suis a court tousjours serviz d'oublié. 

1 . Je suis a court etc. 

a. Qui n'est bon que frais. — b, Coutumier. — c. Psautier. 



biiUADES 327 



DCCCX 



Aatr9 Balade. 
{SîiT Renaut d^Angennes.) 



DB tous les culz lays et maugracieux, 
Brodez de bran et noirs comme arremens <», 
Taschez dehors, puans et plains de ncux ^ 
A brinbaudes <^ et cloquettes ^ sonnans, 

Est li culz Regnauit d'Engennes 5 

Uns droiz mares pour bourbeter ^ les cannes. 
Ou tout fiens et toute ordure habonde : 
Je croy qu'il n'a nul plus ort cul ou monde. 

Car velus est, enfondus/et rongneux; 

C^est grant orreur de regarder dedens, 10 

A Tenviron est de crotes breneux, 

Maiz de saveur r est trop mal odorans. 

Car toute la mer de Gennes, 
Pour le laver et ramonner de pennes *, 
Ne feroient que il fust net et monde : 1 5 

Je croy qu^il n'a nul plus o;:t cul ou monde. 

Li creux d'enfer n'est mie plus hideux ; 
De le veir seroit on hors du sens, 
2i3a Car paintre n'est tant merencolieux S 



a. Encre. — b. Nœuds. ^ c. Gringuenaudes. — d. Clochettes, 
sonnettes. — e, Barbotter. — /. Humide^ mouillé. — g. Odeur. — 
h. Ramonner avec des plumeaux — - >*. Imaginatif. 



328 »ALàt>ES 

20 Qui le painsisf « : mais de la ist telz vens ^ 
Que pour mivrîr deux lucannez ^ 
Dire puet l'en : tousjours vessez ou brannez ; 
Trésors poitras ^, K vraîx Dîca te confonde : 
Je croy qu'il n^A nul plus ort cUl du monde. 



DCCCXI 

Balade. 



(// n'ose plus aller au bois ; à propos de quelque 
ordonnance ^ur la coiffure.) 

HBLÀs I je n'ose aler au boiz, • 
Pour ce qtte je sui trop pelez, 
Et de certain say se je y voiz 
Que je serai de tous poins rez, 
5 Et lors seray plus diffamez 

Que n'est homs sanz barbe ou menton ; 
Jusqu'à deux ans seray huvez «, 
Snnz defubier / mon chapperon . 

li me convendpa estre coys 
10 Et honteux comme est uns brûlez^ 

Car leS'Chevéux que je congnoiz 
' Seront dessus mon chief oistez ; 
Ainsi j^eray déshonorez.- 
Las! dolent! Pourquoy ce fait on ? 



,a Pdlgulu ^ •^. MMis de-là «oEt tel veut. -^ c. Lucarne^. 
d. Très sale derrière. — e. Couvert d'une calotte. — /. Oter. 



BALADES 329 

raj plus chier estre rençonnez ^ 1 5 

Saaz defubl^ mon chapperon. 

Et se r^n venlx dire : « Ta doiz 

Estre de ce fait confortez, 

Car ainsi Tordonne li roys, » 

Tant sui je plus desconfortez ; 20 

Car se nulz en est depportez ^, 

Estre l'en doy : j'offre rançon ^ 

Ou je suis perdus et gastez, 

Sanz defubler mon chapperon. 



DCCCXII 



Autre Balade. 
(Contre le froid pays de Flandres) 

SUR ^ tous paiz et toutes nacions 
Orguilleuses que Ten doit moins cremir^ 
Qui n'ont vivres, fruis, terres ne moissons, 
2i3b Fors marchander quant on leur veult souffrir, 
Et qui veulent en commun signourir, 5 

Est le froit paiz de Flandres 
Dont le peuple est mouvent ^, rebelle et tendre ^, 
Et se fient en leurs fossés des champs, 

I. Pur. 

a. Misa rançon. — b. Dispensé. — c. Rachat. — d. Remuant. 
— e Faible. 



33o BALADES 

Pour ce leur faut la droite guerre aprendre : 
lo Lances, courez, ferez sur ces Flamens. 

Car trop ont fait de grans rebellions 
A leurs signeurs, dignes sont de morir. 
Et font encor, et par leurs mocions ^ 
Autres peuples se veulent estournair ^ ; 

1 5 Or n*y a plus fors de les envair, 
Et a bataille descendre : 
Vous trouverez leurs cuers plus molz que cendre 
A l'assembler soit ^ de Bruges ou Gan. 
Boutez en euiz, faictes ces villains rendre : 

20 Lances, courez, ferez sur ces Flamens. 

Il ont pourpoins, goudendars et picons ^j 
Et ventrières, cop ne puellent ^ tenir ; 
Brouetes ont, charios et canons : 
D'autre chose ne scevent escremir *. 

25 S'a eulx joingnez, vous les verrez fuir, 
Sanz vouloir Tun l'autre atendre. 
Faictes leur lors de vos haches descendre 
Et emploier grans cops par ces Normans, 
Et vous autres qui y pouez * entendre : 

3o Lances, courez, ferez sur ces Flamens. 

l'envot 

Prince, aux Frânçoiz, Picards et Bourguignons, 
Bar, Bourbontioiz et Bretons bretonnans, 
Devez prier et a tous vos barons : 
Laitces, courez, ferez sur ces Flamens. 

I. soient. ~ 2. que y pourriez. . ^ . 

a. Émeutes. — b. Soulever, révolter — c. Armes. — d. Peuvent. 
— «^Coaabauro. , , 



94V4DES iii 



DCCCXIII 



ÂvtrV'BaM»^. 
{Sur sa nature mélancolique,) 

JE doy estre chancelliers des Fumeux «, 
Et en l'office a " tousjours demourer, 
2x3 c Carde l'ordre maintenir sui songneux, 
Si c'on ne puet ma personne trouver 
En un estât» aios me voit on muer 5 

Soudainement moa sçavoir en folye, 
Estre dolens, puis * faire chère lye. 
Ainsi me fait fumée, par ma foy. 
Muser souvent et si ne say pourquoy. 

De nature sui moreiKolieux» lo 

Colérique, voir, me pwet Ten trouver; 

Si sui enclins a estre merveilleux ^ 

Naturelment, donc doi je retouroer 

A ma nature, sans moy desnaturer 

Et estre plains de grant merencolie ; 1 5 

Car résister n^est pas de ma partie, 

Ains me defuit <?; ce me fait, en resquoy, 

Muser souvent et si ne say pourquoy. 

* 
Donc je conclus, sV>n me voît pou joyeux. 

Que je m'en puis par nature excuser, 20 

I. a manque. ~ a. E^tre dolens et puis 

a Le chef des gens fantasques.-^ ^. Étonné, ébabli*^ c^ La ré** 
sistance me fuit. 



332 BALADBS 

Car je ne suis pas si ingénieux 
Que je sache contre nature tiler. 
Fumeux seray, riens n'y vault le parler, 
Fumeusement ttitnraj fumeuse rie, 
25 Demourer doy en ma chancellerie, 

Qu'a tousjours mais me verre* en ce ploy ^ 
Muser souvent et si ne say pourquoy. 



DCCCXIV 

Balade. 
( Sur la tristesse de sa vie.) 

JB hé ^ mes jours et ma vie dolente, 
Et si maudy Teuffi que je fu nez. 
Et a la mort humblement me présente 
Pour les tourmçn^doat je stti,fortunez <^. 
5 Je hé ma concepcion 

Et si maudy la constellacion 

Ou Fortune me fi^naisrr<e preimers, ' ■ 

Quant j« ine voy de tous maulr parsôiinïw» <*. 

Car povreté chascun jour me tourmepte, 
10 Par son fait sut bay^ et diffamez, 2i3d 

Chascuns me fuit, ne nulz ne <me pdrenve^ ^ 
Les riches voy trop bien emparente* *; 

pant. — e. Ne me traite en parent. ■' *'" 



BALADER 333 

Ceulz oat indignacio|i . 
De moy veoirdequi creacioo ^ 
Je suis estraizi si sui plus l?as que biers ^ iS 
Quant je me voyde tou$ ^^ulz.pursQnniers. 

Helas ! il n^est aul, ta^t sage sesenu» 
Se riches n'eis^t qui, js^ soit J^Qoore?^.; . 
Maiz s'un homme a trois cens livres de rente, 
Tant soit cocart <^, chascuns sera parez 20 

En dissimulacion 
De ii faire grans inclinacion. 
Or sui povres, je vy a grans dengiers ^ 
Quant je me voy de tous mauix parsonniers. 



DCCCXV 

Antre Balade. 
(// faut se hâter.) 

L\uTRiBR, pensiz et merencolieux, 
Alay jouer a la place amoureuse ; 
Si regarday en un lieu ténébreux 
Déduit/ jouant a dame papureuse, 

Pour ce que près fu Délit, 5 

Qui en passant la plaice les seurvit 
Avec, Paouft qui leur est aie dire : . 

«..F^miUfi. r- *, Berceau, — e. Niais. — cL, Peine. — /. Déduit 
d'amour. . . 



SS4 BALADBS 

Délivrez vous <», car le temps le désire. 

Maiz pour ce dire qui tant estoit doubteu:3t, 
10 Ne pot Déduit teisrier ta gracieuse, 

Ainçoiz toudiz, comme vrays amoureux, 

La poursivoit en la vie joyeuse, 
Tant que Pàour qm bien vit 

Qu'oy n'ont pas ce qu'il leur avoît dit 
i5 Leur escria : t Se vous doubtez mesdire, 

Délivrez vous, car H temps le desîre. 

Et lors Déduit qui un pou fu honteux, 
Quant il perçut que la chose yert doubttfuse 
Pour mesdisans qui tant sont envieux, 
20 Fina ses jeux de la' dame piteuse 214 a 

Qui de paour toute frit ^, 
Jusques ad ce que d'elle congîé prit ; 
Elle respont : a Alez a Dieu, beau sire ; 
Délivrez vous, car li temps le désire. » 

a, Dépéchez-voufr. -^ ^. Frissonne. 



BAUIOBS 335 



DCCCXVr 

Balade. 
{Demande d'un camail.) 

EXCELLANT pHnce, a Jaquemio de Mende 
Fait Eustace devant vous demander 
Un bon camail dont il lui fait demande. 
Qu'il lui proniist ; or veullez demander^ 

S'il le confesse a devoir, 5 

Qu'il le paie, si fera son devoir; 
Et s'il le nie, Eustace prouvera : 
Pou vault (iromesse qui ne Tacomplira. 

Et s'il est telz que dd^ce se de&nde 

Et qu'il faille sur ce procès fonder, lo 

Pour les despens conclurra qu'il les rende 

Et que tenus il soit a le amender ; 

Car pour lé camail avoir 
Yra vers vous, ce vous fait assavoir. 
Ledit Eustace, qui toudiz maintendra : 1 5 

Pou vault promesse qui ne l'accomplira. 

Ledit Eustace a vous se recommande, 
Redoubtez sires : vous le devez garder, 
Car cuer et corps est a vostre commande, 
Com vo subget, tout li pouez mander ; 20 

Pour faire vostre vouloir 
Est tousjours prest de corps et de pouoir ; 



336 BALAUBS 

Mai z se payez n est» en tous lieux dira : 
25 Pou vault promesse qui ne Tacomplira. 



DCCCXVII 

Autre Balade. 
{Sur le mariage de Jean Séjourné,) 

JEHAN Séjourné est bien mis au séjour, 
Ne besoing.n'a plus de lui travailler, 
Mariage doit faair et resour <<; 
Qu'il y entra trop m'en puis merveillier, 
5 Car il le fault en engoisse veiller 214 b 

Et labourer et de jour et de nuit : 
Senz lui maudire a assez qui li nuit. 

Car il a mis sa leesce en tristour, 
Et sa franchise convient humilier, 
10 Sa joye en dueil et son déduit en plour, 
Et sa force convient amolier ; 
Mauvaiz se fait en tel estât lier 
Quant perdu a joye, paix et déduit, 
Sanz li maudire a asisez qui le nuit. 

1 5 Adieu li dy, je n'y voy nul retour 

Fors que la mort qui le fait sommeiller ; 
Ordener doit desormaiz son atour ^, 

a. Mot inconnu. — b. Arranger ses aâatres. 



BÂLADBS 337 

Car eschftpper n'en poorroit d^un milfier 
Tel comme il est^ un seul^ au mien coîdier ; 
Preste est ^ la mort qui a s oreille bruit : 20 

Sans ii maudire a assesquâ li nuit. 



DCCCXVIII 

Balade. 
[Contre maître Mahieu.) 

BENOiSTS soit la chambre aux chevalliers 
Qu^a fait taire ma dame d'Orliens 
Qui ont payé avec les escuicrs 
Leur bienvenue en Fostel de liens; 
A ce drecer nous ont fait moult de biens, 5 

Dont quant a moy forment les en mercie ; 
Non pas autel ^ feray, se je les tiens 
En mon logis, dessus la chambre aisie ^. 

Il ont servi^dc gremache * ^ aux premiers, 

De bon cy vé avec les poiz bayens ; \6 

De quatre ros non» fu fait ii mengiers, 

Et de bon vin a esté leur moyens : 

Maistre Ypocraa*', li bons fisiciens 3, 

Vint au derrain, a Toblée ^ rostie ; 

De tous ces mes certes n^aront il riens 1 5 

^ <4 e»t manque. — 2. gr«machlss. — 3. fusîciens. 

A. Je ne ferai pas la même chose. «- 6. Le privé.—c. Grimace.-^- 
^. Hypocras, boisson. — d. Oublie. 

T. IV 12 



338 ^iu.Ai>Es 

£a; moa logi&y dessus la cbamiare a^U* . 

Maiz il aront service de mestkrs, 
Ou cbascun va ppur ^ mettre son â^ns; - 214, e 
La ne sera pas U boires trop chiers : 
20 C'est pour Mahieu * doot je sui confiens * ; 
De graiz ^ aront assez et d^autre riens, 
Bpir.e chascun pourront ^ jusqu'à la lye ; 
Mengussent ^ tout, pour moy riens ne retiens 
En mon logis;^ de«su& la chambre aisie. 



DCCCXIX 

Balade. 
[Même sujet.) 

GENTiLz doyens, a tout vos butbariaux ^ 
Et vos poissons de merde Normandie, 
Maistre Mahius et vous estes de tiaux/ 
Qui frequantez franque mare et boulie, 
5 Cidres verneux ^qui le ventre amolie 

Et qui vous fait en France souhaidier; 
Bien y pourrez prendre la pidimie * : 
Je pry a Oiea qu'il vous en veille aidi^ 

'^ J-\ 
I. pour manque, — 2. chaseon y ponrrûat. 

a. Voir la ballade 810.— ft. En qui j*aî confiance— cf.' KfoVob^Sr. 
— d. Qu'ils mangent. — e. Mot inconnu. — f. Tels. — g. Mots 
inintelligibles. — h. Epidémie. 



ëAlADCcs 33g 

Gardez vou^' bien de ttiangïér maqueriaux 

Et ces muUès ', c^est viande pourrie ro 

Dont pltfsenrs gens sont devenns meseatix * : 

Si plaist a Dieux, vous deux h'I fendrez mie ; 

Car puisque vîn n^avez en vo baiilie, 

Vous ne pouez fressermes c redrecer, 

Mai^ par de la vous feult laissier la vie : i5 

Je pry a J>itti qu'il vous en teulle aidîer. 

Si Montargis fait trop tfiieulx ses aviaux «'^ 

Maquille aussy, Jehan, Henry ne s'oublie; 

Car a Paris fou riHs&em leurs musiaux 

De cras loppins et de bon vin sur lye; 20 

La ne prennent nulle merencolie 

Fors tout déduis avec le trésorier. 

Pendus soient, sexi'^t pas flaterie : 

Je prie a Dieu qu'il vous en veulle aidier. 



DCCCXX 



Autre Balade. 
(Demande à une princesse de le loger en sa maison.) 



A 



ma dame faiz supplicacion 
Qu'il li plaise moy tant faire d'onnour, 
Qu'en sa nouvelle ediffication 
2/4 d Soye logiez, pour oster la froideur, 



a. Poisson de mer.— 6. Lépreux.— c. Mot altéré ? — d. Plaisirs. 



3^^ BAUI^^I 

5 Le dur gésir, le dangier, la pueur 

Des taverniers dont a li me complain, 
L'aler de nuit qui trop me fait dolent ; 
Bon fait logier près de son souverain. 

Et mesmement en la froidç saison, 
10 Que chascun a mieulx mestier de chaleur, 

F^it a Pariz bon avoir tel maison 

Et mengîer près toudîz de son seigneur. 

Gésir longuet ^ pour eschever labour ; 

La se gaixle on et de froit et de fain^ " 

i5 Compter, paier n'i fault pas ^ par rigou^ : 

Bon fait logier pr4^ de son souverain. 

Ancor y a une bonne raison ; 
Car qui gens a pn puçt parler a leur ^ , 
Se logiez sont ea l'abitacion, 
20 Et les avoir tousjours en sa clameur ^ ; 

Maiz s'ilz sont loings logiez c'est grant foleur ^^ 
Et les quiert on sonventefoys en vain ; 
Et pour ce di et tien pour le meilleur : 
Bon fait logier près de son souverain. 



I. pas mangue, 

a. Longtemps. — b. Eux. — c. A son appel. — d, Fblie 



bai;ad&9 3^41 



DCCCXXI 



Autre Balade. 
(Sur la difficulté de se faire payer son dû*) 

Vous qui voulez aler en Retheloiz, 
Droit a Rethest trouverez proprement ^ 
Pluseurs debteUrs qui font nouvelles loys; 
Aux créditeurs dient communément 
Riens ne doivent, puisqu'il n^ont aisément, 5 
On n^ les puet contraindre de paier, 
Et si nient la debte absolument' 
Pour la paye longuement dclaier. 

Ainsi le dît le bailly de Valoys, 
Auquel aucuns ont fait semblablement*, i o 

D'eus^ saurôît »'bieiï parler Jehan Houdois, 
Si li plaisoit, car le tricotement « 
De Jehan, Henry et tout ^ pareillement, 
Du Baberueil et du grant Chandelliez 
2i5a Qui lui doivent, et si vont varient i5 

Pour la paie longuement délayer. 

Maiz qui plus est,iLsant^i grans bourgoys 
Que Tautrui veulent despouUer franchement ^, 
Ne cure n'ont que on leur dye ainçoîs* 
Et de payer n'ont nulle foiz talent ; 20 

D'eulx obligier sont toudiz relTusant, 

1. Desaoroit. — 2. tout manque. ^ 3. franchement despouller.— 4. toudiz. 
a. Chicane, tracasserie. 



342 BAbikoea 

A eulx convient cent foiz le jour pliddieri, 
Et en plaidant prennent un incidant 
Pour la paie longuement délayer. 



DCCCXXII 



Autre Balade. 
{Au patron Ogiles de Galles.) 

DYONiDES ^ qui tant suit la mer 
Et qui tant maulz fist par une galée, 
Vous a induit a tel office amer, 
Glaucons li dieux et Pamour Galatée. 
5 Tousjours seroiz sur le fait de Tarmée i 
A Harefleur, Ogiles le galotz. 
Comme patron de bonne renommée: 
Ce vous mande le bailly de Valoys. 

Vous me deussiez les instrumens nommer 
10 Qui gouvernent en tem peste formée : 
Deux mas y a, voilles pour gouverner 
Les antaynes ^, mainte rime ^ apre^tée 
Pour naviguer, et si est a l'entrée 
Proe qui fent les undes» c*est ses droiz, 
1 5 Commutre ^ y sont, qui font mainte siflée : 
Ce vous mande le bailly de Valoiz. 



a. Sans doute Diomédâft, pirate connu. «^ 6. Antennes. «-- ««i^- 
me. — > d. Comités. 



BMADBS 343 

P^r^culx xott^îent le timon ordettcr / 

A ponge#, a ourse ^ est.ls fiette < t^mée, 
Souventes foy& faultgsns d'uanerboiltec . 
Pour le tourment, en ^ soulte empulanlée ^; 20 
Le patron est sur ^ la pauppe honnorée. 
Par fortune « n^ose entrer nulle foiz. 
Adieu, telz gens, faictes la retournée f: 
Ce vous mande le baîUy de Valloys. 



DCCCXXIIl 

Balade. 
{Contre ceux qui se remarient.) 

2 t^lf LJfoKS hoi's du sen2, plains de forçonnerie g, 
LÏ Tristes, dolens, cheti£s et malostrus, 
Est li meschans * qui deux foîz se marie; 
Puisqu^il s*i est une foiz embams, 
Du premier cop il doit estre tenus 5 

Pour ygnoranr, «nés sMl y entre arrière v 
Des maleureux doit porter la bannière. 

Car en efxil met son corps et sz vie 

Et devient serfi,- lâches et espandus /, 

Et d'un errour Sait seconde folie i o 



I. en manque, — 2. sur manque, 

a. Tribord. — b. Bâbord. — c. Barque. — d. Empuantée. ^ 
€, Tempête. •--/. Revenez. -^ ff. DéraisoRk •* h. Le malheureux. 
— I. Une seconde fois. — f. Ruiné. 



344 Aàuu^es 

Quant deux foiz «ft par femme ^ confondus <>. 
Adonc vouldfoit estre tra, oïdfs »u pendus, 
Quant pF» fie voit, et par .{elle manière 
Des maleureux doit porter la hanoiere. . 



DCCCXXIV 

Attire Balade. 
(Les riches ne doivent tendre qu'à rhonneur.) 



R- 



ICHES homs doit tousjours tendre a honneur 
Et li povres a mestier de proufEt ; 
Maiz au jour d'ui, maint terrien seigneur 
En font ainsi que l'évangile dit : 
5 A tel qui a donn^snt sans contredit, 
Et a cellui qui n'a rien 
A l'en souvent priz et osté le sien. 
Aux povres gens ceste règle ne fault ; 
Povres homs sui, et * m'aperçoy trop bien 
10 Qu^onneur vault po, puis que proifit défaut. 

Riches puissans, pour acroîstre s'onneur ^, 
Ne doit du sien aux bons Mre esconSuit ^ ; 
Donner leu/r doit, non pas toUr le leur. 
Car en donnant te^ cuers prent et ravit^ 
i5 Et en tol^nt perilkueement vit * ; . 

I* par ma iiemmo. ^ a. et manque. — 3. honneiir. -^4. vis* 
a. Perdu. — b. Rdfat* 



RALAOES 345 

Et potir ce li ancien ' 
Joif, sarrasin, ebriu «, et chrestien, 
Dont .IX. preax sont qui renommée assaut, 
Esprouverent ou ciecle terrien - 
Qu^onneur vault po, puis que proffit defFaut. 20 

21 §c Par leurs biaux dons firent mainte tremeur ^ 
Aux rebelles qui iurent desconfit ; 
Es cuers avers ^ se boute desonneur, 
Qui oncques bien ne vaillance ne fist ; 
Or praingne dont chascun garde ^ a mon dit 20 

Et face au povre homme bien. 
L'onneur pour toy qui es riche retien, 
Et ce disoit mareschal ^ Bouciquaut ; 
Car au povre homme, qui^nt est de inoy, )d tien 
Qu^onneur vault po, puis que proffit deffaut, 3o 



DCCCXXV 



[Contre un avare.) 

Vous qui honneur, armes, dames ^ amez, 
Qui poar»ve2 pour los et priz acquerre, 
Tous amoureux qui vous entremettez 
De faire diz etchançons sur la terre, 

I. parde. ^ 3. E^ce disoit le mtreschal. — 3^ homiear et armes et dames, 
a. Hébreux. — b. Terreur. — c. Dans les cœurs avares. 



346 BAlUkDSS 

5 De vous me guermente et me ^ plain, 

Du plus faiognant <>, faux * et mauvaiz villain, 
Qui oncques fiist ttlc ^Ù9 grumeleux ^ 
Uns vaillans roys qui est Tun ^ des troiz preux 
Par le miroer ou Narcisus ama 

10 Vous ensengne son manoir, par ces deux : 
Benoit soit il qui le visitera ! 

En blandissant prie les gens : « Venez 

Veoir mon- lieuy je tous enveil rcqucrro, 

Compaignie de dames m'amenez 
i5 Pour festoîer» ou a voassiui6.d)e guerre.» 
Pour û6 a. sa prière et clain ^ 

Troiz nobles dames y meuay Tandemain; 

Maiz lui sachent vuidft la maleureux ^ : 

Pour deux poussias qui furent rupienx % 
20 Mis ou haste/telements^ayra^, 

Qu'a son retour en ^ fu presque fayreux * : 

Benoit soit il qui le visiterai 

Car en son lieu qui vous est dénommez . 
A bon logis, se voqs le savez querre ; 
25 En trcspassant un jour vous y tenez, 2 15 ^ 

Vous y pouezun bon secour conquerre ; 

Mai2 mettez par tout la mai^n, 
Ou vous mourrez et ^ de «oif et de iain. 
Car plus chetifs ne fust oncques pareux «, 

3o Loiauté oncques fie fist ne ne fera, 

Fors tant qoHl est de mesdire oultrageuit; 
Benoit soit il qui le visitera! 

I . me manque, — 9. Cv^gpant ft f«ux, *^ 5. q^iieftt V^ ^a^^nque, — 4. en 
manqiAe. — b. sX manque. 

a. Lâche. — b. Grognon. — c. Appel. — d. Vers incompréhen- 
sible. — e. Roupieux. — /, A la broche. — g, S*irrita. — h. Foi- 
reux. — I. Pareil. • . i 



BA.LADB6 34? 



DCCCXXVI 

Autre Balade, 
(Profession de foi de frère Bernard,) 

JB n*ay cure, se dist frère Bernars, 
Dealer conqtxerre les estranges pais, 
Ne d'cstre preux ou Julius Césars 
Ou comme furent Ali xandre et Daviz^ 

Ne du sans de ^ Salomon, 5 

Ne que j*aye la beauté d'Absalon, ' 
Qu'a nulle rien qui soit ne sui enclin 
Fors que tousjours assez boire de Tin. 

D^avoir loange et priz de toutes para; 
De grant richesse, de puissance, d^amis, lo 

De chiens, d^oisiauz, de rivières, de pars. 
Que plusettrs m^emsnt ou que soye haiz^ 

Ne de dame de renon 
Tant soit plaisant, ne dorroie un bouton : 
Pour mon déduit je ne veil en ma fin 1 5 

Fors que tousjours assez boire de vin. 

Et se Ten dit que je soye coquars, 

Et que je deusse estre {^-eux et hardiz, 

Je voy asaez plus vivre les couars 

Que ceulx qui voot contre leur annemis ; 20 

Un trait d'archier les a tost a mort mis; 

Maiz quant j^oy a mon bandon 
De ce bon vin dont Beaune nous * fait don, 

I. de manque. — 2. nous manque 



348 BALADES 

Estre rie qiiier clers ne parler latîn, 
25 Fors que toasjours assez boire de vin. 



DCCCXXVII 

B&lade. 
{Contre la Brie.) , 

DE tous paiz est li plus maleureux, '216 a 
Li plus chelifset li plus difFamez, 
Li plus failliz et ti plus soufiTraiteux ^, 
Li plus haiz et li plus afiamez 
5 Li povres pais de Brye 

Qui en tous temps froidure bret et crie, 
Si qu'a poine le veult nulz approucher, 
Car trop scevent Brîois de tricherie : 
L'en leur doit bien tel paiz reproucher. 

i * 
1 Leurs labeurs sunt de terres sumptueux" 

Maiz li profils est povres de leurs blez : 
Se il en ont pour vivre, il sont eureux ; 
Bestes sauvages les gastent de tous lez ^ ; 
Nulz paiz n'est par leur fait recouvrés, 
i5 Maiz, leur despouUe faillie, 

Est la maison des voisins assaillie, 
La prennent il ce qui leur est.mestier, 

a. Indigent. — h. Côtés. 



BALADES 349 

Ou autremetit perdroient tost * la vie. 
L'en leiir doit bien tel paiz reproucher. 

Briois ne voy qui ne semble frileux, 20 

Car leurs paiz est t midige ngellez; 
Pour la froideur se couchent deux et deux, 
Maiz ilz ont vins, que Dieux en soit loez : 
C'est des haies dont il font prennelez ^ ; 

Et si convient que. j^ die 25 

Que le chemin, monstrer * lieue ou demie 
Ne scevent pas a un seul estrangier ; 
Fôrvoient ^. moult viUain, Dieux les maudie ! 
L'en leur doit bien tel paiz reprocher. 



DCCCXXVIII 

. Autre Balade *. 
{Sur sa détresse.) ^ 

[e! Fortune, que jedoy bien 4 hair 
Et maudire ta grant furosité. 
Ton faulx semblant, ton périlleux air * 
Et ce qu'en toy n'as estabilité, 
Quant tû m'as fait par grani ^ iniquité, 5 

216 b Soudainement, dont je suis amatiz <^, 

' Publiée par Tarbé, tome I, p. 5o. 

I. to%t manque, «• i,JiUttistr«r MuOf^se. — 3. Porv9ic.-^4« Vita manque. 
— 5. grant manque. 

a. Vin de prunelles, -r- b. Emportement. — c. Abattu, 



H- 



35o fiÀiÀ&£s 

Perdre le mien et a Reins la cité, 
Cappitalne de la foire aux cbetifs. 

Je n'ay robe que je puisse vestir, 
lo Cheoir me fault en grant aversité; 
Chevaux/ ^atifat ee fioanof 'f<>lir 
M'as fait, et de prospérité 
Sui d^cendus en tel mendicité 
Que je seray clamez, ce m'est avis, 
1 5 De trestous ceulx ou j ay affinité, 

Cappitaine ds la foire aux dietifs. i . . 

Si ne veil pat a la foire foillir, 
AinçoUy vien a grant hativ*té, 
Et a saint Mars veil mon offrande offrir 
20 D'une fisaaille \ en grant humilité. 

Faire le doy, pour ce m'en suis hasté; 
Si doy estre tenus en ce pais 
En hauk estât de la cfaetr^eté, 
Cappitaine de la foire aux chetifs. 

I. maille. 



MIMXS 35 i 



DCCCXXIX 

BaltdB par Simon Pioyart 
(il Voccasion du mariage éCEustaûhe Dèschamps] 

HbI EuMce, dire pues desormès : 
« Adieu bon temps! • car tu Tas tout perdu; 
Soies certain, plus n^en auras ^akuàs» 
N^encor ne aces pas qui est adrenu; 
Car ittsques cj l'en t'a tousiours tenu 5 

Bon compaigeoa, et tu seras damez 
Chetiis^ dokns, es tu bien mariez ? 

Plus ne feras ^ chancoits ne vireiab^ 

Et si en as bien le meatier sceu ; 

Ains te fauldra entendre a trop de plaiz, lo 

Qui jour et nuit te seront esmeu. 

Las! ty conseil ne seront pas creu, 

Ains fera Ten contre tes voulentez; 

Chetifs, dolens, es tu bien mariez ? 

Jamaiz nul jour n^auras ne ^ bien ne paix, 1 5 
2j6c Maiz si fort temps qu'oncques plus fort ne fu : 
Scez que feras? Fuy t'en a grant eslays, 
Car l'en te voit ja du tout abatu. 
Quant espousez seras, que feras tu ? 
Bien porras dir qu'a ta fin es alez : 26 

Ciietifs, dolens, es tu bien mariez? 

I. feray. — 3. ne manque. 



352 BALADES 



DCCCXXX 

Balade* 
{Réponse à Simon Ployart^ sur le même sujet.) 

SIMON Ployart, treschier et bon ami, 
Au contenu en une lettre close 
Que vous avez envoie devers mi 
A toutes fins, au contraire m^oppose, 
5 Pour ce que > c*est a croire dure chose 

Qu'estre doye > tristes, cbetis et mas, 
Pour mariage, ouquel je ne suis pas. 

Qu'aye bon temps perdu, je le vous ny 
Absolument, car bien dire vous ose 
10 Que je seray plus gay et plus joly 

Conques ne fu, car vraye amour enclose 
Est en. mon cuer, et par ce je suppose 
Qu^estre ne puis de bonne vie au bas 
Pour mariage, ouquel je ne suis pas. 

i5 Pour ce, compains, treschierement vous pri 
Que nous prenons un juge qui despose * 

De ce débat ; j^acepte le bailli 
De Rethelois, qui bien verra la close ; 
Dictes vo fait et je le mien en prose : 

20 Ja ne quier estre que compains, en tous cas, 
Pour mariage, ouquel je ne suis pas. 

!• ce que manque, — 2. doy. 



o 



BALADBS 353 



DCCCXXXI 



Antre Balade* 
{Même sujet.) 

decevans, je te voy deceu ; 
Par convoitise et par force d'avoir 
Trop as le cuer failli et recreu, 
Ne tu ne ^ faiz jamaiz a recevoir; 
Car tu pues bien la misère savoir 5 

Que mariage donne generalment 
216 d Ou tu fes mis, dont le proverbe est voir : 
Deceveurs sont deceus communément. 

Theophastrès n'as pas bien proveu 

Ne d'Erculès, qui tant ot de pouoir, i o 

Les faiz qu'il fist, ne de Sanson leu 

Que Dalida seust si bien décevoir ; 

Dyanira fist Erculès ardoir 

Par la chemise et Penveninement * ; 

Notte ses poins, bien te pourras doloir : 1 5 

Deceveurs sont deceus communément. 

Remambre toy du bon ^ roy Pheneu, 

Qui des Greçois faisoit bien son devoir ; 

Loys leur donna, et quant fu ageu « 

Au lit mortel, a tous fist assavoir 20 

Et a Leome qu'il ^ ne voult décevoir 

I. ne manque. — 2. envennement. — 3. bon manque. — 4. qui. 
a. Alité. 

T. IV 33 



354 



BALADES 



Que il mourust bien amoureusement ^ 
S'onque espousé n^eust * femme a son espoir : 
Deceveurs sont deceuz communément. 



I . ameusem<^nt. — 2. se neust. 




TABLES 



TABLE 



MATIÈRES DU QUATRIÈME VOLUME 



Rondeaulz et Yirelays. 



Pages. 



DXLVIII. — Contre le pays de Flandres. — Virblay. i 

DXLIX. — Jeux de mots sur sa douleur. — Rondel. 3 
DL. — Plainte d*un amant séparé de sa dame. 

— VlRELAY 4 

DLT. — Appel à la joie et au plaisir. — Rondel. 5 

DLIl. — Adieux à Bruxelles. — Rondel 6 

DUfl. — Résolution d'aimer bien. — Rondel.... 7 
DLIV. — Portrait d'une pucelle par elle-même. — 

ViRELAY 8 

DLV. — Hommage à l'Amour. — Rondel 10 

DLVI, — Plaintes à une dame. — Rondel 11 

DLVII. — Santé passe Richesse. — Virelay 12 

DLVUI. — Il veut se consoler de la perte d'une 

dame. — Virblay 14 

DLIX. — Demande d'amour à une dame.— Virblay. i 5 

OLX. — Au mois de Mai. — Rondel 16 

DLXI. — Promesse d'amour à une dame. — Vi- 
rblay 17 

DLXII. — Sur la tristesse du temps présent. — Vi- 
rblay •.. 18 



358 RONDEAULX ET VIRELAYS 

Pages. 

DLXIII. — Plaintes d'une dame. — Virelay 19 

DLXIV. — Recommandations à une princesse pour 

ses couches. — Virelay 21 

DLXV. — Fais ce que dois. — Virelay 23 

DLXVI. — Rien ne vaut la santé. — Virelay 24 

DLXVII. — Plaintes d'amoureux. — Virblay 26 

DLXVIII. — Une dame se résout à aimer (réponse au 

précédent). — Virelay 27 

DLXIX. — Tristesse d'un amoureux. — Virelay... 28 

DLXX. — Résolution de ne plus aimer. — Rondeau. 29 

DLXXI. — Prière à une dame morte. — Rondeau.. 3o 

DLXXII. — Ce que c'est que mentir. — Rondeau.. 3i 

DLXXIH. — Sur la mort d'un personnage.— Rondbl. 32 

DLXXIV. — Rondeau amoureux. — RoNfiist 33 

DLXXV. — Richesse n'est rien sans Santé. — Ron- 

DEL 34 

DLXXVI. — Plaintes de ce qu'on doute de son amour. 

Rondel 35 

DLXXVil. — Adieux à une dame. — Rondel 36 

DLXXVIII. — Sur un de ses compagnons de chambre 

nommé Oudart. — Rondel 37 

DLXXIX. — Sur ses compagnons de table, Savoisi et 

Poitiers. — Rondel 38 

DLXXX. — Sur les mêmes. — Rondel 39 

DLXXXI. — Souhaits du jour de l'an. — Rondel.... 40 

DLXXXU. — Plainte à une dame. — Rondeau 41 

ÛLXXXIII. — Sur les jours de la semaine. ~ Rondeau. 42 

DLXXXI V. — Retour à la joie. — Rondel .*. 42 

DLXXXV. — Même sujet que le numéro DLXXVIII. 

— Rondel 43 

DLXXX Vi. — Sur les dons qu'il peut faire. — Rondeau. 44 

DLXXX VU. — Contre le pays de Brie. -- Rondel 43 

DLXXXVIIL — Alléluia d'amour. — Virelay 46 

DLXXXIX. — Tristesse d'amoureuse. — Virelay 47 

DXC. — A une dame qui l'avait regardé. — Ron- 
del , 49 

DXCI. — Requête d'amour. — Rondel 5o 

DXCII. -" Requête burlesque d'amour. — Rondel. 5i 

DXCIII. — * Compliment de nouvel an. — Virelay. . 52 

DXGIV. — Dépit d'amour. — Rondel 53 

DXCV. — Demande d'amour. — Virelay 64 

DXCVI. — Contre Calais. — Rondeau 55 

DXCVn. — Contre la ville de Gand. — Rondeau.. .. 36 

DXCVm. — Prière d'amour. — Rondeau 5? 



TABLE DES MATIÈRES 3&9 

Pages. 

DXCIX. •— Regrets d'une absence* «~ Rondeau 58 

DC. ~« Souvenir amoureux. -* Rondeau 5g 

DCI. — Plaintes d*amoureux. — Rondel. ...... 60 

DCll. •— Plaintes de n'avoir pas reçu de nouvelles. 

— Rondel 61 

DCUI. — Souvenir des faveurs d'une dame. *— 

Rondel 62 

DCIY. — Joyeux par ordre. — Rondel 63 

DCV. -^ Bonnes nouvelles reçues. — Rondel.... 64 
DCVI. -r- Prière de ne pas lui arracher les cheveux. 

— Rondeau • 65 

DCVII. — Injures^ — Rondeau 66 

DCVIil. — Éloge d'un écuyer du Vexin. — Rondeau. 67 

DCIX. -r- Injures. — Rondel.. 68 

ÛCX. ^ Souhaits de nouvel an à sa maîtresse. — 

Rondel • • . , « 69 

DCXK — Plaintes de sa malechance. — Rondel.. 70 
DCXII. — II faut prendre le temps comme il est. -^ 

Rondel 71 

DCXllI. -* Un vieillard ne doit pas se marier. — 

Rondel.. • 72 

DCXIV. ^ Rien ne vaut la loyauté. — Rondel 73 

DCXV. — Soumission à la volonté de Dieu. — Ron- 
del 74 

DGXVI. — Demande d'aumône à l'Amour. — Rondel. jb 

DCXVII. — Sur le château de Clermont. — Rondel. 76 
DCXVUl. ^ Sur sa pension qu'on ne lui paye pas. — 

Rondeau en écho 77 

DCXIX. — Le monde va de mal en pis. — Rondel. 78 

DCXX. — Jeu d'esprit. — Rondel 79 

DCXXI. — Il faut tâcher de faire son salut. — Ron- 
del 80 

DCXXn. ^ Déclaration d'amour. — Rondel 81 

DCXXlIi. — Sur une dette de jeu. ^ Rondel 82 

DCXXIV. — Déclaration d'amour. — Rondel 83 

DCXXV, — De la jeune des .ïiii. temps. — Rondel. 84 

DCXXVI. — L'Amour est capricieux. — Rondel. .... 85 
DCXXVII. — Comment peut-on aimer par ouï-dire i 

— Rondel... 86 

DCXXVIH. — Conseils à une dame de se mettre à l'en- 
chère. — Rondel 87 

DCXXIX. — Adieu à une nonne trop fière. — Rondel. 88 
DCXXX. — Reproches à une dame qui réconduit. — 

RoNDEi 89 



360 RONDEÂULX ET VIRELAYS 

Pages. 

DCXXXI. — Même sujet. -- Rondbl 90 

DCXXXII. — Sur les tromperies des femmes. — Ron- 

DBL 91 

DCXXXIII. — Il n*aime pas à demander deux fois. — 

RoNDBL 92 

DDXXXIV. •— Il ne faut pas faire demander deux fois.— 

RoNDEL 93 

DCXXXV. — Déclaration à une inconnue. — Rondel. 94 
DÇ;CXXVI. — Souvenir d'une visite à Nourroy. — Ron- 
del , q3 

DCXXXVII. — Il ne veut plus soigner femme ni enfans. 

— RONDEL 96 

DCXXXVIII. — Sur ses infirmités. — Ronoel 97 

DCXXXIX. — Il doit être content. — Rondbl 98 

DCXL. — Adieux à Troyes. — Rondbl 99 

DCXLI. ~ Même sujet. — Romdbl 100 

DCXLII. — Même sujet. — Rondbl loi 

DCXLIII. — Même sujet. — Rondel 102 

DCXLIV. — Prière à une dame de le garder chez elle. 

— Rondel , io3 

DCXLV. — Contre les médisans. — Rondeau 104 

DCXL VI. — Invitation à sa maison des champs. — 

Rondeau i o5 

DCXLVII. — Demande de vin blanc pour une maladie. 

— Rondeau 106 

DCXLVIII. — Sur la retenue de ses gages. — Rondel. . 107 

DCXLIX. — Sur le même sujet. — Rondel 108 

DCL. — Eloge du Limousin. — Rondbl 109 

DCLI. — Prière d'amour à une dame. — Rondel. iio 
DCLU. — Sur le trépas de B. du Guesclin. — Ron- 
dbl III 

DCLIII. — Demande d'amour. — Rondel 112 

DCLIV. — Louanges d'une dame. — Rondel 1 13 

DCLV. — Sur les noms du sire de Coucy et d'Eus- 

tache Deschamps. — Rondel 114 

DCLVI. — Aux chevaliers de l'ordre de la Couronne. 

— Rondel ii5 

DCLVI I. — Invitation à son jubilé de cinquantaine. 

— Rondel 116 

DCL VIII. — Contre ceux qui n'osent pas dire la vérité. 

— Rondel 117 

DCLIX. — Vœux pour la paix, à l'occasion de la 

naissance de Louis de France, duc de 

Guyenne, 22 janvier iSgô. — Rondel. 118 



TABLE DES MATliUBS 36 i 

Pages. 

DCLX. «* Portrait de sa dame. — R^mocl 119 

DCLXI. « Sur la mort de Guiehard d'Angle. •» Ron- 

DBL '.....;. 120 

DCLXII. — Regrets de quitter un paya. — Ronobl. 121 
DCLXIII. ^ Sur le danger d'élerer' des vilaine. •;- 

. . ROHDBL '. 123 

DCLXIV. -^ Don de son cœur à U4ie dame. --» Ronobl, i 2 3 

DCLXV. — A une dame. — Romdbl^ 124 

DCLXVi. --^ Conseils à ceux qui vieti-nent à Paris. ^ 

RoNDBL ....^......;..^ • 125 

DCLX VU. ~ 11 prieunedaoM de ne pas l'oublier. -*' 

. RoNDBL '.- 126 

DCLXVIII. -^Allégorie contre le 'mariage d'une vieîUe» 

-* RoMOBL ,«. 127 

DCLXIX. — Sur son manque d'argent à Paris. — 

RONDOL ..^ 1 28 

DCLXX. — Reproches d'une femme À Giraudon. « 

RoNOBAU 1 29 

DCLXXL — Les Anglais ont une queue. — Kondel. i3o 
DCLXXU. — A une dame dont il est éloigné. — Ron- 
deau 1 3 1 

DCLXXHL — Les Français délibèrent quand les An- 
glais agissent. ^ Rondeau i32 

DCLXXIV. — Par Orgueil maintes villes sont perdues. 

•— Rondeau...- i33 

DCLXX V. — Partage delà vie humaine. — Rondeau. i34 
DCLXX VI. — 11 fout garder ia franchise. — Rondeau. i3^5 
DCLXX VIL — Sur le départ de sa dame. — Rondeau. i36 
DCLXXVIII. — Soiivenir d'une fête des Rois.— Rondbl. i 37 
DCLXXIX. — Demande d'un vêtement au roi. — Ron- 
dbl i38 

DCLXXXr — Pensées perdues. — Rondbl 1 39 

DCLXXXI. — Portrait d'une dame. ^ Rondel 140 

DCLXXXll. — Réponse de ia dame a un prince. — Ron- 
del 141 

DCLXXXIII. — Même sujet. -* Rondbl 142 

DCLXXXIV. — Même sujet. — Rondel 143 

DCLXXXV. — A son ventre. — Rondel 144 

DCLXXXVI. — Une dame parle à son mari allant guer- 
royer en Prusse. — Rondbl 1 45 

DCLXXXVII. — Une dame prie de ne pas l'oublier. ~ 

Rondbl 146 

DCLXXXVIII. — Adjuration du corps au coeur de parlera 

sa dame. ^Rondel 147 



36s RONOBAVLX ET VIRBLAYS 

Pages. 
DCLXXXIX. — Adiurfttion de Fœil aux pieds de le porter 

vert sa dame. — Rondbl 148 

DCXC — Jeu d*esprit. — Rondbl 149 

DCXCI. — DédaratioD d'une dame. «^ Rondkl. ..... 1 5o 

DCXCU. — Contre sa timidité. -*» Ronabl 1 5 1 

DCXCIII. — Même sujet. •— Rohobl. .^ 1 52 

DCXaV. ^ Unedmme parle. ^ Rûndbl i53 

ÛOCCV. — Promesse de fidélité. — Ronsbl 164 

DCXCVL — Reproches d'une dame. — Rondbl 1 53 

DCXCVII. — Déclaration d*amour. -^ Rondbl i56 

DCXCVliL -* Une dame assure son ami de son amour. 

— Rondbl..* «.. 157 

DCXCIX. •- Même sujet. — Rondbl i58 

OCC. — Doléances d^amoureux. — Rondbl 159 

DCCC* -» Même sujet. — Virblay • 160 

DCCIL — Plaintes d'amoureux. — Virblay 161 

DCCIil. — Une dame dédaigne les médisans. — Vi- 

I RELAY i63 

DCCIV Reproches à une dame. -- Vireuiy 164 

DGCV« -« Requête d'amour à une dsme.-^ Rondbl. 166 

DCCVI.. r— II n'y a qu'heur et malheur. — Rondbl. 167 

DCGVH. -^ Il faut être diligent. •* Rondbl 168 

. DCCVIU. — Conseils contre l'épidémie. — Virblay. . 169 

IXICIX. «— Prière d'amour à une dame. — Virblay. 171 
DCCX. — Sur les gens d'armes de Normandie. — 

Virblay 172 

DCGXI. — Remercfment d'un cadeau à une dame. 

•*- ViRSLAY*... 174 

DCCXII. — Déclaration à une dame trop fière. -* 

Virblay 17^ 

DCCXIU. — Déclaration d'amour. — Virblay 177 

DCCXIV. — Autre déclaration d'amour. — Virblay.. 178 
DCCXV. — Recommandations pour bien vivre. — 

Virblay • 179 

DCCXVI. — Promesse d'aimer avec humilité. — Vi- 

HBLAT 181 

DCCXVII. — Éloge de l'Espérance. ^ Virblay i83 

DCCXVIII. ~ Résolution de porter des roses en l'hon- 
neur d'une dame. -^ Virblay 184 

DCCXIX. — Plaintes d'une dame. -* Virblay i83 

DCCXX. -^ Plaintes d'un amoureux. >- Virblay.... 187 
DCCXXI. — Réponse aux plaintes d'un amoureux. — 

Virblay » 188 

DCCXXII. — Requête d'amour. — Virblay 189 



TABLE DES MATIÈRES $6i 

Pages. 
DCCXXUL — Lou«age# «i'un éctty«r \mr unç d»mc. *- 

VlB«LAV ■*-. ..♦.....,•,• ïQ* 

DCCXXIV. — Reinercimeat d'amour. •— Viroat. ..... igS 

DCCX^V. — Prière d'amour à Une grande dame. — Vi- 

Jl.i^4Y,«*'v. ••..fci^., ..*..*.••• 19^ 

^ DÇGXXV.I. -r Sur la mort d'une dame. — Virelay 196 

. DCCXXVII. — Plaintes d'un amoureux. ^ YrtELat.».. 198 
DCGXXVIII. — Prome&se de porter Iqs couleur* d*une 

dame. — Vuuu-Ay i99 

DCGXXIX. — Requête d'amour. — Virçlay. . , aoi 

DCCXXX. — Demande et promesse d'amour, r- Viait- 

LAY...» k^ 203 

DCCXXXI. — Dépende d'amour^ — Vibri^^y ....» 204 

; DCCXXXII. .— Prjère d'amoureux. — Virelay.' 206 

DCCXXXUI. — Remercîment d'amour. — Virelay 207 

DCCXXXI V. — Remercîment aux dames de l'abbaye de 

Saint-JetA-des-Bois. — Virelay 208 

DCCXXXV. — Campagne du sire de Coucy en Allema- 
gne (iSyô}. — ViRBLAY... 209 

DCCXXXVI, — Il faut prendre ses précautions. — Vire- 
lay 211 

DCCXXXVII, — Réponse d'une dame à des médisans. — 

Virelay.» 4« 21 3 

DCCXXXVUI, — Reproches d'une. dame. — Virelay 214 

DCCXXXIX. — Promesse d'un prochain retour de voyage 

VxRPLAX ».... 216 

DCCXL, — Regrets de l'absence d'une dame. -* Vi-' 

RSLAY ^ 217 

DCCXLI. — Il faut prendre son parti. «— Virjslay 218 

DCCXLII. — Cy commence un moult notable virelay. 

(Conseils philosophiques.). . . •« 220 

DCCXLUl. — Plaintes d'amoureux» — Virelay 222 

DCCXLIV. — Une dame à un absent, le i«r mai. - 

Virelay..., 223 

DGCXLV. — Il faut être ferme. — Virelay 225 

DCCXL VI. — Louanges d'une dame par un étranger. 

— Virelay 216 

DCCXLVII. — Déclaration d'amour. — Virelay 227 

DCCXLVllI. — Remercîment d'amour. — Virelay 229 

DCCXL IX. — Etrennes à une dame. -- Virelay 23o 

DCCL, — Réponse de la dame. — Virelay 232 

DCCLl. — Une novice^ sortie du couvent, parle. — 

Virelay 233 

DCCLII. — Sur une novice d'Avenay. — Virelay. .. 235 



364 BALADES 



OCCLIII# ~ Oédaratîon à une dane. — Virblat. ... 237 

DCCLIV. ^ Adieu à une dame. — Virbla.y 239 

DCCLV. ^ Bonnes résolutions. — Virblat 241 

DCCLVI. — Même sujet. — Virblat 243 

DCGLVIL ^ -Comparaison d'une dame avec le soleil. 

^ Virblat ; 245 

DCCLVIII. — Conseils philosophiques. — Virblat.... 246 
DCCLIX. — • Souhaits d'avoir un fils héroïque, à une 

grande dame. ^ Virblat 248 

DCCLX. — A une dame. — Virblat 249 

DCCLXI. — Jeu d'esprit, à une dame. — Rondeau. . 25 1 

DGCLXU. — Plaintes d'amoureux. — Virblat 262 

DCCLXIU. — Que tout aille comme il peut. — Virb- 
lat • 253 



Balades. 

DCCLXIV. — Baladb amourbusb. Suî l'ordre de la 

Fleur . .' 25? 

DCCLXV. « Des deux ordres de la Feuille et de la 

Fleur, éloge de la Fleur 259 

DCCLXVl. ^ Sur Elyon de Niliac. — Rondeau 261 

OCCLXVII. ^ Des deux ordres de la Feuille et de la 

Fleur, éloge de la Feuille 262 

DCCLXVIIL — Prière d'amour, 264 

DCCLXIX. « Sur l'expédition de Barbarie 266 

DCCLXX. ^ Il faut aimer loyalement 267 

DCCLXXI. — Éloge de la femme d'un fils du roi de 

France 269 

DCCLXXII. — Sur aucuks chevaliers et escuters de la 

COUR 270 

DCCLXXilI. — Imprécations contre ses ennemis 272 

DCCLXXIV. — Il se proclame le roi des Laids 273 

DCCLXXV. — Appel devant le roi des Laids 276 

DCCLXXVI. — Contre un homme trop poli 276 

DCCLXXVII. — Injures 277 

DCCLXXVIII. — A une femme. . . . ^ 279 

ÛCCLXXIX. — 11 ne faut pas attendre trop tard pour être 

sage 280 

DCCLXXX. — Sur la moutarde qu'on mange en Hai- 

naut et en Brabant 282 

DCCLXXXI. ^ Imprécations contre la Flandre 283 

DCCLXXXII. ^ Vœu de ne plus retourner en Flandre.. 283 



TABLE DES MATIÈRES 365 

Pages. 

DCCLXXXIII. — Pertes au jeu de dés 286 

DCCLXXXIV. -^ Contre Jehan de Montaigu 288 

DCCLXXXV. ^ Quand viendra le Trésorier } 289 

DCCLXXXVI. — C'est péché de blâmer le monde 29 1 

DCCLXXXVÏI. — Quiproquo 29a 

DCCLXXXVIII. — Supplique au roi pour le paiement de 

sesgages 294 

DCCLXXXIX. — Mauvaise vie finit mal 295 

DCCXC. — Contre la Brie 297 

DCCXCl. -* Demande de conseil contre une taverniëre 

qui veut lui retenir ses chevaux 298 

DCCXCil. — S'il est laid, il est gracieux 299 

DCCXCIII. — Sur les quatre mois d'hiver 3oi 

DCCXCIV. — Contre les généraux de finances 3o3 

DCCXCV. —Dialogue 3o4 

DCCXC VI. — Plainte de ce que sa dame a toujours trois 

amis 3o6 

DCCXCVII. — U se plaint qu'on lui ait retranché ses 

gages, à son retour d'Allemagne 307 

DCCXCVIII. — Regrets d'être forcé de s'embarquer 309 

DCCXCIX. — Sur la mort de le fille de Jehan de Mon- 
taigu 3ii 

DCCC. — Des turbulents de la cour 3i2 

DCCCI. — Demande d'une houppelande pour la 

guerre de Flandres 3 13 

DCCCII. — Anathèmes 3i5 

DCCCIII. •» Malédictions contre ses ennemis qui sont 

à la cour 3i6 

DCCCIV. — Injures à une femme 3i8 

DCCCV. — II s'excuse de ne savoir chasser 319 

DCCCVI. — Imprécations contre maître Mahieu 32 1 

DCCCVII. — U faut jurer par l'âme de son père 3a2 

DCCCVIII. — Requête pour maître Jehan Tastevin. . . . 324 
DCCCLX. — Plainte d*être à la cour toujours servi 

d'oubli 325 

DCCCX. — Sur Renaut d'Angennes 327 

DCCCXI. — Il n'ose plus aller au bois ; à propos de 

quelque ordonnance sur la coiffure. . . . 328 

DCCCXII. — Contre le froid pays de Flandres 329 

DCCCXIU. — Sur sa nature mélancolique 33 1 

DCCCXIV. — Sur la tristesse de sa vie 332 

DCCCXV. - Il faut se hâter 333 

DCCCXVI. — Demande d'un camail 335 

DCCCXVII. — Sur le mariage de Jehan Séjourné 336 



366 BALADBS 

Pages. 

DCCCXVm. -* Contre mahK Mahieu 337 

DCCCXIX. — Même sujet 338 

DCCCXX. ~ Demande à une princesse de le loger en 

&a maison 33g 

DCCCXXI. — Sur la difficulté de faire payer son dû.. 341 

DCCCXXll. — Sur le patron Ogile De Galles 343 

DCCCXXllI. — Contre ceux qui se remarient 343 

DCCCXXIV. -* Les riches ne doivent tendre qu'à Thon- 

neuf . 344 

DCCCXXV. — Contre un avare 345 

DCCCXXVf. — Profession de foi de frère Bernard 347 

DCCCXX VU. -- Contre la Brie 348 

DCCCXXVIII. — Sur sa détresse 349 

DCCCXXIX. — Par Simon Ployart. à l'occasion du ma- 
riage d*Eustache Deschamps 35 1 

DCCCXXX. -^ Réponse à Simon Ployart, sur le même 

sujet • 352 

DCCCXXXI. -Même sujet 353 

Table des matièues du quatrième voluur , 36; 

Table alfhabétiq.ub des premiers vers des rondeaulx et 

virblats contbhus dans ce quatrième volume 36; 

Table alphabétique des refrains des ballades contenues 

DANS CE quatrième VOLUME 377 




TABLE ALPHABÉTIQUE 



PREMIERS VERS DES RONDEAUX ET VIRELATS CONTENUS 
DANS CE QUATRIÈME VOLUME 



Rondeaux. 



A 

Pages. 

Adieu beauté, leesse et tous deliz 6 

Adieu m'amour, adieu Troye en Champaigne g9 

Adieu mon cuer, adieu ma joye 36 

Adieu te dy, noble cité de Troye loo 

Adieu vous di, dame nonnain.. 88 

Amie, amour, amoureuse et amée 5 1 

Amour, donnez a ce povre malade 76 

Amour me fait par sa douce maistrie !.. 10 

Assegiez sui en la maison des champs io3 

Au monde n'a au jour d'ui que ces deux 167 

B 

Beau fait aler ou chastel de Clermont 76 



368 BONDBAUX 

Pages. 

Bien doy estie ptrumt gty et jolj 98 

Bien est Amour ptein de ta vouleaté. 85 

Bien m'a Amour prins au aaut de la pje 81 

Bien pert soo tempe, ton parler, sa saison 194 

Bon an, bon iour et bonne ettndne. 40 



Csscnns doit bien plorer tel chevalier 120 

Celle qui veult son aumoane donner 93 

Certes, cuers, je te renye i52 

Certies plus fors sont les Angles. i3o 

Cil qui oncques encore ne vous vit 94 

Cilz qui auroit tout l'avoir de ce monde 34 

Comment puet l'en amer par oir dire? 86 

Comment va le monde au jour d'ut i 78 

Con plus TOUS pri et plus ToustreuTe chiere 87 

Contre moy guetent Envie et mesdisans 104 

Coqus, camus, cornus et malostrus 66 

Couardement et trop acouardis i5i 

Courtoisement m*avez a servent priz 124 

Cuer, pour Tamour que tu as a ton corps 147 



Dame a Judith et Hester comparée 1 10 

Dame, pour vous languiray longuement 83 

Dame que j*ain plus que le corps de my 126 

Dame que j*ain sur toute créature i3 1 

De grant dolour est en joye venus. 43 

De iour en jour toute merencolye 77 

Des variés sui, se croy, de no pays 89 

Dieux envoya la paix du de! en terre 118 

Dolens doleur, dolereuse et dolente 3 

Dont puet venir a dame tel plaisance 1 35 

Doulx amis, ne fiûctes conte i53 

Doulx moys de May, vrais dieux des amoureux 16 

Doulz amis, ne YudUez croire i58 

Dyament, ne noble maison 44 



TABLE DES MATIÈRES SÔg 

Pages. 



E 

En bien amer veii employer mon temps. . . 7 

En ce monde n'a nul plus grant péril 122 

En chevauchant par le part de Hedin 59 

En desconfort comme desconfortée 149 

En languissant des douix maux amoureux 57 

En inonde n'a, tant comme il puet durer 67 

En Pruce vont pluseurs ceste saison 145 

Ensengnez moy, beau seigneur et voysin 109 

Est ce donc vostre entencion ? 107 

Est cilz aise qui ne se puet dormir 55 

Estrangement comme un povre estrangier 4q 



Hardiement vous faiz chère au hardi 42 

He ! Giraudon, qu'est tes viz devenus i 129 



Il convient, maugré c'on en ait 71 

Il n'est chose qui vaille loiauté 73 

U n'est riens c'on puist décevoir .• ; 91 



Jamaiz nul jour ne seray Jacobin iSy 

J'ay a Cambray eu troiz frans de pur sort 82 

Je doy bien au cuer avoir joye 63 

Jehans de Dormans, Loy et Cassinet 121 

Je, Meliant, Enguerran et Machaut 37 

Je ne fusse pas bons truans 92 

Je ne m'ose de ma chambre partir 106 

Je ne say que ce puet estre 1 59 

Je ne vuel plus a vous, dame, muser 90 

Je ne veul plus servir femme n'enfans 96 

Je n'ose aler souper a court 38 

Je pren en gré tout ce que Dieii m'envoye 74 

T. IV 24 



370 RONDEAUX 

Ptges. 

Je sui bon astronomien 97 

Joyeusement, joyeux et plains de joye ibi 

Joyeusement, par un tresdoulx joir 33 

Juenes d'aage, vieux de science 32 



La grant amour et bien de vo gent corps ^ . . .' 62 

La rassine de tous les faulx villains ^6 

Les dyables m'ont rompu ma houppelande ^... i38 

Les noms sarez du seigneur et servent « « 114 

Les quatre temps ne doit nulz trespasser ...«..,. 84 

Le temps passé ne mettez en oubli. . » «... 146 

Longue vie, joye, santé et paix 69 



M 

Machaut m'amet que je poy laidement 43 

M*amour s*en va, ma joye et mon soûlas i36 

Mandé m'avez comment j'apreingne a lire 14? 

Mentir n'est autre chose a dire 3i 



N 

N'a pas long temps que je fui a Nourroy ^ . ^*,' 9^ 

Noble cité, ville tresamoureuse ...^. loi 

Nue que nulz ne pourroit mieulx nuer 79 

Nulz homs ne puet souffrir plus de tourment 60 

Nulz ne tendy oncques a cheval d'or 168 



O 

Onques homs n'ot parti si dolereux ^ 3S 

Onques homs n*ot si cruel jugement 1 1 



P 

Palme de paix et cèdre de hautesse ii3 

Par long conseil sans excecucion i32 

Par orgueil sont maintes villes perdues i33 



tâbie des Matières 371 

Pages. 

Plez, portez moy et le corps ou je vueil. «....«.. 148 

Plus me harrez et plus vous ameray <..*,« i56 

Plus vien vers vous et plus vous ser et prie. «. . . ^ 5o 

Pour conforter mes doulx maulx «moreux, . . « «..,.« 119 

Pour Dieu, mon redoubté seigneur 65 

Pour soixante ans ne doit nulz avoir joye. « 1 34 

Pour trestout Tor qui est et qui sera .....*. tSb 

Puisqu'Âmour ay servi trestout mon temps 29 

Puis qu'il me faut ainsi ronger mon frain 53 



Quant j'ay sanz plus veu vostre manoir io3 

Quant je parti de ma tresdouce amour 61 

Quant je vous atn de si parfaite amour * 112 

Quant Tesprevier prent la vielle perdris.. 127 

Que sont my penser devenu ? i3o 

Qui fisiciens veult avoir 39 

Qui puet quérir quiere son sauvement 80 



Revien joye, revien déduit S 

Royne des cuers et de Tonneur mondaine 3o 



8 

Se je sui loing de vo douce figure • 58 

Se ma tristesce estoit tournée en joye 1 66 

Se mes chevaulx n'ont accort a mon hoste 1 28 

Se vous estes en tel ploy longuement .... 41 

Sur tous pays de mortier et de boe 45 



Toute joye est descendue sur my 64 

Tout ne me vient pas a souhait. 70 



I. Mime rondeau que le m 480, tome III page 3oi. 



3f2 RONDEAUX 

Pages. 

Treschien sires, mille foys vous mercyr 14^ 

Tresdouce flour, Elyon de Nillac 261 

Tresdouice flour qui tous maulx puet garir 1 23 

Tresdoulx amis, pour chose c'on vous dye 1 3; 

TresdouU amis, se vous saviez le quart ... i3o 

Trésors poitrons, orribles et punays 68 

Troye est biaux noms, plaisans et gracieux 102 

Tuit chevallier qui alez par le monde ni 



V 

Venez a mon jubilé n6 

Ventre puans, par Dieu, je vous lairay 144 

Viex homs ne puet plus sa mort aprouchier 7^ 

Volentiers me paye ma dame 108 

Vostre servant fui dès que je fu né 54 

Vous me dittes que je die de bon 140 

Vous m*escrivez trop amoureusement 141 

Vous qui n'osez, pour courroux de seigneur 117 

Vous qui portez Tordre de la couronne • n5 

Vous qui venez a Paris séjourner i25 




Virelays. 



A ce bon jour que temps se renouvelle 52 

A ce premier jour de May i5 

Adieu m'amour, ma joye, m'esperance a 39 



Bien devez fisiire grant joye. . .' 21 

Bien doy faire lie chiere 229 

Biei;i doy faire triste chiere 217 

Bien doy foire tristement 7. 198 

Bonne, belle et bien amée 249 



Cent mille foys vous doy remercier 207 

Certes jamaiz ne cuidasse 160 

Certes, je croy que plaisance 1 83 

Comment pourra mon cuer durer 26 

Comment puet amans amer 161 

Cuer loyal, juene et vertueux 47 



374 VIRELAYS 

Pages. 



Dame, je vous remercy 174 

Dame, vostre grant biauté 237 



E 

En amendant pouraivray 243 

En bien sera ma pensée 241 

Estes vous bien a vo plesîr ? 164 

Et comment me puis je excuser 232 

Et de quoy vous puis je estrener. 23o 



F 

Faictes bonne chiere et lie 172 

Fay tousjours ce que tu doys • 23 

Fuions tuit courroux, tristesse • 346 



H 

Humilité porteray 181 

I 

Il fait bon avoir son retret 211 

Il me devroit bien sou£Bre • 171 

11 n'est avoir ne monnoye 24 

II n'est avoir ne richesse it 



J 

J'aime de biauté la flouf •» 178 

Je languy prez de la mer 252 

Jenevoy amy n'amye 18 

Je sui pour vous en petit ploy 204 

Je veil prendre reconfort 14 



TABLE DES MATIÈRES 375 

Pages. 

Je vous ay longtemps amée »« 226 

J'oy la voix du martir d*amours % « t88 



L 

Laissiez ce mal temps aler 2)5 

Lasse, je pleure et lermie.... ig 

Les Bretons ont fait campaigne..* 109 



M 

Me doyjebien guermenter 201 

Mes dames, je vous merci e 208 

Mon cuer, m'amour et mon désir 222 

Mon tresamoureux pensement lyy 

Mort félonne et despiteuse 196 



N 

N'arez vous de moy pité 2o3 

Ne vous c baille de ma vie 2i3 



O 

Oez de la nonnette • ».... 335 

Or a mon cuer ce qu'il vouloit » 46 

Or sus, or sus, il fiâut chanter «....k 218 



P 

Par ma foy, cilz pert sa payne i63 

Par ma foy, dist Robinettie 2B3 

Plus dure que fers ne fus •». #.* ».*,» 189 

Plus vert que nulle verdure • igç 

Pour coustume entretenir 223 

Pour fuir Tepidimie i5g 

Pour la grant amour que j'ay 184 

Pour ma douleur assouagier 187 

Pour ma longue demourée • 216 



376 VIRELAYS 

Pages. 

Pour VOUS tui entrez en tmour. • * ••*,**,.* 17 

Puis que )*ay ptiséleLis i 



O 

Q.ui puet avoir plus grant rage 4 

Qui puet en ce inonde avoir • • 220 

Qui veult vivre a chiere lie..*. t •>.• 179 



R 

Racine d'umilité. 248 

Riche beauté ou j'ay tout mon recours iq3 



8 

Se ce n'est par vo deffiaut 19b 

Se j'ay aimé longuement • i85 

S'oncques prière deravy 206 

Sui je, sui je, sui je belle? 8 



T 

Ténèbres et nuit obscure 245 

Toudizvous ay loiale esté «. 214 

Toutcuer triste et dolereux •..•...•.•. 28 

Tristour et merencolie • ....• 17b 

Trop me tient Amouren mue • 227 



V 

Va, Espoir et va, Doulx Penser 27 

Voist ainsi comme aier porra • 253 

Vous me priez et requérez d*amours*..**- ••. 191 






TABLE ALPHABÉTIQUE 

DES 

REFEtÂlNS DES BALLADES CONTENUES DANS CE QUATRIÈME 
VOLUME 



A 

Pages. 

A bon droit n'est d'elle un cuer plus loyal 269 

Adroit jugier je me tien a la flour ^... 350 

A Montagu qu'il ly paye sa debte 294 

Armes, amours, dames, chevalerie 267 

Au vin queurent toudiz seure 3i2 

B 

Benoit soit il qui le visitera! 3^5 

Bon fait jurer l'ame son père*..* ••• 322 

Bon fait logier près de son souverain • 339 

C 

Cappitaine de là foire aux chetifs 349 

C'est grant péchiez d'ainsy blasmer le monde 29 1 

C'est la fille Montagu qui est morte 3io 

Cest un grant donneur de bons jours 276 



378 BALLAOBS 

Pages. 

Ce vout mande le btillyde Valoys 3^2 

Chetifs, dolens, et tu bien mariez ? 35i 



Deceveurs sont deceus communément 353 

. Délivrez vous, car le temps le désire 333 

Des Laiz vous veult retenir 275 

Dt» maleureux doit porter la bannière 343 

Desor mefàult boire a un vermical. 309 



En ce froit temps s'en fait bon estrangier 301 

En mon logis, dessus la chambre aisie *.. 33^ 

Estront, par la 1 g'iray par huys 277 

Et quant venra le Trésorier? 289 

Et qui sont il?— Ce sont lesgeneraulx 3o3 



F 



Faicte fustes pour en fans estrangier 3i8 

Fors que tousjours assez boire de vin« , 347 



Il fait milleur séjourner a Paris • 283 



J'aim plus la fleur que la fueille ne face 267 

Jamaiz nul jour ne serez amoureuse 279 

J'aray par temps tout joué et foutu 286 

Je croy qu'il n'a nul plus ort cul ou monde 327 

Je pri Dieu qu'il les maudie 270 

Je prie a Dieu qu'il vous en veulle aîdier 3il8 

Je suis a court tousjours serviz d'oublié. 325 



TABLE DES MATIÈRES 879 

Pages. 



Lances, courez, ferez sur ces Flamens Bag 

L*en leur doit bien tel paiz reproucher 348 

Les sautereaux et les buissons de Brie 297 



Maiz a la fin vous convient laissier gaige 2()5 

Maiz ie me doubt que ce ne soit trop tart 280 

Maudy soyez de par Eustace 3 16 

Mauvaiz y fait, ce dit Eustace 3 19 

Milleur marchié a foit de ma maison 288 

Muser souvent et si ne say pourquoy 33 1 



On l'appelle maistre Jehan Tastevin 324 

Or soit il pendus qui en ment 3o4 



Pour ce a fueille plus qu'a fleur nous tenons 262 

Pour Dieu me soit houppelande donnée 3 1 3 

Pour la paie longuement délayer 341 

Pour mariage, ouquel je ne suis pas 352 

Pou vault promesse qui ne Tacomplira 335 

Puist il morir qui mal faire me pance ! 272 



Quant je me voy de tous maulz parsonniers 332 

Que je soye tresbien beux et batus 285 

Que le bon vent vous puist tost ramener 266 

Que ma dame a en tous temps .m. amis 3o6 

Qu'il ne puisse jamaiz aler a chambre 307 

Qu'onneur vault po, puisque proffit défaut 344 



38o BALLADES 

Pages. 



B 

Sans H 'maudire a assez qui li nuit 336 

Sanz defubler mon chapperon 328 

Se je sui lays, si sui je gracieux 3oo 

Soit maistre Mahieu confondus ! 32i 

Sur tous autres doy estre roy des Lays 273 

Sy pry Amour que sa grâce m'envoye 264 



T 

Tousjours, sanz demander, moustarde. 282 



Voulez vous achetter ma vache? 292 

Vous doint Dieux et senglante estraine, 3 1 5 

Vous n'arez plus de moy ne foing n*aveine 298 




Publications de la SoaETÉ des anciens textes français. 
(En vente à la librairie Firmin Didot et C**, 56, rue 
Jacob, à Paris.) 



Bulletin de la Société des anciens textes français (aimées 1875, 1876, 
1877, 1878, 1879, 1880, i88i, 1882, i88'3, 1884) (Ne se vend pas). 

Chansons françaises du xv siècle, publiées d'après le manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale de Paris^ par Gaston Paris, et accompagnées de la musi- 
que transcrite en notation moderne par Auguste Gevaert (1875}. Epuisé. 
II reste quelques exemplaires sur papier Whatman, au prix de.... 37 fr. 

Les plus anciens Monuments de la langue française (ix% x« siècles), pu- 
blies par Gaston Paris. Album de neuf planches exécutées par la photo-gra- 
vure (1875) 3o fr. 

Brun de la Montaigne, roman d'aventure, publié pour la première fois d'après 
le manuscrit unique de Paris, par Paul Meiter (1875) S fr. 

Miracles de Nostre Dame par personnages, publiés d'après le manuscrit de 
la Bibliothèque nationale de Paris, par Gaston Paris et Ulysse Robert. 
t. I à VII (1876, 1877, 1878, 1879, 1880, 1881, 1882), le vol 10 fr. 

Gttfï/aumtf^ePâ/tfrne, publié d'après le manuscrit de la bibliothèque de l'Ar- 
senal à Paris, par Henri MiCHELANT 1876) lOfr. 

Deux Rédactions du roman des Sept Sages de Rome, publiées par Gaston 
Paris (1876) 8 fr. 

Aiol, chanson de geste publiée d'après le manuscrit unique de Paris, par 

Jacques Normand et Gaston Raynaud (1877) 12 fr. 

(Ouvrage couronné par l'Académie des inscriptions et belles-lettres.) 

Le Débat des Hérauts de France et d'Angleterre, suivi de The Debate be- 
tween the Heralds of England and France, by John Coke, édition com- 
mencée par L. Pannier et achevée par Paul Meyer ( 1877) 10 fr. 

Œuvres complètes d'Eustache Deschamjps, publiées d'après le manuscrit de la 
Bibliothèque nationale, par le «marquis de Queux de Saint-Hilaire, 1. 1, 
II, m et IV (1878, 1880, 1882, 1884), le vol 12 fr. 

Le Saint Voyage de Jherusalem du seigneur d'Anglure, publié par François 
BoNNARDOT et Auguste LoNGNON (1878) 10 fr. 

Chronique du Mont-Saint'^Michel {ii^3'i/^6^), publiée avec notes et pièces 
diverses par Siméon Luge, t. I et II (1879, i883), le vol 12 fr. 

Elie de Saint^Gille, chanson de geste publiée avec introduction, glossaire et 
index, par Gaston Raynaud. accompagnée de la rédaction norvégienne tra- 
duite par Eugène Koelbing (1879) 8 fr. 

Daurel et Béton, chanson de geste provençale, publiée pour la première fois 
d'après le manuscrit unique appartenant à M. A. F. Didot, par Paul Meyer 
(1880) ;....... '..*. 8fr. 

La Vie de saint Gilles par Guillaume de Berneville, poème du xu* siècle, pu- 
blié d'après le manuscrit unique de Florence, par Gaston Paris et Alphonse 
Bos(i88i) lofr. 

Raoul de Cambrai, chanson de geste, publiée par Paul Meter et Auguste 
Lononon (1882) i5 fr. 



Le dit de la Panthère d'Amours, par Nicole de Margiyal, poème du xiii« siè- 
cle, pubUépar Henry A. Todd(i883) 6 fr. 

Let cewret poétiques de Philippe de Rémi^ sire de Beaumanoir, publiées par 
H. SuCHiBR, t. 1(1884) , 10 fr. 

La Mort Aytneride Narbonne, poème du xiii* siècle, publié par J. Courate 
DU Parc (1884). 10 fr. 



Le Mistire du Viel Testament, publié avec introduction, notes et glossaire, 
par le baron James de Rothschild, t. 1, II, III et IV (1878, 1879, 188 1, 

i883)leyol 10 fr. 

fOuvrare imprimé auxf^ais du baron James de Rothschild et offert 
aux memores de la Société J 



Tous ces ouvrages sont in -8% excepté Les plus anciens Monuments de la 
langue française, album grand in-folio. 

Il a été fait de chaque ouvrage nn tirage sur papier Wbatmaa. Le prix des 
exemplaires sur ce papier est double de celui des exemplaires en papier ordi- 
naire. 

Les membres de la Société ont droit i une rtoitse de 75 p^ poo sur tons tes 
prix indiqués ci-dessu». 



La Société des Anciens Textes français a oAtemu pour ses pu- 
blications le prix Archon^-Despérouse,' à V Académie française^ en 
1882, et le prix La Grange, à V Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres, en 188 3. 




Le Puy. — Imprimerie de Marchessou fils, boulevard Saint-Laurent, 23. 



MJ 



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